CONSÉQUENCES DE LA VICTOIRE
devoir, se retirèrent chacun à son enseigne, avec peu de dommage. De leurs ennemis il en demeura quatorze ou quinze mille sur le champ. Le seigneur Bartolomeo fut mené prisonnier au logis du roi, lequel, après diner, fit faire une lausse alarme, pour connaître si ses gens seraient diligents si une affaire venait. On demanda à ce seigneur d'Alviano ce que ce pouvait être ; il fit réponse en son langage : « Il faut dire que vous voulez combattre les uns contre les autres; car, pour nos gens, je vous assure sur ma vie qu'ils ne vous visiteront de quinze jours » ; et en se moquant, connaissant sa nation, il disait ces paroles. Laquelle bataille fut le quatorzième jour de mai 1509. (Le Loyal Serviteur.)
§ 5, — C0N8ÉQUENCB8 DE LA VIGTOIBE. — LES POSSESSIONS LITIGIEUSES DE VENISE REMISES AU PAPE, A l'eMPBREUR ET AU ROI DE FRANCE.
(Loyal Serviteur. — Saint-Gelais.)
Le roi de France séjourna un jour ou deux sur le champ de bataille. Cependant le château de Garavas se voulut faire battre d'artillerie, mais en deux heures il fut emporté, et il y eut quelques rustres dedans pris, lesquels essayèrent si leur col pourrait par force emporter un créneau. Cela épouvanta ceux qui étaient aux autres places, de sorte que depuis ne se trouva ville ni aucune forteresse qui voulût combattre, excepté le château de Peschiera, dont mal en prit à ceux de dedans, car tous y moururent, ou peu en échappa qui furent pris prisonniers, entre lesquels était un provéditeur de la Seigneurie et son fils, qui voulurent payer bonne et grosse rançon ; mais cela ne leur servit de rien, car chacun à un arbre furent
tous deux pendus, ce qui me sembla grande cruauté. Un fort gaillard gentilhomme, qu'on appelait le Lorrain, avait leur foi, et en eut grosses paroles avec le grand maître, lieutenant général du roi ; mais il n*en résulta pas autre chose. Le roi de France se logea audit lieu de Peschiera, après avoir eu en ses mains toutes les villes et places par lui réclamées, comme Crémone, Crème, Brescia, Bergame et cent autres petites villes, que toutes il eut en cinq ou six jours, excepté le château de Crémone, qui tint quelques jours, mais enfin se rendit. Et fit bien davantage ledit prince ; car, par le moyen de la bataille qu*il gagna, fut rendu au pape Jules Ravenne, Forli, Imola, Faenza et plusieurs autres places que les Vénitiens tenaient en Romagne; et au roi d'Espagne, en son royaume de Naples, Brindes et Otrante; et à lui-même furent présentées les clefs des villes de Vérone, Vicence et Padoue; mais il les mit entre les mains de l'empereur qui les réclamait*. Toutefois il ne garda guère bien les aucunes, dont mal lui en prit, comme vous verrez ci-après. (Loyal Serviteur.)
Le grand pouvoir et armée du roi fut cause de ce que le pape recouvra les cités et villes, terres et seigneuries que ceux de Venise lui avaient occupées jà avait si longtemps, qu'ils s'en pouvaient défendre par titre de prescription. Et de tant lui est tenu ledit saint -père. Pareillement le roi d'Espagne, par ce même moyen, reçut aisément les ports de mer, villes
1. Après la bataille d'Agnadel et la récupération, sans coup férir, de ses places, Maximilien jura à Louis XII une inviolable reconnaissance et lui annonça qu'il avait brûlé un livre, conservé à Spire, dans lequel étaient notés tous les griefs de l'empire et de la nation germanique contre la France,