‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 293 sur 329 · LE DUC I>E NEMOURS ET LE CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

LE DUC I>E NEMOURS ET LE CONSEIL DE GUERRE

Quand ils furent au logis du duc de Nemours, ils se mirent au conseil qui dura longuement. Il y eut de diverses opinions ; car les uns ne conseillaient point de combattre, et avaient de bonnes raisons, disant que , s'ils perdaient cette bataille, toute l'Italie était perdue pour le roi leur maître, et que d'entre eux nul n'en échapperait, parce qu'ils avaient trois ou quatre rivières à passer; que tout le monde était contre eux, pape, roi d'Espagne, Vénitiens et Suisses, et que de l'empereur ils n'étaient pas trop assurés; par quoi il vaudrait mieux temporiser que de se hasarder en cette manière. D'autres disaient qu'il

convenait de combattre ou de mourir de faira comme méchants et lâches, et que déjà ils étaient trop avant pour se retirer, sinon honteusement et en désordre. Bref, chacun en dit son opinion.

Le bon duc de Nemours, qui avait déjà parlé au bon Chevalier et au capitaine Jacob, avait entendu bien au long ce que l'empereur avait mandé et savait bien que c'était force de combattre, et aussi qu'il ne venait pas un courrier que le roi de France, son oncle, ne lui mandat de donner la bataille, et qu'il n'attendait que l'heure d'être assailli en son royaume par deux ou trois endroits. Il demanda toutefois encore l'opinion du bon Chevalier, lequel dit : « Monseigneur, vous savez que je vins seulement hier ; je ne sais rien de l'état des ennemis. Messeigneurs mes compagnons les ont vus et escarmouches tous les jours, qui s'y connaissent mieux que moi. Je les ouïs, les uns louer la bataille, les autres la blâmer; et, puisqu'il vous plaît m'en demander mon opinion, sauf votre révérence et de messeigneurs qui sont ici, je vous la dirai. Qu'il soit vrai que toutes batailles sont périlleuses, cela est pour certain, et aussi qu'il faille bien regarder les choses avant que de venir à ce point; mais à examiner présentement l'affaire des ennemis et de nous, il semble quasi difficile que nous puissions nous séparer sans bataille; la raison est que déjà vous avez fait vos approches devant celte ville de Ravenne, laquelle demain matin vous voulez canonner, et, la brèche faite, y faire donner l'assaut. Déjà êtes- vous averti que le seigneur Marc- Antoine Colonna, qui est dedans depuis huit ou dix jours, y est entré sous la promesse et foi jurée de don Ramon de Cardone, vice-roi de Naples et chef de l'armée de nos ennemis, de son oncle le seigneur Fabricio Colonna, ensemble du comte Pedro Navarro

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et de tous les capitaines, que, s'il peut tenir jusques à demain, ou pour le plus lard au jour de Pâques, ils le viendront secourir. Or lesdils ennemis le montrent bien, car ils sont aux faubourgs de notre armée. D'autre côté, tant plus vous séjournerez, et plus malheureux nous deviendrons; car nos gens n'ont nuls vivres, et il faut que nos chevaux vivent de ce que les saules jettent à présent, et puis vous voyez le roi notre maître qui chaque jour vous écrit de donner la bataille, et que non seulement en vos mains repose la sûreté de son duché de Milan, mais aussi tout son État de France, vu les ennemis qu'il a aujourd'hui. Par quoi, quant à moi, je suis d'avis qu'on la doit donner, et y aller sagement, car nous avons affaire à gens habiles et bons combattants. Qu'elle soit dangereuse, sans doute, mais une chose me réconforte : les Espagnols ont été depuis un an en cette Romagne, toujours nourris comme le poisson en l'eau, et sont gras et replets; nos gens ont eu et ont encore grande faute de vivres, par quoi en auront plus longue haleine, et nous n'avons pas autre chose à faire : car qui plus longtemps combattra, le camp lui demeurera. » Chacun commença à rire du propos ; car si bien lui venaient les paroles pour dire ce qu'il voulait, que tout homme y prenait plaisir. Les seigneurs de Lautrec, de la Palisse, le grand sénéchal de Normandie, le seigneur de Crussol, et tous ( i la plupart des capitaines, se tinrent à l'opinion au bon Chevalier, qui était de donner la bataille; et dès l'heure en furent avertis tous l*** /^nnitaines de gens de cheval et de pied.

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