BATAILLE DE BOLOGNE
commença à arroyer et déloger, pour tirer vers Bologne la Grasse; laquelle l'armée des Français poursuivit toujours pas à pas, pour voir si elles se pourraient trouver en lieu, hors de fort, pour eux donner le combat, laquelle chose fut impossible ; et allèrent toujours, escarmouchant, et de fort en fort, dissimulant ledit combat, qui fâchait tout plein de gens de bien qui y étaient, que la chose ne s'abrégeait plus fort. Et furent un jour près un lieu qui se nomme Villefranche, qui est un lieu fort où autrefois les Vénitiens avaient fortifié leur camp; et là firent semblant les gens du pape et les Vénitiens de venir sur les Français, lesquels, sans point de faute, Guidaient avoir la bataille, et fallait passer une petite rivière, et pensaient les Espagnols que les Français n'oseraient passer sans faire pont. Toutefois, avec la bonne volonté que les Français avaient de bien faire, passèrent la rivière tous en ordre, en l'eau jusqu'au col, là où le capitaine Molart et le capitaine Jacob prièrent le jeune Advantureux se vouloir mettre à pied avec eux; ce qu'il fit; et bailla son cheval outre, et fit couper son saye jusqu'à la ceinture, et se mit à pied avec eux; et marchèrent tout droit aux Vénitiens et Espagnols, lesquels ne les osèrent attendre, et se retirèrent dedans leur fort, pensant qu'après boire les Français et les lansquenets les devaient suivre. Monsieur de Nemours et le sieur Jean Jacques, qui étaient chefs, arrivèrent en ces intervalles et firent retirer leurs gens; et vous assure qu'il faisait merveilleusement bien voir d'un côté et d'autre; et là eut le capitaine Péralte, qui avait combattu à Parme, la tête emportée d'un coup de canon. Et -avait alors une chaîne d'or au col, et après ce un aventurier français alla quérir la chaîne et la tète.
i66 LA LIOUB DE CAMBRAI
(22 mai 1511.) Les Français et le sieur Jean- Jacques, qui était leur chef général, voyant qu'en plein champ l'armée du pape et des Vénitiens ne les osait attendre, s'il n'y avait fort entre deux, se logèrent à un petit pont près la ville de Bologne, du côté de deçà, et l'armée du pape et des Vénitiens était outre ledit pont ; là où vinrent deux mille cinq cents lansquenets de Vérone, de ceux de l'empereur, au secours des Français, qu'amena messire Georges de Frondberg, gentil capitaine, lesquels arrivèrent sur le soir, dont le lendemain au matin les Français, de bonne heure, commencèrent à passer le pont. Et incontinent que leurs ennemis le virent, se mirent en fuite à peu de combat ; et voulaient sauver leur artillerie dedans les montagnes, laquelle fut gagnée ; et suivit le jeune Advantureux, avec ses gens, un capitaine qui avait tué assez méchamment, en un débat, monsieur de Milaut; et défit le jeune Advantureux tout plein de leurs gens es montagnes. Le demeurant de la chasse fut du long le grand chemin romain, laquelle dura quatorze milles, jusqu'à un lieu qui s'appelle Castel-Saint-Pétro ; et qui eût eu affaire le long de ce grand chemin, de bardes, malles et autres bagages, il y en eût trouvé assez ; car tout leur bagage y demeura, tant es fossés de la ville, que sur le chemin. Et fit-on un gros gain; et, pour ce qu'il y eut tant de mulets pris dedans les fossés sur le grand chemin et autre part, fut nommé par les Français la journée des Aniers. Et après tout cela fait, la ville se rendit, à la volonté du roi, et commencèrent à crier : France et Seghe! qui sont trois scies en un écu, que portent les BentivoUes pour leurs armes, lesquels veulent dire que 'la ville leur appartient. Et la rendit roi entre leurs mains, de laquelle chose se contentèrent merveilleusement
fiATÂlLLË DE BOLOGNE 167
bien du roi. Et après ce, l'armée passa tout outre, sans s'arrêter, jusqu'au susdit Castel-Saint-Pétro; et là furent ordonnés gens pour suivre ceux qui s'enfuyaient jusqu'aux Alpes de Bologne, qui sont montagnes, et un chemin fort mauvais et rude; et de là l'armée se retira de Bologne; et quand ils furent arrivés, et qu'ils eurent mis les Bentivolles en possession, commencèrent à battre château, lequel, au bout de douze jours, se rendit. Or il y avait en la ville de Bologne, dessus le portail de la grande église en haut, un pape de cuivre tout massif, que le pape Jules avait fait faire, lequel était grand comme un géant, et se voyait de la place de la ville. Les Bentivolles, ayant dépit de cela, lui attachèrent des cordes au col, et à force de gens tirèrent en bas, et lui rompirent le col. Et commença à jurer le sieur de Bentivolles à monsieur de Nemours et au sieur Jacques, qu'il ferait faire un pet au pape devant son château qu'il avait fait à Bologne ; car incontinent il le fit fondre, et en fit faire un double canon, lequel en dedans six jours tira contre le château. Cela tout fait, Bologne et le château, et toutes leurs appartenances et appendances rendues à la volonté du roi, il les remit aux Bentivolles. Après l'armée se partit, et s'en retourna chacun en sa garnison, pour ce que le roi avait commandé qu'on ne passât pas outre ; et fut baillée à messire Georges Frondberg une double paye, et le renvoya-t-on à Vérone, de là où il venait. Et pour ce qu'il ne se faisait plus rien en ce camp, le jeune Advantureux voulut retourner à Vérone avec eux; et trouva monsieur d'Ars, monsieur de Rocux et la compagnie de monsieur de Sedan. Et se firent encore, durant ce temps qu'ils étaient à Vérone, plusieurs belles escarmouches.