‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 272 sur 329 · AFFAIRES DU DUC DE 6UELDRE · texte numérisé non relu

AFFAIRES DU DUC DE 6UELDRE

deuxième jour de ce présent mois; madame, il me déplaît grandement de la mauvaise sorte que vont les affaires de par delà de présent, aussi que vous vois être en telle moleste et perturbation, et certes, madame, Dieu, le monde, et tous ceux de par deçà, j'appelle à témoin de la diligence, instance, poursuite et sollicitude que j'ai faites en ces choses de Gueldre, auxquelles je cuide avoir tellement et si féablement ouvré qu'il est possible de faire à un bon et loyal serviteur, tel que je suis de votre maison.

Et si, madame, j'ai montré les lettres que m'avez écrites de ces choses de Gueldre, je ne le cuide avoir fait follement, sinon à bon respect et pour servir à la matière; car m'avez mandé bien expressément que franchement les devais montrer au roi, et n'y était chose pourquoi ne dusse faire ainsi que j'ai fait aucunes fois; sans cela d'aucunes choses piquantes selon qu'il me semblait nécessaire et d'autres beaucoup plus fortes m'ont été écrites par l'empereur touchant lesdites choses de Gueldre que j'ai déclarées au roi, ainsi qu'il m'était avis être convenable, et beaucoup d'autres choses de ma part ai dites pour servir au propos comme bon serviteur et sujet de l'empereur et de vous, et semblablement bon sujet du roi, pour lesquelles ni pour vosdites lettres ledit sieur roi ne s'est courroucé; il a toujours parlé de bonne sorte de vous et fait les résolutions telles que vous ai écrites, et si bien avez considéré ce que de moi-même ai écrit à vous et à vos secrètes vous connaîtrez que l'on a cause de me louer, et non point aucunement me piquer. Néanmoins, madame, advienne qu'advenir voudra, je serai toujours l'accoutumé André en âme et en corps toutel serviteur à votre maison, et jusqu'à la mort, comme je l'ai très bien montré jusqu'ici, et je prie à Dieu qu'il

n'en advienne à moi comme à d'autres bons et loyaux serviteurs, qui, pour trop bien faire et avoir trop d'affection à .leurs maîtres, pour bonne récompense en demeurent mendiant leur vivre et leur vêtir, comme je fais de cette heure, de quoi je ne me plains de l'empereur ni de vous, mais de ma mauvaise fortune; ni pour avoir des biens, je ne changerai jamais ma nature que Dieu m'a donnée, et voise le monde comme il pourra.

Madame, j'ai ce matin parlé au roi de cesdites choses de Gueldre lui déclarant partie de vosditçs lettres, comme il me semblait au propos de la prise et perdition de la ville de Bomil. Ù m'a répondu et a démontré avec grand serment en avoir un très grand déplaisir et autant que pourrait avoir l'empereur votre père et vous, et mêmement du mauvais, obstiné et inique et pervers courage dudit de Gueldre et non moins de ceux qui ont la cure et gouvernement des pays de par delà, qui sont près de vous, et que s'il était près de vous, madame, il le vous dirait à l'oreille et d'autres choses familièrement, ainsi que à sa bonne cousiûe, et aussi privément comme autrefois il vous a battu sur le cul, combien que Sa Majesté a montré désirer que jà ne fût divulgué ce qu'il m'a dit. Voyant ce qu'était advenu de Arduyck et voyant l'obstinée pertinacité dudit de Gueldre ne voulant aucunement acquiescer aux requêtes et admonitions réitératives dudit sieur roi, mais que appertement avait dénié à son secrétaire de vouloir faire la restitution dudit Arduyck, se vantait avoir intelligence et bonne pratique de prendre une autre ville à mondit sieur votre neveu, et que si ledit sieur roi lui voulait envoyer cinquante lances, il prendrait la moitié de Brabant et d'autres choses. Sa Majesté s'émerveillait que les serviteurs et sujets de l'enipereur votredit père et

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