Le duc d'Angoulême, plus tard François 1er
2. En 1509, d'après l'usage de dater du 1*' janvier; il ne faut pas oublier que l'année commençait alors à Pâques.
3. C'était ainsi qu'on désignait quelquefois les gens de pied.
DÉPART DE BAYARD POUR l'iTALIE 47
çais, qui étaient au nombre de quatorze à quinze mille, lesquels il bailla à gouverner et conduire à de
Capitaine vénitien, d'après Vecelli.
bons et vertueux capitaines, tels que les seigneurs de Moulart, de Richemont, La Cropte, le comte de Roussillon, le seigneur de Vendenesse, le capitaine Odet, le cadet de Duras, et plusieurs autres, lesquels,
iS U LIGUE DE CAMBRAI
chacun en leur endroit, mirent peine d'avoir des plus gentils compagnons. Le bon Chevalier sans peur et sans reproche en cette saison fut envoyé quérir par le roi, qui lui dit : « Bayard, vous saurez que je m'en vais passer les monts, pour avoir raison des Vénitiens, qui à grand tort me tiennent la comté de Crémone, la Ghiara d'Adda et autres pays. Je veux qu'en cette entreprise, quoique dès à présentée vous donne la compagnie du capitaine Chatelart qu'on m'a dit qui est mort, dont je suis déplaisant, vous ayez sous votre charge des gens de pied, et votre lieutenant Pierrepont, qui est très homme de bien, conduira vos gens d'armes. — Sire, répondit le bon Chevalier, je ferai ce qu'il vous plaira ; mais combien me voulezvous bailler de gens de pied à conduire? — Mille, dit le roi; il n'y a personne qui en ait plus. — Sire, dit le bon Chevalier, c'est beaucoup pour mon savoir, vous suppliant être content que j'en aie cinq cents; et je vous jure ma foi. Sire, que je mettrai si bien peine de les choisir qu'ils seront pour vous faire service ; et il me semble que, pour un homme seul, c'est bien grosse charge, quand il en veut faire son devoir. — Bien, dit le roi; allez donc vitement en Dauphiné et faites que vous soyez en ma duché de Milan à la fin de mars. » De tous les capittiines il n'y en eut aucun qui très bien ne fournît sa bande, et ils firent en sorte qu'à la fin de mars, ou au commencement d'avril, ils furent tous passés et logés par garnisons au duché de Milan.
Les Vénitiens, déjà défiés par le héraut Montjoie, délibérèrent de se défendre ; et sachant la puissance du roi de France, qui n'était point trop grande, car en toutes gens il n'avait que trente mille hommes, dont il pouvait y avoir vingt mille de pied, compris six mille Suisses, et deux mille hommes d'armes, ils
FOllCES AESPECTIVES DES BELLIGÉRANTS ift
dressèrent une fort gaillarde armée, où ils eurent plus de deux mille hommes d'armes et bien trente raille hommes de pied. Leur chef pour les conduire était le comte Petigliano, et le capitaine général de leurs gens de pied était le seigneur Bartolomeo d'Al* viano qui, entre autres gens, avait une bonne bande de ces Bresignels qui portaient sa livrée de blanc et rouge, tous gentils compagnons et nourris aux armes.
§ 3. — FORCES RESPECTIVES DU ROI DE FRANCE ET DES VÉNI- TIENS. — PRISE DE TRBVIGLIO PAR LES VÉNITIENS*
(Saint-Geiais.)
