‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 259 sur 329 · AGOSTINO GHERLO, LE DUC DE FERRARE ET BAYARD · texte numérisé non relu

AGOSTINO GHERLO, LE DUC DE FERRARE ET BAYARD

que j'étais l'homme vivant qu'il haïssait le plus; et je sais bieu qu'il n'y a chose en ce monde qu'il désire autant que d'avoir cette ville et mes autres terres ; par quoi je ne vois point moyen que je dusse avoir sûreté en lui ; l'autre que, si je dis au seigneur de Bayard à présent que je n'ai plus que faire de lui ni de ses compagnons, que pourra-t-il penser? Il est une fois plus fort en la ville que je suis; peut-être qu'il me répondra que volontiers il en avertira le roi de France son maître, ou monseigneur le grand maître, son lieutenant général en deçà des monts, qui l'a ici envoyé, et, selon leur réponse, il verra ce qu'il aura à faire. En ces entrefaites, il serait grandement-difficile qu'ils ne connussent mon fait, et par ainsi,. comme il y aurait raison, ils m'abandonneraient comme un méchant et je demeurerais entre deux selles, le cul à terre, dont je n'ai pas besoin. Mais, messire Agostino, le pape est d'une terrible nature, comme vous savez assez, colère et vindicatif au possible, et, quelque chose qu'il vous déclare de ses secrètes affaires, un de ces matins il vous fera faire quelque mauvais tour, croyez-moi. Outre cela, s'il vient à mourir, qu'est-ce qu'il adviendra de ses serviteurs? Un autre pape viendra qui n'en gardera pas un. C'est un très mauvais service, quand on ne veut pas être d'Église. Vous savez que j'ai des biens et beaucoup, grâce à Notre-Seigneur : si vous me voulez faire quelque bon service, et m'aider à me défaire de mon ennemi, je vous donnerai si bon présent et assignerai si bonne retraite que toute votre vie serez à votre aise; et soyez-en hardiment assuré. » Le lâche et méchant paillard avaricieux, quand il eut entendu le duc parler, mua soudainement son cœur, et répondit, quasi gagné : « Sur mon âme, monseigneur, vous dites vérité; aussi y a-t-il plus de six ans

que j'avais vouloir d%Mre à voire service. Je veux bien vous assurer qu'il n'y a homme alentour de la personne du pape qui puisse mieux faire ce que vous demandez que moi; car la nuit et le jour je suis auprès de lui, et bien souvent il prend sa collation de ma main, qu'il n'y a que nous deux quand il me devise de ses trafics. Si vous me voulez bien traiter, devant qu'il soit huit jours, il ne sera pas en vie, et je ne veux rien recevoir que je n'aie fait ce que je vous promets. Aussi, monseigneur, je voudrais bien n'être point moqué après. — Non, non, dit le duc, sur mon honneur. » Ils convinrent du marché devant que de partir de là : ce fut que le duc baillerait deux mille ducats comptant et cinq cents ducats de retraite. Cela fait, messire,Agostino fut toujours bien traité; le duc le laissa en sa chambre et retourna devers le bon Chevalier, qui s'était allé ébattre sur les remparts de la ville et s'amusait à faire nettoyer une canonnière ^

Il vit venir le duc, au-devant duquel il alla, et ils se prirent par la main, et en se promenant sur les remparts, loin des gens, commença le duc à dire : u Monseigneur de Bayard, il ne fut jamais autrement que les trompeurs fussent trompés. Vous avez bien entendu la méchanceté que le pape m'a voulu faire faire envers vous et les Français qui sont ici, et à cette occasion il m'a envoyé un homme, comme vous savez. Je l'ai si bien gagné et renversé son propos qu'il fera du pape ce qu'il voulait faire de vous; car, dans huit jours au plus tard, il m'a assuré qu'il ne sera en vie. » Le bon Chevalier, qui n'eût jamais pensé à tel fait, répondit : « Comment cela, monseigneur? il a donc parlé à Dieu? — Ne vous

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