‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 217 sur 329 · GRIEFS DU SAINT-PÈRE CONTRE LES VÉNITIENS · texte numérisé non relu

GRIEFS DU SAINT-PÈRE CONTRE LES VÉNITIENS

Et d'autre part, fut icelui roi averti par le saintpère pape Jules second de ce nom, des grands outrages et violences qu'ils avaient nouvellement faits à Sa Sainteté et à l'Église romaine. Pourtant qu'outre les cités de Ravenne et de Ceryie qu'ils ont par longtemps déjà occupées à ladite Église romaine, nouvellement et depuis deux ans, s'étaient saisi des cités d'Arimini et de Faïence, qui sont du fief et patrimoine de Saint-Pierre de Rome, et par prière ni par conjuration, qu'on leur eût su faire, ne s'en étaient voulu départir. Et outre plus, comme la liberté ecclésiastique était intolérablement par eux violée et

oppressée, non pas tant seulement touchant les évêchés, abbayes et autres bénéfices ecclésiastiques qu'ils ne permettaient être conférés, ni par le saintsiège apostolique, ni par élections canoniques, ni par autres provisions ordinaires, mais en voulaient avoir la totale disposition, et ne permettaient qu'autres en jouissent qu'iceux qui étaient par leur sénat nommés. Et qui pis était, mettaient à leur volonté ordinairement sur toutes gens d'Église, sans congé de pape, ni de prélat, décimes, tailles et autres angaries, non pas comme aux autres séculiers chrétiens leurs sujets, mais tout ainsi et par la forme et manière qu'ils faisaient aux juifs dont ils nourrissaient grande quantité en leurs terres, pour le grand profit qu'ils en avaient. Et faisaient au surplus journellement lois, statuts et décrets, qui étaient directement dérogeant à l'autorité du pape et de la liberté ecclésiastique. Pour raison desquelles choses et de plusieurs autres, qui sont insérées en la bulle du pape sur ce faite et publiée, ils ont été excommuniés et interdits, et jugés hérétiques et ennemis de l'Église, et tous princes et peuples chrétiens admonestés et requis de leur courir sus, et prohibés de ne leur donner port, aide ni faveur, ainsi que plus à plein est contenu en ladite bulle.

Mais longtemps auparavant la fulmination et publi»cation d'icelle, avait ledit roi Louis été requis très instamment, de par ledit saint-père, de lui donner, comme prince très chrétien, faveurs, aides et secours, pour recouvrer lesdites terres qui par Charlemagne, et autres ses prédécesseurs rois de France, avaient été données à ladite Église romaine. Au moyen desquelles remontrances et réquisition, icelui roi Louis, comme prince très chrétien, fils aîné, champion héréditaire et défenseur de l'Église romaine, fut mû,

Page 1