Étant aux champs, vinrent nouvelles au roi que ses gens avaitint passé la rivière d'Adde et pris Tré^ vise, et deux ou trois autres places. Ledit seigneur allait à malaise, car il était blessé en une jambe, d'une chute de cheval, qui était tombé sur lui. Et n'est aucun personnage de la sorte qu'il est qui s'en fût arrêté pour moins. Mais il a Une vigueur de cœurj quand il est question d'honneur, qui le porte, et lui fait oublier tous -maux. Il fut à Milan au commencement de mai, et là se trouvèrent tous ceux qui l'avaient suivi, et plus de cinq cents gentilshommes davantage, outre ceux de sa solde, qui y allèrent de leur franc et libéral arbitre, et sans contrainte, pai* gentillesse de cœur, pour être en la compagnie de leur souverain seigneur. Car chacun espérait asseÉ qu'on ne se départirait point sans avoir la bataille. C'était une chose triomphante et beauté non pareille de voir les gens de bien et de vertu qui y étaient. Car* chacun selon son état s'efforçait de se mettre sur le bon bout, pour paraître et être connu. Et mêmement les princes qui étaient avec le roi étaient accompagnés chacun en son endroit d'un bon nombre de gen^
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tilshommès, dont il n'y avait celui qui ne fût homme d'armes. En l'armée du roi, à comprendre ce qu'il i»enâ, et oe :q«i y était auparavant de par delà, pouvait ayok ileui mille trois cents hommes d'armes, sept ou huit mille Suisses et dix ou douze mille hommes de pied français, tous à sa solde, deux ou trois mille pionniers, pour hahiler les chemins, et faire toutes autres choses nécessaires, tant à l'artillerie 4ont il y avait largement, qu'ailleurs. 11 y avait (îes,^ns'ée bien ordonnés pour départir les vivres et les logis. Et bref, au tout y avait si bonne provision mise qu'il n'y eut oncques aucun défaut. Au regard des Vénitiens, ils avaient une grande puissance ensemble, et plus grand nombre de gens que leis Français n'étaient, s'ils eussent eu le cœur pareil. Ils avaient en leur armée plus de deux mille hommes d'armes, quatre ou cinq mille de chevaux légers et trente mille de pied, et tant d'artillerie et si belle, que l'on n'en vit oncques plus. Le comte de Petilane était capitaine général de la seigneurie, et un autre chevalier nommé messire Barthélémy d'Alviane avait la principale charge après. Et ces deux conduisaient le tout, et avec ce nombre de gens vinrent devant Trévise S que naguère les Français avaient pris, et y étaient demeurés quelques capitaines dedans, pour la garde de la ville, laquelle ne valait guère. Lesdits Vénitiens l'assiégèrent et battirent tellement, que ceux de dedans furent contraints de se rendre, et furent les capitaines prisonniers, et vingt-cinq ou trente hommes d'armes. Estanson, capitaine de la porte, le Chevalier Blanc et ImbauJt y furent pris. Et ils en laissèrent aller les aventuriers, un bâton en la main.
1. Sans doute Treviglio, au nord d'Agnadel, sur la rive gauche de TAdda.
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§ 4. — BATAILLE d'agnadel (14 mai 1509). (Saint-Gelais. — Le Loyal Serviteur.)
Et ainsi que ces choses se faisaient, par un grand matin le roi partit de Milan, pour cuider secourir ceux de Trévise, et y mettait grande diligence, mais il ne fut possible d'y venir à temps. U arriva en un lieu nommé Gassan, où fut dressé un pont à deux ou trois lieues près de ses ennemis. Et ledit pont parachevé, fut fait un boulevard de là la rivière au bout dudit pont, pour le défendre. Qui eût vu le roi prendre la peine qu'il faisait, afin que toutes choses fussent conduites à la raison, et que par faute de bon avis aucun inconvénient n'y advint, il l'eût bien jugé d'être un prince digne d'avoir toute la monarchie du monde sous sa puissance et seigneurie. Il fut des premiers qui passa le passage audit Cassan, et fit passer toutes les compagnies en ordonnance ainsi qu'il appartenait, et ordonnait par escortes et batailles, les gens d'armes et les gens de pied, ainsi qu'il ie fallait faire, et pour vérité c'était un pas dangereux et difficile. Et si les ennemis eussent été avisés de le venir défendre, ils y eussent eu un merveilleux avantage. Mais nulle crainte de danger quelconque ne garda notre prince qu'il n'allât outre, et y prit une peine si grande, qu'aucun autre n'en saurait plus largement porter. Car il était tout le long du jour armé de toutes pièces, et encore la plupart de la nuit, visitant le guet et les écoutes, comme celui qui avait l'œil à tout. Les deux puissances s'approchèrent si près les uns des autres, que l'artillerie tirait en l'ost de chacune desdites parties. Et furent ainsi prêts les uns des autres l'espace de deux ou trois jours, et s'ils se délogeaient d'un lieu si ne s'éloignaient-ils de guère,
