‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 235 sur 329 · L^OUVERTUBE DE LA BRÈCHE · texte numérisé non relu

L^OUVERTUBE DE LA BRÈCHE

Les approches faites devant Padoue et rartillerie assise, chacun se logea en son quartier, eà :trois camps, selon l'ordonnance ci-devant dite; et il faut entendre qu'il y avait tant de peuple que ledit camp tenait de tous côtés plus de quatre milles de pays; et ce fut une merveilleuse chose que, durant le siège, qui fut de deux mois ou environ, les fourrageurs n'allèrent jamais plus loin que de six milles du camp, pour avoir force foins, blés, avoines, chair, poulailles, vins et autres choses nécessaires tant pour les chevaux, et si grande abondance y en avait que, quand on leva le siège, il fut brûlé pour cent mille

ducats de vivres dont on avait fait provision, croyant que plus longuement durerait le siège. Ceci est un incident ; venons à la matière.

Le lendemain des approches, commencèrent canonniers à faire leur devoir, et sans cesser dura huit jours la batterie, qui fut la plus impétueuse et terrible qui depuis cent ans avait été vue; car il y fut tiré des trois camps plus de vingt mille coups d'artillerie. Si Tempereur et ses gens servaient bien d'artillerie ceux de la ville, croyez que de leur part ils rendaient bien la pareille de beaucoup mieux, car, pour un bien qu'on leur faisait, ils en rendaient deux. Bref, ladite ville fut si bien battue que de toutes les ti'ois brèches il ne s'en fit qu'une. Durant ce temps fut pris utt des canonniers de l'empereur qu'on trouva, au lieu de tirer contre la ville, qu'il tirait contre ses gens, et l'on disait que le seigneur Constantin le lui faisait faire et, qui pis était, chaque jour avertissait le comte Petigliano de ce qu'il avait à /aire. Je ne sais s'il était vrai, mais le canonnier fut mis sur un mortier et envoyé par pièces en la ville. U en fut dit assez d'injures audit seigneur Constantin, mais on ne pouvait prouver le fait sur lui. Le seigneur de La Palisse l'appela lâche et méchant et dit qu'il l'en combattrait, mais il ne répondit rien à propos, et l'empereur, qui en était coiffé, en fit sur l'heure l'accommodement.

Or ces trois brèches mises en une étaient seulement de quatre à cinq cents pas, ce qui était assez beau passage pour donner l'assaut, car quant aux fossés ce n'était pas grand'chose. Mais le comte Petigliano avait si bien accoutré la ville par dedans que, s'il y eût eu cinq cent mille hommes devant, ils n'y fussent entrés si ceux dedans eussent voulu, et je vous déclarerai comment. Derrière la brèche, en

l'ouverture de la brèche de padoue 83

entrant en la ville, ce comte Petigliano avait fait faire une tranchée ou fossé à fond de cuve, de la profondeur de vingt pieds et quasi autant de largeur, dans lequel il avait fait mettre force fagots et vieux bois bien arrosés de poudre à canon, et de cent pas en cent pas il y avait des remparts de terre, garnis d'artillerie, qui tiraient le long de cette tranchée. Après elle passée, s'il eût été possible, mais non sans la grâce de Dieu, toute l'armée des Vénitiens étant en ladite ville se trouvait en bataille à cheval et à pied, car il y avait belle esplanade jusques à mettre vingt mille hommes de pied et de cheval en ordre, et derrière étaient des plates-formes où on avait monté trente pièces d'artillerie qui par-dessus leur armée eussent tiré, sans leur mal faire, droit à la brèche.

De ce terrible danger furent les Français avertis par des prisonniers qui aux escarmouches quelquefois étaient pris et, après leur rançon payée, rendus, auxquels le comte montrait toutes ces choses, afin qu'ils le remontrassent au seigneur de La Pahsse et aux capitaines français, et disait encore ces paroles à leur départ : « J'espère, mes amis, avec l'aide de Dieu, que le roi de France et la Seigneurie retourneront en amitié quelque jour, et, n'était les Français qui sont avec l'empereur, croyez qu'avant qu'il fût vingt-quatre heures, je sortirais hors de cette ville, et en ferais lever le siège honteusement. » Je ne sais comment il eût fait cela, vu le nombre de gens qu'il avait devant lui. Bien furent rapportés ces propos aux seigneurs capitaines de France, mais ils n'y pensaient autrement, parce que, de par leur maître, ils étaient au service de l'empereur pour faire ce qu'il leur ordonnerait.

Vous avez ouï ci-dessus la belle brèche qui était à

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la ville, qui trop grande était, fût-ce pour aller mille hommes de front deux fois, dont l'empereur fut duement assuré. Il se délibéra d'y donner Tassaut. comme vous entendrez ci-après; mais d'abord je vous parlerai d'une course que fit le bon Chevalier avec ses compagnons.

§ 16. — LES COURSES DE BAYARD AUTOUR DU SIÈGE DE PADOUE. — LES DÉCONFTTURES DE MALVECCHIO, DE SCANDERBEG ET DES ALBANAIS. — l'AVENTURE DU PETIT BODTIÈRES.

Durant le siège de Padoue, souvent venaient alarmes au camp de l'empereur, tant des sorties que faisaient ceux de la ville que de leurs gens qui étaient dedans Trévise, bonne et forte ville qui est à vingt ou vingt-cinq milles dudit Padoue. Là, entre autres capitaines, était messire Luca Malvecchio, homme de guerre et entreprenant s'il y en avait au monde. Deux ou trois fois la semaine, il réveillait sans trompette le camp de l'empereur et, s'il voyait qu'il y fît bon, ne s'épargnait pas parmi ses ennemis, et au contraire, s'il n'y faisait pas bon, fort sagement se retirait, et ne perdit jamais un homme. Tant continua ce train qu'il fît parler de lui à merveille. Cette manière de faire fâcha fort le bon Chevalier, et, sans grand bruit, par des espions à qui il donnait tant d'argent que pour mourir ils ne l'eussent trompé, il apprit beaucoup des allées et venues dudit Malvecchio, de sorte qu'il délibéra de l'aller trouver aux champs.

Il vint à deux de ses compagnons qui étaient logés avec lui, dont l'un était le capitaine La Clayette et l'autre le seigneur de La Cropte, tous deux gaillards et triomphants capitaines, auxquels il dit : « Messei-

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