ASSAUTS INFRUCTUEUX
Le lendemain matin, qui fut le vendredi saint, lut canonnée la ville de Ravenne bien àpremeat, de sorte que les ennemis, de leur camp, entendaient bien à clair les coups de canon. Ils délibérèrent, selon la promesse qu'ils avaient faite, de secourir le seigneur Marc- Antoine Colonna dedans le jour de Pâques. Durant la batterie furent blessés deux gaillards capitaines français, Tun, le seigneur d'Espy, maître de Tartillerie , et Tautre, le seigneur de Chàtillon, prévôt de Paris, de coups d'arquebuse, l'un au bras, l'autre à la cuisse, dont depuis ils moururent à Ferrare, qui fut gros dommage. La brèche faite à la ville, ceux qui avaient été ordonnés pour Tassaut, qui étaient deux cents hommes d'armes et trois mille hommes de pied, s'approchèrent; le reste de l'armée se mit en belle et triomphante ordonnance de bataille, laquelle désirément ils attendaient; et il y avait mille ans que gens ne furent plus délibérés qu'ils étaient, et, à leurs gestes, ils semblaient qu'ils allassent aux noces. Ils tinrent escorte, trois ou quatre grosses heures, à leurs gens ordonnés pour assailhr, lesquels firent à la ville de lourds et divers assauts ; et y firent très bien son devoir le vicomte d'Étoges, lors lieutenant de messire Robert de la Marck, et le seigneur Federic de Bozzolo; car plusieurs fois ils furent jetés du haut du fossé au bas. Si les assaillants faisaient bien leur devoir, ceux de la ville ne se ménageaient pas; et là était en personne le seigneur Marc-Antoine Colonna, qui disait à ses gens : « Messeigneurs, tenons bon ; nous serons secourus dedans demain ou dimanche. Je vous en assure sur mon honneur. La brèche est fort petite; si nous
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soitirties pris, ce nous tournera à grande lâcheté, et de plus c'est fait de nous. » Tant bien les confortait ce seigneur Marc-Antoine que le cœur leur croissait de plus en plus, et, à dire aus i la vérité, la brèche n'était pas fort raisonnable.
Quand les Français eurent donné cinq ou six assauts et qu'ils virent que de cette sorte ils n'emporteraient pas la ville, ils firent sonner la retraite, et Dieu leur y aida bien, car, s'ils l'eussent prise, jamais ils n'en eussent retiré les aventuriers, à cause du pillage, ce qui eût été peut-être occasion de perdre 1\ bataille. Quand le duc de Nemours sut que ses gens se reliraient de l'assaut, il fit pareillement retirer l'armée sur le soir, afin de se reposer; car d'heure en heure était attendu le combat, leurs ennemis étant à deux milles ou environ d'eux.
Le soir, après souper, plusieurs capitaines étaient au logis du duc de Nemours, devisant de plusieurs choses, principalement de la bataille. Il adressa la parole au bon Chevalier sans peur et sans reproche et lui dit : « Monseigneur de Bayard, avant votre venue, les Espagnols, d'après de nos gens qu'ils ont pris prisonniers, demandaient toujours si vous étiez point en ce camp, et, à ce que j'en ai entendu, ils ibnt grosse estime de votre personne. Je serais d'avis, s'il vous semble bon, que, demain au matin, ils eussent de par vous quelque escarmouche, de sorte que vous les puissiez faire mettre en bataille et que vous voyiez leur contenance. » Le bon Chevalier, qui pas mieux ne demandait, répondit : « Monseigneur, je vous promets ma foi que. Dieu aidant, devant qu'il soit demain midi, je les verrai de si près que je vous en rapporterai des nouvelles ». Là était présent le baron de Béarn, lieutenant du duc de Nemours, lequel était aventureux chevalier et toujours prêt à
rescarmouche. Il pensa en soi-même que le bon Chevalier serait bien matin levé s'il dressait son alarme plus tôt que lui, et il assembla quelques-uns de ses plus familiers auxquels il déclara soii vouloir, afin qu'ils se tinssent prêts au point du jour. Vous entendrez ce qu'il en advint.