et assez souvent se faisaient des escarmouches les uns contre les autres. En eifet, quand ces deux osts eurent été quelque temps en la sorte dessusdite, ils délogèrent tous deux pour gagner un logis qui était avantageux pour chacun, qui y eût pu être le premier. En Tavant-garde du roi était monseigneur le duc de Nemours, comte de Foix, son neveu, avec monseigneur le grand maître. Et avec eux étaient messeigneurs de la Palice et de Ghâtillon et autres capitaines, jusqu'au nombre de huit cents hommes d'armes, et des gens de pied largement. Le roi était en la bataille et avec lui messeigneurs d'Alençon, de Lorraine, de Vendôme et de Genève, messeigneurs de la Trémouille et d'Orsal, et plusieurs autres bons et vertueux personnages, auxquels il fit ce jour l'honneur de les tenir près de sa personne. Et plus grand ne leur pouvait-il faire que de vouloir qu'ils fussent près de lui en tel cas. Les deux cents gentilshommes de sa maison et les quatre cents archers de sa garde et cinq ou six cents hommes d'armes des ordonnances, et des gens de pied à l'équipoUent. En l'arrière-garde était chef monseigneur de Longueville, monseigneur de Duras et monseigneur de Bonnivet avec lui, et d'autres capitaines, environ cinq ou six cents hommes d'armes, et beaucoup de gens de pied avec eux. Et monseigneur de Bourbon, à l'une des ailes, menait les pensionnaires et beaucoup d'autres gentilshommes qui n'avaient aucun capitaine, qui de leur gré se mirent sous son enseigne. Et en l'autre aile était le prince de Tallemont, et deux cents hommes d'armes. Et toute cette grosse compagnie commença à marcher en si bel ordre que c'était plaisir et beauté de le voir. Et par sur tous le chef montrait si bon semblant et hardie contenance, que c'était le réconfort de tous, et de ce qui survenait on
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l'avertissait, et il y pourvoyait incontinent. Les Vénitiens ordonnaient de leur côté leur affaire du mieux qu'ils pouvaient, et ils avaient un meilleur peuple. L'artillerie tirait si fort et d'une part et d'autre, qu'on eût cuidé que le ciel et la terre s'assemblassent. Et davantage il pleuvait et tonnait si fort que merveille, et sans doute un cœur couard n'eût eu besoin d'y être. Le lieu était plein de bocages et de fossés, et ne pouvait-on pas bien aviser les uns des autres. Et finalement pour gagner le logis, les Français et les Vénitiens se rencontrèrent en ce lieu fort, et donnèrent»les uns dedans les autres, et au commencement y eut une meilleure rencontre et fort combattu. Et en ce grand bruit, on manda au roi qu'il s'arrêtât au lieu où il était, et envoyât cinq cents hommes d'armes, et il fît tout le contraire. Car il dit à ceux qui portaient ses enseignes qu'ils marchassent outre, et tira tout droit là où était le plus grand bruit, et où on se battait plus fort, comme celui qui est tout plein de hardiesse et d'assurance. Et, pour conclusion, la bataille fut telle, que le comte de Petilane s'enfuit, avec la plupart des gens de cheval et beaucoup de gens de pied. Messire Barthélémy d'Alviane y fut pris prisonnier et fort blessé, et si fut diminué le nombre vénitien de dix-huit ou vingt mille hommes. Le roi gagna cette bataille le quatorzième jour de mai, l'an mil cinq cent et neuf. Et continent la journée gagnée, il descendit de cheval et, à genoux et mains jointes, il remercia le Créateur, duquel tous biens et honneurs viennent, de la victoire qu'il lui avait plu donner contré ses ennemis. Et envoya quérir monseigneur le légat, et lui dit que tout ce qu'il pourrait penser, qui se devrait faire, pour rendre grâces et louanges à Dieu, qu'il fût fait et accompli. Et est vrai qu'auparavant ledit seigneur et la plupart de tous ceux
qui étaient avec lui, s'étaient confessés et mis en l'état auquel on voudrait mourir quand le besoin serait. Je me suis enquis à plusieurs de ceux de l'avantgarde, bataille et arrière- garde, et aux ailes de cette affaire : les aucuns louent beaucoup monseigneur de Bourbon, et ceux qui étaient avec lui, qui y servirent bien, d'autres en donnent louange à l'avaut-garde, et à ceux qui étaient en l'autre aile. Et est à croire que tous y firent si bien leur devoir, qu'ils en sont dignes d'être perpétuellement loués. Mais, par l'opinion de ceux qui mieux s'y entendçnt, au roi seul en appartient la louange et la gloire. Car son sens, conduite et expérience, hardiesse et vaillance a été cause de gagner la bataille. Et s'il n'y eût été en personne, les besognes ne se fussent pas si bien portées. (Saint-Gelais.)
