‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 275 sur 329 · LETTRE DU ROI A MARGUERITE D^AUTRICHE · texte numérisé non relu

LETTRE DU ROI A MARGUERITE D^AUTRICHE

suis tenu, priant Notre Seigneur, madame, qui vous donne très bonne vie et longue avec l'entier de vos très hauts désirs. A Valence, ce douzième jour de juillet.

Madame, sur lesdites nouvelles que je vous envoie, le roi écrit afin qu'il soit envoyé jusque à quatre cents lances à Bologne et selon les autres nouvelles qui surviendront il est délibéré de non lui défaillir en aucune chose, et s'apprête à toutes les provisions qu'ils seront nécessaires. Votre très humble et obéissant serviteur : Andréa de Borgo.

Madame, je vous envoie ci-hée la lettre du roi responsive à la vôtre et ne m'a été possible la faire faire d'autre manière, disant être assez ce qu'en a été écrit et déclaré jusqu'à cette heure et que le roi n'est pas prinC/C pour dire une chose et en faire une autre, et que du surplus madite lettre était sur ma créance, j'ai remontré que je la demandais à bonne fin et non point pour nécessité, de manière que tout est passé bien.

Madame, le roi m'a dit que je vous écrive de sa part qu'il vous prie que quand monsieur de Gueldre veuille condescendre à appointement raisonnable, que ne le veuiiliez refuser, afin que l'empereur puisse avoir l'aide des gens d'armes qui à cette heure sont à la guerre de Gueldre, selon que lui est bien métier pour son entreprise d'Italie et pour les apprêts de guerre que font le pape et le roi d'Aragon et à cette fin il écrit à son commissaire qui est devers ledit de Gueldre.

Madame, depuis mes autres lettres du XIX« jour de ce présent mois je ne vous ai rien écrit jusqu'ici, poursuivant et attendant l'expédition des lettres du roi, responsives aux vôtres et à son ambassadeur étant près vous, le sieur de Ghillon, et semblablement lettres de Sa Majesté aux villes de Bomel et Hardoye,

desquelles lettres je n'ai pu avoir plus tôt rexpéditlon ni d'autre sorte, combien je requérais que lesdites lettres que ledit sieur roi écrit auxdites villes fussent plus amples et y fût contenu le semblable qu'est en vosdites lettres touchant les choses de Gueldre, à quoi m'a été répondu qu'il semblait au roi et à son conseil être bonnes en cette façon; j'ai requis aussi que lesdites lettres me fussent baillées pour plus tôt vous les faire tenir par les postes; il m'a été dit qu'il semblait audit sieur roi et à sondit conseil qu'elles fussent envoyées par un chevaucheur d'écurie propre, qu'il sera meilleur et de plus grande réputation. Je vous envoie les copies cependant, et n'est jà besoin en faire semblant si ne veuillez, jusque les autres soient là.

L'ambassadeur d'Aragon a eu un courrier du roi son maître par lequel entre autres choses il lui écrit une bonne et grande lettre touchant toutes les querelles et requêtes que lui avez faites de ces choses de Gueldre, à ce qu'il voulût aider à monsieur le prince de Castille son fils, et écrit ledit roi d'Aragon à. sondit ambassadeur inster ledit roi très chrétien de sa part qu'il veuille non seulement abandonner messire Charles de Gueldre, mais encore vouloir aider à niondit seigneur le prince sondit fils ; car de sa part il est délibéré ainsi le faire. Ledit seigneur roi très chrétien, étant expédiées à l'heure lesdites lettres de Gueldre, les fit montrer audit ambassadeur, lui disant qu'il n'en saurait, pourrait, ni avait pu faire plus qu'il a fait, et d'autres bonnes paroles sur ces choses.

Ledit ambassadeur d'Aragon a aussi eu une bien bonne et longue lettre dudit roi d'Aragon son maître de la bonne, sincère fraternité et amitié qu'il porte au roi très chrétien, desquelles choses ledit seigneur roi très chrétien a été bien joyeux.

LETTRES DU ROI D'aRAGON 29

Aprèî^ il écrit exhortant ledit roi très chrétien à faire tontes choses afin que se puisse ensuivre la paix, et lui prie aussi sur toutes choses qu'es choses de l'Église il veuille faire tellement que rien n*en soit perdu; et semblable ment écrit comme le pape a ordonné le concile à Rome, lui priant vouloir entendre à celui-là, et non pas à celui ordonné à Pise, car il serait cause de faire schisme, sur lesquels dessusdits points lui a répondu beaucoup de fraisons pour lui remontrer que sa très chrétienne Majesté doit demeurer au propos qu'il a été jusqu'ici avec l'empereur sur lesdites matières et dont avez été avertie.

Il écrit encore comme il envoie le secours qu'il a promis à l'empereur et que, à son parlement de Séville, qui fut le vingtième du mois passé, il avait laissé ses gens d'armes prêts pour embarquer.

Les lettres qu'a eues ledit ambassadeur sont données à un lieu près de Madrigal, le seizième de ce mois, et le roi s'en venait à Vailledulit (Valladolid) et à Borgnes (Burgos).

Le roi a eu une petite lettre de son ambassadeur par laquelle il avertit que les gens que ledit roi d'Aragon doit envoyer pour l'aide de l'empereur votre père se devaient embarquer le dixième de cedit mois, qu'est un secours qui viendra bien tard et dit qu'ils sont quatre cents hommes d'armes, deux cents et cinquante genêts et deux mille piétons, mais je ne sais qu'ils profiteront.

