GRIEFS DE LOUIS XII CONTRE LES VÉNITIENS
par le traité de TaUlance eût été dit que toute ladite rivière demeurerait au roi. Et depuis ce tempslà, quelque remontrance qui leur ait sur ce été faite par les officiers dudit seigneur, ils Font toujours tenu et occupé par divers subterfuges et dissimulations, contre la teneur expresse dudit traité d'alliance. Toutefois ce sont petites choses, et pour lesquelles le bon roi ne se lût pas mû aisément. Tant est doux et bien vivant avec ses voisins et alliés.
Je laisse aussi une autre chose, en quoi pareillement ils ont contrevenu expressément et continuellement à ladite amitié et alliance. Car combien que par la teneur d'icelle, les ennemis de Tune des parties dussent être ennemis de l'autre et ne dût l'une recevoir ni donner port ni aide aux rebelles, ni bannis de l'autre; et que ensuivant icelle alliance, les officiers dudit roi, toutes et quantes fois ils en ont été requis, ayent rendu auxdits Vénitiens leurs bannis et rebelles; toutefois iceux Vénitiens et leurs officiers n'ont pas tant seulement reçu les rebelles dudit seigneur et les bannis dudit duché de Milan, mais les ont aidés, soutenus et défendus, voulant par ce moyen acquérir des amis audit duché, mémement tels bannis et mauvais garçons, par le moyen desquels ils pussent, quand verraient l'opportunité, troubler et travailler ledit état de Milan. Et ceci faisaient si ouvertement et manifestement que lesdits bannis et rebelles se tenaient résidemment aux villes et villages prochains à ladite rivière d'Adde, à eux appartenant, en aussj grande sûreté que s'ils fussent en franchise. Et davantage, eux étant sur le rivage de ladite rivière, disaient et proféraient plusieurs paroles déshonnêtes et injurieuses contre les Français et contre le roi même. Et qui pis est) passaient bien souvent de nuit, et aucunes fois de plein jour
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ladite rivière, et en la terre du roi, voire sur le marché de ladite ville de Lodi, battaient, tuaient et outrageaient les sujets dudit seigneur. Et après qu'ils avaient repassé ladite rivière, eux sentant être en sûreté, se vantaient et glorifiaient des crimes et excès qu'ils avaient commis.
§ 7. — GRIEFS DE LOUIS XII CONTRE LES VÉNITIENS AU SU4ET DE LA POSSESSION DU ROYAUME DE NAPLES.
Ils n*usèrent pas de bonté et loyauté envers lui, touchant les affaires du royaume de Naples. Car les voyant prospérer en icelui royaume, et que si les Espagnols n'avaient aide d'ailleurs, étaient contraints l'abandonner, pleins d'envie et de déplaisir de la victoire des Français, firent secrètement venir à eux un ambassadeur dudit roi d'Espagne. Lequel, pour non donner soupçon à l'ambassadeur français, qui était résident à Venise, firent tenir par aucun temps musse en aucune de leurs villes. Et depuis, étant la chose découverte, le reçurent moult honorablement en leurdite cité. Et après beaucoup de pratiques faites entre eux, aidèrent de vivres et d'argent le roi d'Espagne, à rencontre du roi Louis, leur allié, laissèrent passer, feignant n'en savoir rien, par leurs détroits et pays un grand nombre d'Allemands, pour secourir les Espagnols. Et davantage, les gaîées dudit roi Louis, lesquelles étaient en leur port de Brindes, sous leur sûreté et sauvegarde, laissèrent volontairement et permirent forcer et outrager par les ennemis tellement qu'elles furent mises à fond. Au moyen de quoi, Gonsalvo Ferrand, capitaine général du roi d'Espagne (homme de grand sens et vertu), qui était assiégé dedans la cité de Barlette,