‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 296 sur 329 · RECONNAISSANCES ET ESCARMOUCHES · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCES ET ESCARMOUCHES

Chacun entendit bien ce qu'il avait à faire, non seulement les capitaines de la compagnie, mais chaque homme d'armes, car il n'y en avait pas un qui ne méritât bien d'avoir charge de corïimandement sous lui. Chacun s'en alla reposer^ jusques à ce qu'ils ouïssent la trompette qui les éveilla au point du jour, que chacun s'arma et se mit eh ordre, comme pour faire telle entreprise qu'ils avaient dans la pensée. Lors furent déployées et mises auvent les enseignes du gentil duc de Lorraine qu'il faisait beau voir; et cela réjouissait les cœurs des gentilshommes de la compagnie, qui commencèrent à marcher, ainsi qu'il avait été ordonné le soir précédent, en trois bandes, à trois jets d'arc l'une de l'autre.

Le bon Chevalier ne savait rien de l'entreprise du baron de Béarn, qui déjà s'était mis aux champs, et avait dressé une chaude alarme au camp des ennemis, tellement qu'il l'avait quasi mis tout en armes, et y fît ledit baron très bien son devoir ; mais enfin, du côté des ennemis, deux ou trois coups de canon donnèrent dedans sa troupe, dont de l'un fut emporté le bras droit d'un fort gaillard gentilhomme, appelé Bazillac, et d'un autre fut tué le cheval du seigneur de Bersac, galant homme d'armes, et tous deux de la compagnie du duc de Nemours, lequel fut bien déplaisant de l'inconvénient de Bazillac, car il l'aimait à merveille. Après ces coups d'artillerie, cent ou ceilt vingt hommes d'armes, espagnols et napolitains, vinrent donner tout ensemble sur le baron, qui fut contraint de reculer au pas, du pas au trot, et du trot au galop, tant que les premiers se vinrent jeter sur le bâtard du Fay qui s'arrêta et en avertit le bon Chevalier, lequel lui manda incontinent qu'il se retirât en la troupe du capitaine Pierrepont, et lui-même s'avança tant qu'il mit toute sa

compagnie ensemble. Il vit revenir le baron de Béarn et ses gens quasi déconfite, et les suivaient Espagnols et Napolitains hardiment et fièrement, lesquels passèrent le canal après lui.

Quand le bon Chevalier les vit de son côté, il n'en eût pas voulu tenir cent mille écus. Lors il commença à crier : « Avant! compagnons, secourons nos gens ! » Et il disait à ceux qui fuyaient : « Demeurez, demeurez, hommes d'armes! vous avez bon secours ». II se mit le beau premier en une troupe des ennemis, de cent à cent viugt hommes d'armes; il était trop aimé pour n'être pas bientôt suivi. De la première pointe, il en fut porté par terre cinq ou six; toutefois les autres se mirent en défense fort honnêtement; mais enfin ils tournèrent le dos et coururent au grand galop droit au canal, qu'ils repassèrent à grosse diligence. L'alarme était déjà en leur camp, de sorte que tout était en bataiUe, gens de pied et de cheval. Ce nonobstant, le bon Chevalier les mena battant et chassant jusque bien avant en leurdit camp, où il fit, et ceux de sa compagnie, merveilles d'armes ; car ils abattirent tentes et pavillons et poussèrent par terre ce qu'ils trouvèrent.

Le bon Chevalier, qui avait toujours l'œil au bois, avisa une troupe de deux ou trois cents hommes d'armes qui venaient le grand trot, serrés en gens de guerre. Il dit au capitaine Pierrepont : « Retirons* nous, car voici trop gros effort ». La trompette sonna la retraite qui fut faite sans perdre un homme, et ils repassèrent- le canal, marchant dix)it à leur camp. Quand les Espagnols virent qu'ils étaient repassés et qu'ils perdaient leur peine d'aller après, ils se retirèrent. Cependant il en passa cinq ou six qui demandèrent à rompre leur lance ; mais le boo

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