MEURTRE DU CARDINAL DB PAVIE
Ma très redoutée dame *, depuis mes autres lettres écrites du vingt-cinquième jour de ce présent mois, sont survenues les nouvelles que s'ensuivent, à savoir que poursuivant les gens du roi la chasse des ennemis par l'espace d'un jour et demi, tant eux que les vilains et les paysans du pays, en ont tué et détruit un nombre infini, et d'autre manière beaucoup de perdus et noyés, et un bon nombre d'Estradiots vénitiens, unis ensemble, s'en sont fuis tirant devers Ravenne.
Madame, après sont venues nouvelles comme le pape étant audit Ravenne s'apprêtait de partir pour se tirer devers Rome.
Item, comme le cardinal de Pavie, ainsi qu'aucuns disent, en présence du pape, avait été tué par le duc d'Urbin et par les gens de la garde dudit pape, je ne suis encore averti de quelle manière il a été tué ni la cause; quand je le saurai au vrai, je vous en avertirai, mais pour certain, il a été occis. Dieu pai»donne à notre saint-père pour avoir voulu contre sa foi et serment sauver les Vénitiens, et par tous moyens obvier que l'empereur ne pût recouvrer le sien qu'était sans cause ni raison et pareillement de vouloir faire la guerre au roi de France de la manière qu'il a voulu faire.
La ville de Imola avait envoyé les clefs au seigneur Jean-Jacques Trivulce, lieutenant général du roi de France, lesquelles il a refusées disant que la majesté dudit seigneur roi ne voulait rien du bien de l'Eglise.
Le château de Bologne s'est rendu qu'était tout plein de richesses et de biens, et le tout a été donné aux capitaines français.
i. Lettre adressée également à Marguerite d'Autriche.
L'armée du roi marche avant pour recouvrer les villes que le pape avait prises en la Romagne au duc de Ferrare.
Le seigneur Jean-Jacques a envoyé à Vérone aucuns capitaines des gens d'armes de l'armée du roi pour s'unir avec les autres gens d'armes qui sont audit Vérone, tant ceux de l'empereur que Français pour commencer faire la guerre airx Vénitiens, cependant que seront reprises lesdites villes du duc de Ferrare et que sera reprise Ladmirandula(La Mirandqle), et, ce fait, tout incontinent l'entier nombre des douze cents lances, huit mille piétons, de quoi est tenu ledit seigneur roi aider l'empereur contre les Vénitiens; mais il entend que l'empereur y ait semblablement les quatre mille chevaux et dix mille piétons, comme il est contenu au traité fait à Blois; mais si ledit empereur n'y peut avoir sitôt ledit nombre de gens, ledit seigneur roi se contente que ledit empereur y ait seulement huit mille combattants, mais que la personne de son impériale Majesté y soit ensemble, disant que son autorité et vertu suppléera à la faute du nombre qu'il y aura ; et combien il y eût bien tout le nombre de gens qu'il a promis, encore semble être bon audit seigneur roi que sa personne y soit* et si l'empereur fût à cette heure prêt de son côté, je suis sûr, madame, que son cas irait très bien.
Madame, en écrivant cette, est venue la poste par laquelle l'on a eu nouvelles comme la défaite de l'armée du pape est beaucoup plus grande que Ton ne croyait ; car il a été tué des gens dudit pape plus de dix mille et pris bien trois mille chevaux, l'artillerie, leurs vivres et carraiges, qu'est chose iunumérable et avec ce des gens des Vénitiens sont -été bien tués quatre mille.
. Madame, le roi, avec sa grande victoire qu'il a eue