LA REINE A LYON
et châteaux que les Vénitiens tenaient du sien au royaume de Naples. Et par ainsi, s'il fit pour lui, aussi fit-il largement pour ses alliés. Et seraient bien ingrats s'ils ne le reconnaissaient. Incontinent la bataille gagnée, toutes les cités, villes et châteaux que les dessusdits Vénitiens avaient tenus longuement sans titre, ni raison apparente, se vinrent rendre et faire obéissance, comme la cité de Bresse, Crémone, Bergame, les villes de Crème, de Caravas, et plusieurs autres villes et châteaux. Et en outre ceux de Vérone, de Vicence et de Padoue apportèrent les clefs au roi, et mémement après que Pesquaire eut été prise d*assaut. Mais il mit lesdites viUes entre les mains du roi des Romains, pour ce qu'il ne voulait entreprendre aucune chose sur ledit roi des Romains; et ne fût cela, et que Taffaire eût été à lui seul, il eût eu en peu de temps Venise entre ses mains, et ne savaient à quel saint se vouer, ni quel conseil ils devaient prendre. Cette victoire est à estimer autant que nulle autre que prince eut oncques. Car là furent vaincus une nation de gens sages, puissants et riches, et qui avaient toujours depuis plusieurs centaines d'années, par force, cautèle, ou autrement, usurpé, pris et acquis sur tous leurs voisins, et n'avaient oncques été subjugués qu'à cette fois, depuis qu'Attila, roi des Huns, les avait détruits. Mais en ce temps-là c'était peu de chose que de leur pouvoir. (Saint-Gelais.)