‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 211 sur 329 · GRIEFS DE LOUIS XII CONTRE LES VÉNITIENS · texte numérisé non relu

GRIEFS DE LOUIS XII CONTRE LES VÉNITIENS

prêt à soi rendre, par faute de vivres, étant renforcé du secours desdits Allemands, d'argent et de vivres, et délivré de Teunui que lui faisait Pregent de Bidoux, capitaine et patron des galées françaises (qui est homme hardi et diligent), reprit cœur et vigueur; tellement que, par occasion de la discorde des capitaines français, de vaincu devint en peu de temps vainqueur.

Et encore n'était pas assez auxdits Vénitiens d'avoir cette fois trompé le roi leur allié, et eux être montrés par effet ses ennemis; mais derechef encore plus évidemment et découvertemerit firent le semblable, quand icelui roi Louis envoya son armée, pour recouvrer ledit royaume. Car ils furent cause que ledit seigneur perdit la plupart d'icelle armée, avec le royaume de Naples. Pour ce qu'étant en ce temps monseigneur le cardinal d'Amboise à Rome, et tâchant de gagner et soudoyer les Ursins avec leurs bandes pour ledit roi Louis, duquel s'étaient toujours montrés auparavant serviteurs et amis, l'ambassadeur, qui lors était audit lieu de Rome pour ladite seigneurie, ne cessa jour et nuit de pratiquer ouvertement et sans simulation lesdils Ursins, jusqu'à ce qu'il les eût réduits à la dévotion du roi d'Espagne. Et même moyenna que messire 'Barthélémy d'Alvian, qui avait là été par ladite seigneurie envoyé secrètement à cette fin, jaçoit que bien peu de temps auparavant lui eût donné congé, sous couleur que son terme de servir était expiré, prit le parti d'Espagne et refusa celui de France, qu'il avait déjà accepté, comme Ton dit. Et à Paul Paillon de Pérouse, qui avait pris argent et solde dudit roi de France, persuada de ne se rendre en l'armée avec les Français. Lesquelles pratiques dudit ambassadeur vénitien furent en grande partie cause d'empê-

cher que f armée française ne passât le Gariglan, et qu'elle fût mise en route, et que ceux qui s'étaient retirés dedans la cité de Gayète, par faute de vivres et autres choses nécessaires, rendissent ladite cité aux Espagnols, et que finalement ledit royaume fût du tout perdu par les Français. Et outre plue, étant par le moyen dudit ambassadeur, les Ursins et les Colonnois, déclarés ennemis du roi et ayant la suite de plusieurs Espagnols, qui étalent demeurés à Rome, du temps du pape Alexandre, se trouva ledit cardinal d'Amboise et avec lui plusieurs prélats, barons, et nobles hommes français, qui lors étaient à Rome, en grand danger de leurs personnes. Pourtant qu'ils voyaient et oyaient par toute Rome crier Espagne, Orso et Colonne. Et d'autant était le danger plus grand que le siège apostolique était lors vacant par la mort du feu pape Pie troisième. Tellement que la plupart des amis dudit seigneur cardinal d'Amboise lui conseillaient qu'il s'en dût aller de Rome. Mais comme homme de cœur entier et invincible, combien qu'il vit le danger très grand, aima mieux attendre l'aventure que de s'en aller de telle sorte que l'on cuidât qu'il s'enfuit de crainte.

§ 8. — LES VÉNITIENS TROUBLENT LES BONS RAPPORTS DE LOUIS XII AVEC LE PAPE ET l'EMPEBEUR.

Après toutes ces choses, lui étant tombé en si griève maladie, que la voix commune sut partout qu'il était mort, ils ne faillirent pas de consulter, entre eux, par quels moyens ils se pourraient saisir du duché de Milan; mais il en advint bien autrement qu'ils ne pensaient, plus par la grâce et volonté de Dieu que par humain secours. Car icelui roi

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