‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 291 sur 329 · LE DUC DE NEMOURS DEVANT RAVENNE · texte numérisé non relu

LE DUC DE NEMOURS DEVANT RAVENNE

plusieurs autres gentilshommes, jusques à deux ou trois milles, et puis ils se dirent adieu. Les uns retournèrent à Brescia, et les autres au camp des Français où le bon Chevalier arriva, le mercredi au soir, septième d'avril, avant Pâques. S'il fut reçu du seigneur de Nemours, et aussi de tous les capitaines, il ne le faut pas demander; hommes d'armes et aventuriers en démenaient telle joie qu'il semblait, pour sa venue, que l'armée en fût renforcée de dix mille hommes. Le camp était arrivé ce soir-là devant Ravenne, et les ennemis en étaient à six milles; mais le lendemain, qui fut le jeudi saint, ils s'approchèrent à deux milles.

§ 14* — iMAXlMILIEN ORDONNE A SES I^KNSQDEXETS DE FAIRE DÉFECTION AUX FRANÇAIS DANS LES MURS DE RAVENNK.

Quand le gentil duc de Nemours fut arrivé devant Ravenne, il assembla tous les capitaines pour savoir ce qu'il y avait à faire, car le camp des Français commençait fort à souffrir par faute de vivres qui y venaient à très grand'peine ; et il y avait déjà faute de pain et de vin, parce que les Vénitiens avaient coupé les vivres d'un côté, et l'armée des Espagnols tenait toute la côte de la Romagnc, de sorte qu'il fallait aux aventuriers manger chair et fromage, par contrainte. Il y avait encore un gros inconvénient, dont le duc de Nemours ni aucun des capitaines n'était averti : c'est que l'empereur avait mandé aux capitaines des lansquenets que, sur leur vie, ils eussent à se retirer aussitôt sa lettre vue, et qu'ils n'eussent à combattre les Espagnols. Entre autres capitaines allemands, il y en avait deux principaux : l'un s'appelait Philippe de Fribourg, et l'autre Jacob, qui

était si gentil compagnon; et dé fait tous deux étaient vaillants hommes et instruits aux armes. Cette lettre de Tempereur était tombée aux mains du capitaine Jacob. Il était allé voir le roi de France quelquefois en son royaume, depuis qu'il était à son service, où il lui fut fait quelque présent; de façon que son cœur était tout français; et aussi ce duc de Nemours avait tant gagné les gens que tous ceux qu'il avait avec lui fussent morts à sa requête.

Entre tous les capitaines français, il n'y ea avait aucun que le capitaine Jacob aimât tant qu'il faisait le bon Chevalier; et cet amour commeniça dès le premier voyage de l'empereur devant Padoue, en l'an 1509, où le roi de France lui envoya cinq ou six cents hommes d'armes de secours. Quand il eut vu la lettre, et qu'il eut su la venue du bon Chevalier, il le vint visiter à son logis, avec son truchement, car tout ce qu'il savait de français c'était : « Bonjour, monseigneur ». Ils se firent grande fête l'un à l'autre, comme la raison voulait et que chacun cherche son semblable, et devisèrent de plusieurs choses, sans que personne les ouït. Enfin le capitaine Jacob déclara au bon Chevalier ce que l'empereur leur avait mandé, et qu'il avait encore les lettres que personne n'avait vues que lui, et ne les voulait montrer à nul de ses compagnons, car il savait bien que, si leurs lansquenets en étaient avertis, la plupart ne voudraient point combattre et se retireraient; mais que, pour lui, il avait le serment au roi de France et sa solde, et que, pour mourir de cent mille morts, il ne ferait cette méchanceté de ne point combattre, mais qu'il fallait se hâter; car il était impossible que l'empereur ne renvoyât bientôt d'autres lettres, lesquelles pourraient venir à la connaissance des compagnons de guerre, et que, par ce moyen, les Français pourraient avoir

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