‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 283 sur 329 · PRISE DE BRESCIA PAR L ARMÉE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PRISE DE BRESCIA PAR L ARMÉE FRANÇAISE

gneur de Molart combattirent à ce rempart furieusement, et de même il fut merveilleusement bien défendu. Les Français criaient : '< France! France! » Ceux de la compagnie du bon Chevalier ciiaient : « Bayard! Bayard! » Les ennemis criaient : Marco! Marco! Bref, ils faisaient tant de bruit que les arquebuses ne pouvaient être entendues. Messire André Gritti donnait merveilleux courage à ses gens, et en son langage italien leur disait : « Tenons bon, mes amis; les Français seront tantôt lassés, ils n'ont que la première ardeur; et si ce Bayard était défait, jamais les autres n'approcheraient ». Il était bien abusé; car, s'il avait grand cœur de défendre, les Français Pavaient cent fois plus grand pour entrer dedans.

Us livrèrent û^ assaut merveilleux par lequel ils repoussèrent un peu les Vénitiens; ce que voyant le bon Chevalier, il commença à dire : u Dedans! dedans! compagnons; ils sont nôtres; marchez, tout est défait ». Lui-même entra le premier et passa le rempart et après lui plus de mille; de sorte qu'ils gagnèrent le premier fort, ce qui ne fut pas sans se bien battre, et il y en demeura de tous côtés, mais peu des Français.

Le bon Chevalier eut un coup de pique dans le haut de la cuisse, qui entra si avant que le bout se rompit, et le fer, avec un bout du fût, demeura dedans. Bien crut-il avoir été frappé à mort, de la douleur qu'il sentit, et il commença à dire au seigneur de Molart : « Compagnon, faites marcher vos gens, la ville est gagnée; pour moi, je ne saurais tirer outre, car je suis mort ». Le sang lui sortait en abondance, et force lui fut, ou de mourir là sans confession, ou de se retirer de la foule avec deux de ses archers, lesquels lui étanchèrent, le mieux qu'ils

purent, sa plaie, avec leurs chemises qu'ils déchirèrent pour cela.

Le pauvre seigneur de Molart, qui pleurait amèrement la perte de son ami et voisin (car tous deux étaient de l'écarlate * des gentilshommes), comme un lion furieux, délibéré de le venger, commença rudement à pousser; et le bon duc de Nemours avec sa troupe après, qui entendit en passant que le premier fort avait été gagné par le bon Chevalier, mais qu'il y avait été blessé à mort, si lui-même eût eu le coup, n*eût pas eu plus de douleur et commença à dire : « Hé! messeigneurs mes amis, ne vengeronsnous point sur ces vilains la mort du plus accompli chevalier qui fut au monde? Je vous prie, que chacun pense à bien faire. » A sa venue, les Vénitiens furent maltraités et déguerpirent de la'^fcitadelle, faisant mine de se vouloir retirer vers la ville et lever le pont ; et les Français eussent eu trop à faire par ce moyen ; mais ils furent poursuivis si vivement qu'ils passèrent le palais et entrèrent pêle-mêle dans la grande place, en laquelle était toute leur force, la gendarmerie et chevau-légers bien à cheval, avec les gens de pied, en bataille bien ordonnée selon leur fortune.

Là se montrèrent les lansquenets et aventuriers français gentils compagnons. Le capitaine Bonnet y fît de grands faits d'armes, et, sortant de sa troupe la longueur d'une pique, marcha droit aux ennemis, et fut aussi très bien suivi. Le combat dura demiheure ou plus. Les citadins et femmes de la ville

1. « Tout ainsi que l'écarlate passe en couleur tout et autres teintures de draps, les Dauphinois, sans blâmer la noblesse d'autres régions, sont appelés, par tous ceux qui en ont connaissance, l'écarlate des gentilshommes de France » (Le Loyal Serviteur, chap. i).

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