GRIEFS DES PUISSANCES CONTRE LES VÉNITIENS
conseillé et contraint d'entendre auxdites requêtes, et de venir au traité de paix avec ledit empereur, et de se rallier avec ledit roi d'Aragon et autres princes chrétiens, pour résister aux damnées entreprises desdits Vénitiens.
§ 13. — RÉSUMÉ DES ORIEPS GÉNÉRAUX DES PUISSANCES CONTRE LES VÉNITIENS.
Encore à ce grandement l'incita le mauvais et vilain tour que lesdits Vénitiens firent au roi Charles huitième, son cousin et prédécesseur, à son retour de Naples, au très grand danger de sa personne et de toute la noblesse de France qui était avec lui.
Encore outre toutes les choses dessusdites, bien faisait à considérer la haine et malveillance qu'avaient contre lesdits Vénitiens généralement tous les princes et nobles hommes, presque de toute la chrétienté. Car qui est celui qui puisse voir sans horreur, ni ouïr sans déplaisir, une nation amassée de toutes gens, qui ne vivent sinon d'art mécanique et de marchandise, et sont .musses dedans leurs marais, comme si la mer les refusait et la terre ne les voulait recevoir, aspirer à la seigneurie de la mer et de terre, non pas par vertu d'armes, et par sens, comme les Romains firent, dont ils se disent être émulateurs; mais par larcins, tromperies et cautèles, qu'ils ont faites et font à rencontre de tous rois, princes et seigneuries, et même contre l'Église romaine et le saint-siège apostolique? Car, certes, ils n'ont en cela regard à personne, ains, comme lions affamés dont ils portent l'enseigne, sont insatiables de sang humain, de seigneurie et de richesses, sans nul épargner. Et qui pis est, l'on dit commune-
ment que, par leur convoitise d'acquérir terre, ont été cause que le Turc a pris et conquis sur les chrétiens l'empire de Constantinople et la plupart de la Grèce. Car ils nourrissaient les guerres et discordes entre les princes, seigneurs et communautés desdits pays, espérant par ce moyen, après qu'ils se seraient détruits les uns les autres, prendre et occuper le tout, ainsi que jadis fit le roi Philippe de Macédoine. Mais il est par secret jugement de Dieu advenu que leursdites pratiques sont tonibées au profit dudit grand Turc, lequel a pris la bête qu'ils avaient levée, chassée et lassée, dont après se sont, le voyant si puissant, repentis, mais ce a été trop tard .
Parquoi il est à croire et estimer, que par divin conseil et jugement est advenu, que tous presque les princes chrétiens, d'un commun accord, plus grand que jamais on n'a vu, aient tâché d'eux rallier ensemble, pour abattre l'orgueil et l'insolence de cette * nation. Afin qu'étant par ce moyen éteinte cette racine de discorde, ils puissent vivre et garder leurs sujets en paix, et, tous d'un accord, contraindre les ennemis de Jésus- Christ à la vraie foie chrétienne, ou les détruire et exterminer. Dont il faut dire que, quand bien le roi Louis eût voulu, n'eût su obvier à un si grand accord de tant d'autres princes, venant de la volonté et disposition divine, et par l'admonestement de notredit saint-père pape Jules, qui est le père spirituel et chef de tous les chrétiens, sous l'aveu et conduite duquel, pour la grandeur de son nom et de son cœur, était à espérer que maintes grandes choses se feraient au bien et accroissement de toute la chrétienté.