LES VENITIENS ET LE ROI DES ROMAINS
voyant vaincus par les remontrances d'icehii seigneur Jean- Jacques, et assurés par ses offres, furent contents d'accepter le secours des Français, craignant aussi que, s'ils abandonnaient le passage aux Allemands, ledit roi Louis ne leur pût imputer qu'ils Teussent trahi et trompé. Et aussi que ledit empereur, s'il avait la victoire, ne se voulût venger de plusieurs outrages et dommages qu'ils avaient faits à lui et à ses prédécesseurs. Et, s'il ne pouvait être victorieux, qu'il n'appointât avec ledit roi Louis, et après que tous deux ensemble ne se vengeassent d'eux, comme de leurs communs ennemis. Ce qu'était dès lors même bien aisé à faire, si le bon roi Louis eût voulu. Car ledit empereur lui offrait tous les partis, qu'il eût quasi su deviser, s'il se fût voulu départir de l'amitié des Vénitiens. Mais jamais n'y voulut entendre, ains fît toujours réponse audit empereur qu'il emploierait sa personne et toute sa force pour défendre ses amis et alliés. De ce secours donc français, sous la conduite dudit seigneur Jean-Jacques, se trouvèrent les Vénitiens si bien servis et secourus, que par leur vertu, sens et hardiesse, les Allemands furent empêchés de passer en Italie.
§ 10. — LES VÉNITIENS, SECOURUS PAR LES ARMÉES DE LOUIS XII, CONCLUENT UN TRAITÉ A PART AVEC LE ROI DES ROMAINS.
Et pendant le temps qu'ils se parforçaient de gagner le passage, avec tout leur effort, lesdits Vénitiens eurent le temps et le moyen par leur armée de mer, de gagner la cité de Trieste, et autres plusieurs terres, villes et châteaux en Friuly et en la Dalmatie, dont ledit empereur fut si pressé, qu'il lui convint venir à traité de trêve avec eux. Auquel traité, ils
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usèrent de si grande arrogance et ingratitude envers ledit roi Louis, que bien déclarèrent leur orgueilleux et méchant vouloir. Car jaçoit ce qu'ils eussent fait la guerre contre ledit empereur, par un commun accord et au nom de tous deux, et que les Français eussent porté le faix pour empêcher l'entrée d'Italie aux Allemands et garder les terres desdits Vénitiens d'être pillées et fourragées; toutefois iceux Vénitiens n'eurent point de honte de faire ladite trêve, à leur nom tant seulement, sans y comprendre ledit roi, sinon comme accessoire et comme leur ami, s'il y voulait être compris. D'autant ledit roi fut plus déplaisant qu'il désirait y comprendre tous ses alliés, tant deçà que delà les monts et mêmement le duc de Gueldre, son parent et serviteur, que ledit empereur tâchait en celui temps à détruire. Espérant, par le moyen de ladite trêve, avoir la paix avec ledit empereur, ainsi qu'il avait avec tous les autres princes chrétiens, à quoi a toujours tâché de parvenir. Et à cette cause, entendant le traité qui se faisait de ladite trêve, avait envoyé sur les lieux ledit seigneur Jean-Jacques et le président du Dauphiné, vicechancelier de Milan, pour y entretenir à son nom. Et au surplus, prévoyant ce que lesdits Vénitiens voulaient faire, avait averti leur ambassadeur, messire Antoine Condolmier, étant lors résident devers lui (homme sage et prudent) avant que ladite trêve fût faite, qu'elle ne se pourrait faire sans contrevenir •à leur confédération et amitié, que ce ne fût par un même accord, le priant et admonestant qu'il en avertit sadite seigneurie. Ce qu'il fit si soigneusement, que quand après lui fut par le roi signifié qu'ils avaient fait le contraire, ne le pouvait croire, jusqu'à ce qu'il en fût par sadite seigneurie averti, pour en faire les excuses, dont il fut bien étonné.