‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 257 sur 329 · Ce roi d'Aragon! Ce roi d'Aragon ne vit que d · texte numérisé non relu

Ce roi d'Aragon! Ce roi d'Aragon ne vit que d

iii LA LIGUE DE CAMBRAI

des Vénitiens qui avaient déjà pris son alliance. Lors eut conseil le comte Alexandre et la comtesse de rendre la ville, les vies sauves : mais le pape voulait tout avoir à sa merci. Toutefois cela se traita par le moyen du duc d'Urbin qui avait toujours le cœur français, car le roi de France Louis douzième l'avait nourri en sa jeunesse, et sans lui le saint-père n'eût pas été si gracieux.

Quand les nouvelles de la prise de La Mirandole furent sues au camp du duc de Ferrare, toute la compagnie en fut déplaisante à merveille. Le duc se douta que bientôt il serait assiégé à Ferrare; il défit son pont et se retira avec toute son armée en sa ville, délibéré de la garder jusqu'au dernier jour de sa vie. Le pape ne daigna entrer dans la ville de La Mirandole par la porte; il fit faire un pont par-dessus le fossé, sur lequel il passa, il entra dedans par une des brèches. Il s'y tint quelques jours, où par tous les moyens du monde il avisait comment il pourrait faire dommage au duc de Ferrare.

§ 11. — BAVARD FAIT LEVER LE SIÈGE DE LA BASTIDE ENTREPRIS PAR LES PAPALINS.

Quand le pape fut dans La Mirandole, il fit un jour assembler son neveu et tous les capitaines, tant de cheval que de pied, auxquels il dit comment il voulait, sans plus autre chose entreprendre, aller mettre le siège devant Ferrare. Il voulait sur ce avoir

tromperies! Il n'a ni foi ni loi. C'est un homme malfaisant », disait le roi à l'ambassadeur florentin Nasi, en se promenant à j^Tands pas dans sa chambre à Lyon. (Ab.Desjardiiis,iV^</(;cm/.<//^/o;/i;, t.Il.Dép.du 5 juin 1510.)

BAYARD FAIT LEVER LE SlÈfiE DE LA BASTIDE iâ^-^

leur avis, et comment la chose se pourrait le plus sûrement conduire; car il savait ladite ville forte à merveille, bien garnie de bonnes gens de guerre et d'artillerie, et que, à grand'peine, sans faute de vivres, Paurait-il qu'elle ne lui coûtâtbeaucoup; mais par ce point des vivres les ferait-il venir à la raison, considéré qu'il avait le moyen de leur couper le passage du Pô, de sorte qu'au-dessus de Ferrare ne leur viendrait rien, pendant qu'au-dessous les Vénitiens aussi garderaient alors qu'ils n'en auraient point. Il n'y eut aucun qui n'en dit son opinion, jusques à ce que fût à parler à un capitaine de la seigneurie de Venise qu'on appelait Jean Fort, qui, en son langage, et en s'adressant au pape, dit : « Très Saint-Père, j'ai ouï les opinions de tous messeigneurs qui sont ici en présence, et, à les ouïr, ils concluent, suivant ce que vous avez proposé, que, en faisant que par le Pô n'eiitrent vivres dans Ferrare, et que jjar l'ile elle soit assiégée, en peu de jours elle sera affamée. Je connais le pays, et le duc de Ferrare en a beaucoup et de bon. Par Argenta vivres leur pourront venir et en abondance; mais à cela pourvoirait-on bien; d'autre part, il a un pays qu'on appelle le Polesin de Saint-George qui tant est garni de biens que, quand il n'en viendrait pas d'ailleurs à Ferrare, il est suffisant pour la nourrir un an; et il est bien* difficile de garder qu'il n'en eût de là, sans prendre une place à vingt-cinq milles dudit Ferrare, qu'on appelle La Bastide; mais si elle était prise, je tiendrais la ville affamée en deux mois, vu le grand peuple qui est dedans. » A peine le capitaine Jean Fort eut achevé son propos que le pape dit : « Or vite, il faut avoir cette place; je ne serai jamais à mon aise qu'elle ne soit prise ». Lors furent ordonnés deux capitaines espagnols avec deux cents hommes d'armes, ce capi-

taine Jean Fort avec cinq cents chevau-légers et cinq ou six mille hommes de pied, pour aller exécuter cette entreprise, accompagnés de six pièces de grosse artillerie. Eux assemblés, ils se mirent en chemin et allèrent sans trouver rencontre jusque devant la place. Quand le capitaine qui en avait la garde vit si grosse puissance, il eut frayeur et non sans cause, car il n'était pas pour l'heure fort bien garni de gens de guerre; toutefois il délibéra de faire son devoir et d'avertir le duc son maître de son inconvénient. Les gens du pape ne tardèrent pas, après s'être logés, à asseoir leur artillerie, qui commença à battre la place à force. Le capitaine avait fait secrètement partir un homme par lequel il mandait au duc son affaire, et que, s'il n'était secouru en vingt-quatre heures, il se voyait en dur parti, parce qu'il n'avait pas gens dedans pour se défendre contre la puissance qu'il avait devant lui. Le messager fît extrême diligence, et fut environ midi à Ferrare; ainsi il ne mit point six heures.

Le bon Chevalier était allé se promener à une porte par où entra le messager, qui fut intcFrogé à qui il était, et amené devant lui qui lui demanda d'où il venait, lequel répondit assurément : « Monseigneur, je viens de La Bastide, laquelle est assiégée de sept ou huit mille hommes, et le capitaine m'envoie dire au duc que, s'il n'est pas secouru, il ne saurait tenir demain tout le long du jour, au moins s'ils lui livrent assaut. — Comment ! mon ami, la place est-elle si mauvaise? — Non, dit le messager, c'est une des bonnes d'Italie; mais il n'y a que vingt-cinq hommes de guerre dedans, ce qui n'est pas pour la défendre contre la force des ennemis, -r- Or, venez donc, mon ami; je vous mènerai devers le duc. » Il étaient, lui et le seigneur de Montoison, sur leurs mules, en la

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