‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 232 sur 329 · ENVOI DE SECOURS A LEMPEUEUR · texte numérisé non relu

ENVOI DE SECOURS A LEMPEUEUR

§ 10. — LE ROI DE FRANCE ENVOIE LE SEIGNEUR DE LA PAUSSE AU SECOURS DE l'eMPEREUR AVEC CINQ CENTS HOMMES d'aRMES ET PLUSIEURS CAPITAINES, PARMI LESQUELS LE CHEVALIER SANS PEUR ET SANS REPROCHE.

Quand le roi de France entendit que Padoue était révoltée, il fut bien marri, et encore plus de ce que c'était la faute de Tempereur, qui, pour garder une telle ville, avait seulement envoyé huit cents lansquenets. Toutefois, à la requête dudit empereur, ii commanda au seigneur de La Palisse qu'il prit cinq cents des plus vaillants hommes d'armes qui fussent en Italie, et qu'il s'en allât au service de l'empereur, qui descendait au Padouan. Ledit seigneur, qui ne demandait que telles commissions, car c'était toute sa vie que la guerre, délibéra faire son préparatif; et, ainsi qu'il sortait du château de Milan, il trouva le bon Chevalier auquel il dit : « Mon compagnon, mon ami, voulez-vous pas que nous soyons de compagnie? » et il lui déclara l'affaire plus au long. Lui qui ne demandait pas mieux, surtout d'être en sa compagnie, gracieusement lui répondit qu'il était à lui pour en disposer à son plaisir.

De cette même entreprise furent le baron de Béarn, qui mena une partie de la compagnie du duc de Nemours; le baron de Conti, qui avait cent hommes d'armes; le seigneur Théode de Trivulce; le seigneur Jules de Saint-Severin ; le seigneur dlmbercourt; le capitaine La Clayette; le seigneur de La Cropte, lieutenant du marquis de Montferrat, et le bon Chevalier; avec lesquels cinq cents hommes d'armes se mirent en compagnie plus de deux cents gentilshommes, et entre autres le fila aîné du seigneur de

Bussy, cousin germain du grand maître seigneur de Ghaumont, qui lui bailla vingt de ses hommes, et deux gaillards gentilshommes, l'un appelé le seigneur de Bonnet, Breton, très renommé chevalier, et l'autre le seigneur de Mipont, du duché de Bourgogne, lesquels le bon Chevalier tenait avec lui comme ses frères et fort les honorait pour la grande prouesse qu'il savait en eux. Le cas du gentil seigneur de La Palisse prêt, il commença à marcher avec ses compagnons et se tira droit à Peschiera. Cependant le roi de France prit son chemin à son retour en son royaume, laissant sa duché et ce qu'il avait conquis sur ses ennemis paisible.

Il faut savoir que , incontinent que les Vénitiens eurent repris Padoue, ils s'en allèrent courir jusques devant Vicence, qui incontinent se retourna de leur parti : aussi n'est-elle pas ville pour tenir contre une force puissante. Ils en voulurent autant faire de Vérone, mais le bon seigneur de La Palisse, qui en avait été averti, délogea avec ses compagnons, deux heures avant le jour, d'un lieu appelé' Villafranca, et- se vint présenter devant la ville, ce qui leur donna crainte ; et par ce moyen s'en retournèrent lesdits Vénitiens vers Vicence. Mais s'ils eussent pu gagner Vérone, le seigneur de La Palisse s'en pouvait bien retourner, car la ville est forte, et par dedans passe une rivière fort impétueuse, tellement que, sans autre effort que de gendarmerie, elle n'eût pas été rendue sitôt. Bien en prit au seigneur de La Palisse de sa bonne diligence, surtout de celle du bon Chevalier, qui toujours menait les coureurs. Il n'avait alors que trente hommes d'armes sous lui, mais il y en avait vingt-cinq qui méritaient d'être capitaines de cent. Toute cette troupe de gendarmerie entra dedans Vérone où l'évêque de Trente,

l'empereur aux frontières de l'italie (51)

qui y était pour l'empereur, les reçut à grande joie, car il avait eu belle peur. Us furent seulement deux jours dans la ville, fort bien festoyés des habitants, et puis tirèrent vers Vicence, d'où, incontinent que ceux que la Seigneurie y avait mis le

Médaillon de Théodore Trivulce.

surent, ils délogèrent et se retirèrent, les uns à Padoue et les autre à Trévise. Dedans Vicence fut le seigneur de La Palisse et ses compagnons cinq ou six jours, attendant quelques nouvelles de l'empereur, lequel on disait être déjà aux champs.

§ H. — arrivée de l'empereur aux frontières de i/italie. SON artillerie, ses forces.

Au commencement d'août , arriva l'empereur au pied de la montagne, au-dessous d'un chAleau

appelé Bassano, et tout son équipage après lui, lequel, combien qu'il n'y eût pas grande montagne h passer, demeura huit jours entiers avant qu'il fût en plaine. L'empereur vit le seigneur de La Palisse et les capitaines français, auxquels il fit très bon accueil. Cette première entrevue fut auprès d'une petite ville appelée Este, dont les ducs de Ferrare portent le surnom. Pour lors il y avait ensemble une des belles armées qu'on eût vues depuis cent ans.

L'empereur se fit longuement attendre, ce qui ennuyait les Français ; mais vous devez aussi entendre qu'il arriva en la plaine en* empereur, et, si sa puissance eût bien voulu faire son devoir, c'était assez pour conquérir un monde. Aussi est-il bien requis que son équipage soit inscrit, tel qu'il était. U avait cent six pièces d'artillerie sur roues, dont la moindre était un faucon, et six grosses bombardes de fonte, qui ne se pouvaient tirer sur affût, mais étaient portées chacune sur une puissante charrette, soulevées avec des engins, et, quand on voulait faire quelque batterie, on les descendait; et quand elles étaient à terre, par le devant avec un engin on levait un peu la bouche de la pièce, sous laquelle on mettait une grosse pièce de bois, et derrière faisait-on un merveilleux massif, de peur qu'elle ne reculât. Ces pièces portaient boulets de pierre, car de fonte on ne les eût su lever, et ne pouvaient tirer que quatre fois le jour au plus.

Il avait en sa compagnie bien cent vingt ducs, comtes, marquis et autres princes et seigneurs d'Allemagne, et environ douze mille chevaux, cinq ou six cents hommes d'armes bourguignons et hennuyers K De gens de pied lansquenets, ils étaient

\, Hennuyers ou hamiyers, c'est-à-dire du Hainaut,

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7â LA LIGUE DE CAMBRAI

sans nombre, mais par estimation on les prenait à plus de cinquante mille. Le cardinal de Ferrare vint pour le duc son frère au secours dudit empereur, et il amena douze pièces d'artillerie, cinq cents chevaux et trois mille hommes de pied; et autant ou peu moins en amena le cardinal de Manloue. Bref, avec les hommes d'armes français, on estimait au camp y avoir cent mille combattants. Un grand défaut était quant à l'artillerie, car il n'y avait d'équipage que pour la moitié, et, quand on marchait, il fallait qu'une partie de l'armée demeurât pour la garder, jusques à ce que la première bande fût déchargée au camp où on voulait séjourner, et puis le charroi retournait quérir Tautre, ce qui était grosse fâcherie. Ledit empereur se levait fort matin et incontinent faisait marcher son armée, et ne se logeait volontiers qu'il ne fût deux ou trois heures après midi, ce qui n'était pas, vu la saison, pour rafraîchir les gens d*armes sous leur armet.

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