Le roi de France ayant passé les monts, et arrivé en sa ville de Milan, entendit que les Vénitiens avaient repris Trevi, une petite villette de la rivière d'Adda, que depuis peu de jours le grand maître, seigneur de Chaumont, avait prise sur eux, avec les capitaines Molart, Le Gropte, Richemont et le bon Chevalier qui, avec leurs gens, étaient passés des premiers ; en laquelle ville de Trevi les Vénitiens, parce qu'elle s'était tournée française, mirent le feu et emmenèrent les gens de cheval tous prisonniers, dont était chef le capitaine Fontrailles; aussi fut prisonnier le capitaine de La Porte, le seigneur d'Estançon et deux autres capitaines de gens de pied, le Chevalier Blanc et le capitaine Imbault. Ainsi ces nouvelles sues par ledit seigneur, il marcha droit à Cassano, où il fit incontinent, sur cette rivière d'Adda, dresser deux ponts sur bateaux, où par l'un faisait passer les gens de cheval, et par l'autre les gens de pied; et luimême, armé de toutes pièces, y faisait tenir l'ordre.
Soldat vénitien d'après Vecelll.
* L'armée passée, le lendemain fut prise une petite ville nommée Rivolta et mise à sac, et deux jours après, en un village nommé Agnadel, au partir d'un autre appelé Pandino, se rencontrèrent les deux armées des Français et Vénitiens. Et combien que les capitaines comte de Petigliano et seigneur Bartolomeo d*Alviano eussent exprès commandement dç leur seigneurie de ne donner point la bataille au roi, mais seulement de temporiser à garder les villes et châteaux, afin de miner les Français par fâcherie et longueur de temps, ledit seigneur d'Alviano, plus hardi que bïen avisé, se voulue aventurer, posant en lui-mêrafe, comme présomptueux, qu'il ne saurait jamais avoir plus grand honneur, à perte ou à gain, que d'avoir combattu un roi de France, et, voulant essayer sa fortune, il s'en vint droit au combat, où il y eut dur assaut et mortelle rencontre ; car à vrai dire, en la première pointe, se montrèrent très bien les gens de la Seigneurie.
Durant ce combat, le seigneur Bartolomeo aperçut l'arrière-garde des Français, dont était le bon Chevalier, qui marchait d'un désir merveilleux, en passant fossés pleins d*eau jusques au cul, laquelle lui venait donner sur un des côtés, dont furent fort ébahis lui et sa troupe ; et davantage depuis ne firent grand effort, mais furent rompus et entièrement défaits. Les rouges et blancs demeurèrent sur le champ, et ledit d'Alviano, après avoir été blessé en plusieurs lieux, fut pris prisonnier du seigneur de Vendenesse, un droit petit lion, frère du gentil seigneur de La Palisse. Le comte Petigliano, voyant ses gens de pied défaits, ne voulut plus tenter la fortune, et avec toute sa gendarmerie se retira un peu bientôt. Il eut la chasse, mais peu y perdit, car les gens de pied amusèrent les Français, lesquels, après avoir fait leur