Des nouvelles d'Italie l'on a jamais eu la réponse qu'il s'attend de l'ambassadeur d'Ecosse de la résolution du pape sur le k'aité de paix, de quoi l'on s'émerveille ; car il arrivit à Rome le douzième jour de ce mois. L'on ^îstime qu'il attendait ce qu'il faudrait de la pratique qu'il avait dedans Bologne avec aucuns de la cité pour laquelle pratique et afin de la

30 LA TRÈS SAINTE LlGfJE

reprendre, ledit pape avait envoyé bien cinq cents hommes d'armes et cinq mille piétons; mais ainsi qu'ils se sont approchés à cinq milles près dudit Bologne, ladite pratique a été découverte, et s'en sont fuis aucuns gentilshommes de ladite ville ; et les Français étant dedans sont sortis dehors sur lesdites gens du pape, tellement que d'iceux ont bien tué cinq cents des gens à pied et les gens à cheval mis en fuite et dispers çà et là et s'en sont retirés à Imola et à Faence.

Le roi tient tant audit Bologne qu'en la juridiction environ trois cents lances.

L'on tient qu'après que le pape aura entendu ces nouvelles, il se résoudra raisonnablement à ce qu'a porté ledit ambassadeur d'Ecosse ou bien ou mal.

Sont bien quatorze jours que Ton a eu nulles lettres de l'empereur votre père ni que son armée marche ni que ses gens viennent, dont le roi est bien ébahi, lequel vous prie que, comme de vous-même, non point de sa part, le devez hâter combien déjà le temps est jà si avant qu'il y a peu d'espoir à faire rien cette année.

Le roi m'a dit qu'il ne peut plus attendre ici, et que partout ce mois il demeurera encore, mais à la fin se partira pour retourner à Blois.

La reine est jà grosse d'environ trois mois.

Madame de Bourbon s'est cejourdhui partie d'ici pour aller à la Magdelaine de la Baulme, je l'ai visitée de votre part et avons eu de bonnes devises ensemble; elle se recommande à vous, vous offirant tout ce qu'elle peut.

Madame, je prie Notre Seigneur vous donner très bonne et longue vie avec l'entier accomplissement de vos très hauts et nobles désirs. A Valence, ce XXV« jour de juillet. Votre très humble et très obéissant serviteur : Andréa de Borgo.

(Guichardin.)

Avant que le concile de Pise^ toujours ajourné, s'aS' semblât définitivement, le pape conclut le 5 octobre 4544 avec les Vénitiens et le roi d'Aragon un traité qui, sous le nom de Sainte Ligue, était destiné à neu» traliser les effets de la coalition de Cambrai, Henri VIII, alors grand ami du Saint-Siège et zélé partisan de V unité catholique, y adhéra deux mois après. On ne connaît pas le texte du traité de la Sainte Ligue; mais Guichardin en donne la substance,

« Les contractants garantiront l'Église du schisme dont elle est menacée par le conciliabule de Pise ; ils feront rendre au pape la ville de Bologne et les autres places qui appartiennent médiatement ou immédiatement au Saint-Siège; ils feront la guerre à ceux qui s'opposeront à l'exécution de ces divers articles; et, à cet effet, une forte armée sera mise sur pied pour les chasser d'Italie. Le commandement en sera donné à don Raymond de Cardona, vice-roi de Naples. »

§ 4. — BERNARDO BIBBIENNA, SECRÉTAIRE DU CARDINAL JEAN DE MÉDICIS, LÉGAT DE BOLOGNE, ANNONCE A CE DERNIER LA PROMULGATION OFFICIELLE DE LA SAINTE LIGUE,

(Ab. Desjardins, Négociations diplomatiques, t. II, p. 549.)

Ce matin, au nom de Notre Seigneur Dieu, de la très glorieuse Vierge Marie et du Saint-Esprit, on a publié la très Sainte Ligue par une messe solennelle ^u Saint-Esprit, qu'a célébrée le révérendissime cardinal de San Sisto al Popolo. Après la messe, l'évêque d'Isernia prononça une allocution à la gloire de la très Sainte Ligue. Quand il eut fini, il donna lecture

dâ LA TRÈS SAINTE UGUB

en langue vulgaire d*un écrit contenant brièvement 1 la substance de la Ligue faite pour la conservation des intérêts de l'Église, du pape Jules et pour lai récupération de la cité de Bologne, de son territoire ' et de tout ce qui pouvait avoir été indûment occmpé par d'autres sur le territoire de l'Église. 11 nomma les alliés, à savoir le pape, le roi Catholique et les Vénitiens. Sa Majesté C. s'oblige à envoyer avec les gens que vous savez, comme capitaine général de la Ligue, l'illustrissime don Raymond de Cardona, viceroi de Naples, et onze galères par mer pour les porta* où il sera de besoin pour s'opposer à quiconcpie voudrait agir contre la très Sainte Ligue. Notre Seigneur s'est obligé à entretenir six cents hommes d'armes sous le commandement de l'illustrissime duc de Termini, les Vénitiens le plus grand nombre de gens qu'ils pourront et, outre l'armée, je ne sais combien de galères en mer pour le service de la très Sainte Ligue.

Une place très honorable est réservée dans le traité au roi d'Angleterre, attendu que les alliés connaissent ses excellentes dispositions à entrer dans la Ligue. Une place très honorable est réservée à l'empereur et à tout autre qui voudrait faire partie de la très Sainte Ligue.

Page 1