ORDONNANCE DE LA BATAILLE
pont de bateaux sur un petit canal qui était entre les deux armées, pour passer Tartillerie et les gens de pied; car, pour les gens de cheval, ils traversaient le canal bien à leur aise, parce que aux deux bords on avait fait des esplanades.
Le bon Chevalier sans peur et sans reproche dit, en présence de toute la compagnie, qu'il serait bon de faire l'ordonnance de la bataille sur l'heure, afin que chacun sût où il devrait être, et qu'il avait entendu, par tout plein de prisonniers qui avaient été au camp des Espagnols, qu'ils ne faisaient qu'une troupe de tous leurs gens de pied et deux de leurs gens de cheval, et que sur cela il se fallait ranger. Les plus apparents de la compagnie dirent que c'était fort bien parlé et qu'il . y fallait aviser sur l'heure; ce qui fut fait en cette sorte : c'est que les lansquenets et les gens de pied des capitaines Molart, Bonnet, Maugiron, baron de Grandmont, Bardassan et autres capitaines, jusques au nombre de dix mille hommes, marcheraient tous en une masse, et les deux mille Gascons du capitaine Odet et du cadet de Duras à leur côté; lesquels tous ensemble iraient se parquer à la portée de canon des ennemis, et devant eux serait mise l'artillerie ; et puis, à coups de canon les uns contre les autres, à qui le premier sortirait de son fort; car les Espagnols se logeaient toujours en lieu avantageux, comme vous entendrez assez. Tout proche des gens de pied seraient le duc de Ferrare et le seigneur de la Palisse, chefs de l'avantgarde, avec leurs compagnies, et quant et eux les gentilshommes, sous le grand sénéchal de Normandie, le grand écuyer, le seigneur d'Imbercourt, La Cropte, le seigneur Théode de Trivulce, et autres capitaines, jusques au nombre de huit cents hommes d'armes, et un peu au-dessus, et vis-à-vis d'eux,
seraient le duc de Nemours, avec sa compagnie, le seigneur de Lautreo, son cousin, qui fit merveilles d'armes en ce jour, le seigneur d'Alègre, le capitaine Louis d'Ars, le bon Chevalier et autres, jusques au nombre de quatre à cinq cents hommes d'armes; enfin, les gens de pied italiens, dont il y avait quatre mille ou environ, sous la charge de deux frères gentilshommes de Plaisance, les comtes Nicole et Francisque Scot, du marquis Malaspina et autres capitaines italiens, demeureraient en deçà du canal, pour donner sûreté au bagage, de peur que ceux de Ravenne ne sortissent ; et fut ordonné chef de tous les guidons le bâtard du Fay, qui passerait le pont et en aurait la garde jusqu'à ce qu'il fût mandé.
Les choses ainsi ordonnées et le lendemain matin venu, d'abord les lansquenets commencèrent à passer; ce que voyant le gentil capitaine Molart, il dit à ses rustres : « Comment! compagnons, nous sera-t-il reproché que les lansquenets soient passés du côté des ennemis plus tôt que nous? J'aimerais mieux, quant à moi, avoir perdu un œil. » Il commença, parce que les lansquenets occupaient le pont, à se mettre tout chaussé et vêtu, au beau gué dans l'eau, et ses gens après; et il faut savoir que l'eau n'était point si peu profonde qu'ils n'y fussent jusques au-dessus du cul; et ils firent si bonne diligence qu'ils furent plus tôt passés que lesdits lansquenets. Cela fait, toute l'artillerie fut passée et mise devant lesdits gens de pied qui cependant se mirent en bataille; après, passa Favant-garde des gens de cheval, et puis la bataille. Sur ces entrefaites, il faut que je vous fasse un incident.
Le gentil duc de Nemours partit assez matin de son logis, armé de toutes pièces, excepté de l'armel. Il avait un fort riche accoutrement de broderie, aux