‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 214 sur 329 · LES VÉNITIENS ET LE ROI DES ROMAINS · texte numérisé non relu

LES VÉNITIENS ET LE ROI DES ROMAINS

Et d'autre part, ledit président voyant qu'ils voulaient procéder comme dessus, protesta par instrument public à rencontre d'eux. Mais ce nonobstant, la grande convoitise qu'ils avaient de retenir les terres qu'ils avaient prises audit empereur, pour les fortifier durant ladite trêve, les aveugla tellement que sans avoir regard à l'alliance ni à la majesté dudit roi Louis, ni au bien qu'il leur avait fait, à cette fois voulurent conclure ladite trêve à leur profit tant seulement, et en la manière que dessus. Car bien leur semblait être assez que leur ennemi s'en retournât sans mal faire, et leur laissât tenir ce qu'ils avaient pris. Et davantage eussent été bien marris, qu'il y eût eu trêve ni paix entre lesdits deux rois, mêmemént es parties ultramontaines de France et de Flandre. Certainement par cet acte, il apparut bien évidemment le vouloir que lesdits Vénitiens avaient d'entretenir les princes chrétiens en guerre et discorde et qu'ils fondent leur état et seigneurie sur le discord desdits princes, si comme faisait Milon le sénateur de Rome. Et cela avait jà connu assez clairement ledit roi Louis, peu de temps avant. Car étant en traité de faire alliance entre lui, le roi d'Aragon et de Sicile et lesdits Vénitiens, combien que lesdits deux rois s'y accordassent, toutefois iceux Vénitiens par divers moyens l'empêchèrent. Non pour autre raison que l'on puisse imaginer, sinon pour crainte que lesdits deux rois ne fussent trop ralliés ensemble, et que, par ce moyen, ils ne tirassent les autres rois à leur alliance, et mêmemént ledit empereur, ou qu'ils ne les missent en désespoir de les pouvoir par guerre outrager. Et aussi que les autres seigneuries d'Italie ne fussent trop afifectées et obéissantes auxdits deux rois; et par ce moyen engardées et défendues de leur convoitise et rapine.

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