‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 212 sur 329 · LOUIS XII DESSERVI PAR LES VÉNITIENS · texte numérisé non relu

LOUIS XII DESSERVI PAR LES VÉNITIENS

revint à telJe et si bonne convalescence, que Tété ensuivant, il passa en Italie avec grosse armée, pour châtier et remettre en son obéissance les Génois qui s'étaient à lui rebellés. Et par la victoire que Dieu lui donna, plus promptement et glorieusement que nul n'eût pensé, il prévint le conseil et les entreprises de plusieurs haineux et envieux de la gloire et de l'honneur des Français, et mêmement desdits Vénitiens. Lesquels, pour la crainte et soupçon qu'ils eurent de la puissance du roi Louis, pourtant qu'ils sont soupçonneux sur toutes autres gens, et ne se fient de nulle, comme gens qui ne gardent leur foi à personne; ou pour le désir qu'ils avaient, comme toujours a été leur fin et intention, que l'Italie fût en trouble et division, pratiquèrent par secrètes ambassades et légations nouvelles inimitiés et querelles, contre ledit roi Louis. Et même le pape Jules, qui était lors en si grande amitié et intelligence avec ledit roi, que plus ne pourrait, mirent en tel soupçon et dissidence de lui, qu'il fut en crainte que la venue dudit roi Louis en Italie n'eût été pour le troubler en son siège apostolique. Lequel icelui roi a toujours révéré singulièrement et vénéré mêmement en la personne dudit saint père pape Jules. Et d'autre part, par subtils moyens, donnèrent espoir et courage à l'empereur Maximilien de se saisir du duché de Milan, et de chasser les Français d'Italie. Sous lequel espoir et confiance, il se déclara publiquement ennemi dudit roi de France, et publia par toute chrétienté qu'il voulait venir en Italie^ pour la délivrer des Français. Laquelle chose étant venue à la notice dudit roi Louis envoya incontinent ses ambassadeurs devers lesdits Vénitiens, tant pour ôter l'imagination mauvaise qu'ils avaient eue de sa venue en Italie, comme aussi pour entendre leur intention touchant

ladite guerre d'Allemagne. Mais iceux Vénitiens, par paroles et réponses ambiguës, dilayèrent et dissimulèrent, jusqu'à ce qu'ils virent que l'armée d'iceJui roi était rompue, et qu'il s'en retournait en France.

§ 9. — CONDUITE ÉQUIVOQUE DES VÉNIHENS ENTRE LOUIS XU ET LE ROI DES ROMAINS^ MAXIMILIEN.

Et lors étant assurés de cette crainte, mirent derechef en consultation, selon leur manière accoutumée, s'ils se mettraient en armes et emploieraient leur puissance, pour empêcher que l'Empereur ne passât en Italie, ou s'ils lui laisseraient le passage ouvert. Et après plusieurs disceptations, leur résolution fut de fournir et garder leurs villes et places fortes, et au remanant laisser le passage ouvert audit empereur, pourtant qu'il leur promettait ne faire aucun dommage ni exploit de guerre en leursdites terres et seigneuries, et plusieurs autres choses. Par quoi bien leur semblait qu'incontinent lui être passé avec son armée en Italie, par le pays de Vérone, viendrait à la guerre contre les Français, qui étaient au duché de Milan, et par ce moyen, y aurait du conflit et du combat largement, dont l'une et l'autre partie s'affaiblirait tellement qu'ils pourraient faire quelque butin. Ils persévérèrent lesdits Vénitiens en cette opinion d'abandonner le passage audit empereur, jusqu'à ce que le seigneur Jean-Jacques de Trivulce, maréchal de France (qui est très sage homme entendu en fait de guerre) fut envoyé de par ledit roi, et leur remontra le grand danger en quoi ils se mettaient, en leur abandonnant leursdits passages, et leur offrit de les garder avec les gens d'armes français, sans qu'ils missent leurs gens en danger. Car lors eux

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