‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 298 sur 329 · LA BATAILLE DE RAVENNE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE RAVENNE

(11 avril 1512)

Au retour de cette chaude escarmouche qu'avait faite le bon Chevalier sans peur et sans reproche, et après le diner, tous les capitaines, tant de cheval que de pied, s'assemblèrent au logis du vertueux duc de Nemours, le passe-preux de tous ceux qui furent depuis deux mille ans; car on ne lira point en chronique ni histoire, d'empereur, roi, prince, ni autre seigneur, qui en si peu de temps ait fait de si belles choses que lui; mais cruelle mort le prit à l'âge de vingt-quatre ans, qui fut abaissement et dommage irréparable à toute noblesse.

Or, les capitaines assemblés, le gentil duc de Nemours commença la parole et leur dit : w Mes-

seigneurs, vous voyez le pays où nous sommes et comment les vivres nous manquent; tant plus nous demeurerions en cette sorte, tant plus nous languirions. Cette grosse ville de Ravenne nous fait la barbe d'un côté ; les ennemis sont à la portée d'un long canon de nous; les Vénitiens et Suisses, ainsi que m'écrit le seigneur Jean-Jacques, font mine de descendre au duché de Milan, où vous savez que nous n'avons laissé que bien peu de gens. De plus, le roi mon oncle me presse tous les jours de donner la bataille, et je crois qu'il m'en presserait encore plus, s'il savait comment nous sommes à court de vivres. Par quoi, ayant regard à toutes ces choses, il me semble, pour le profit de notre maître et pour le nôtre, que nous ne devons plus différer; mais, avec l'aide de Dieu qui y peut le tout, allons trouver nos ennemis; si la fortune nous est bonne, nous l'en louerons et remercierons; si elle nous est contraire, sa volonté soit faite. Pour ma part et à mon souhait, vous pouvez assez penser que j'en désire le gain pour nous, mais j'aimerais mieux mourir qu'elle fût perdue; et si Dieu me veut tant oublier que je la perde, les ennemis seront bien lâches de nie laisser vivant, car je ne leur en donnerai pas les occasions. Je vous ai ici tous assemblés afin d'en prendre un moyen. » i Le seigneur de la Palisse dit qu'il n'était rien l plus certain qu'il fallait donner la bataille, et que plus tôt ils se mettraient hors de péril. De celte

même opinion furent le seigneur de Lautrec, le grand sénéchal de Normandie, le grand écuyer de France, le seigneur de Crussol, le capitaine Louis d'Ars et plusieurs autres, lesquels prirent conclusion que le lendemain, qui était le jour de Pâques, ils iraient trouver leurs ennemis. Lors fut dressé m

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