‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 227 sur 329 · LA REINE A LYON. — NOUVELLE DE LA VICTOIRE · texte numérisé non relu

LA REINE A LYON. — NOUVELLE DE LA VICTOIRE

(Saint-Gelais.)

Ces joyeuses nouvelles furent apportées à la reine. Et n'est aucun sans l'avoir vu qui sût imaginer la grande joie qu'elle en eut en son cœur. Car par raison

réciproque, elle devait avoir part en l'honneur, puisqu'elle avait eu part en la peine. Car si le roi souffrait et portait grand travail de corps, et danger de sa personne, la bonne dame avait de Tennui et déplaisir en son esprit si largement que plus ne pouvait. Et pour vérité il ne fallait à ceux qui y étaient s'enquérir de rien de nouveau, si n'est de la regarder au visage. Car si les choses se portaient bien, elle avait la chère si joyeuse et agréable qu'on s'en pouvait bien apercevoir; et, s'il était au contraire, il était assez à penser qu'en son cœur avait beaucoup de malaise. La noble princesse fit, incontinent qu'elle en fut avertie, faire une procession générale la plus belle que de vie d'homme on n'avait vue à Lyon, pour regracier le Rédempteur de ses bénéfices, et y fut fait un sermon général. Je crois qu'il y avait cent mille personnes, et elle-même fut longuement à Saint-Jean. Le passe-temps de ladite dame, durant que le roi était de par delà, était de voir courir la lance à monseigneur, et était bien aise de le voir adroit à cheval, pensant que le roi y prendrait plaisir à son retour, voyant qu'il serait amendé en sa compagnie. Et devisait souvent audit jeune seigneur, en lui disant les plus belles paroles, douces et honnêtes qu'il est possible, et en faisait tout autant de cas que s'il eût été son fils, de quoi il est tenu à lui faire service, et fera tant comme il vivra.

Le i*oi étant à Pesquaire, il fut entrepris que lui et le roi des Romains se verraient, et fut ordonné du lieu, mais depuis par aucune occasion il ne se fit pas. Et si avait le roi séjourné là pour cette cause l'espace de trois semaines. Il s'en partit et arriva à Crémone, et là dépêcha les ambassadeurs du roi des Romains. Et pour se mettre plus qu'en son devoir, il demeura de par delà l'espace d'un mois à leur requête, à

L'empereur Maximiliea à cheval, d'après Albert Durer.

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grands frais et mises, et sans ce que pour lui 11 y eût aucune chose à faire.

§ 7. — LOUIS XII SÉJOURNE DANS LE MILANAIS EN ATTENDANT l'empereur. — SA MALADIE.

Ce serait de trop allonger mon histoire, qui y voudrait mettre le recueil et triomphantes pompes que les Milanais firent audit seigneur à son retour. Ils n'avaient point accoutumé d'en faire à nul autre prince de pareils. Et aussi n'avaient-ils pas eu l'occasion semblable. Et de ce me veux rapporter à ceux qui ont lu les histoires lombardes. En s'en retournant pour les grandes chaleurs et travaux qu'il avait soufferts en ce voyage, la fièvre le prit à une journée de Milan, qui le tint par quelques jours. Mais moyennant l'aide de ses médecins et le bon régime qu'il tint (car nul autre ne le passe de cela), il ne fut pas longuement malade. Toutefois quand les nouvelles en furent dites à la reine, qui était à Lyon, elle fut si outrée de deuil qu'aucune autre chose ne lui eût su tant déplaire. Et fut-on plus de huit jours qu'on ne la voyait point, et ne bougea de sa chambre, jusqu'à ce qu'elle fût certainement assurée de la guérison. Ledit seigneur, venu à convalescence, prit son chemin pour recouvrer fair de sa nourriture et afin de consoler ceux-là principalement qui avaient son absence en grand ennui, et qui en grande dévotion désiraient son retour.

§ 8. — LE ROI ATTEND EN VAIN l'EMPEREUR A PESCHIBRA.

(Le Loyal Serviteur.)

Sur ces entrefaites, le reste de l'armée des Vénitiens, bien étonnée, se retira vers le Trevisan et le

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