LR DDC DE NEMOURS ET LES ESPAGNOLS
déclaroDs que nous sommes et voulons être et demeurer a jamais vos serviteurs ». Le duc de Nemours, comme plein de courtoisie, les remercia et puis leur dit : « Messei^neUrs, je vois bien que dans aujourd'hui nous saurons à qui demeurera la campagne, à vous ou à nous; mais à grand'peine se démêlera cette affaire sans grande effusion de sang. Si votre vice-roi voulait vider ce différend de sa personne à la mienne, je ferais bien que tous mes amis et compagnons qui sont avec moi y consentiront ; si je suis vaincu, ils s'en retourneront au duché de Milan et vous laisseront paisibles de ce côté; mais aussi, s'il est vaincu, il faudra que tous vous en retourniez au royaume de Naples. » Quand il eut achevé son dire, il lui fut incontinent répondu par un appelé le marquis de la Padule : k Seigneur, je crois que votre gentil cœur vous ferait volontiers faire ce que vous dites; mais, à mon avis, notre vice-roi ne se fiera point assez en sa personne pour s'accorder à votre dire. — Or adieu donc, messeigneurs, dit le gentil prince; je m'en vais passer l'eau et promets à Dieu de ne la repasser de ma vie que le champ ne soit vôtre ou nôtre. » Ainsi se sépara des Espagnols le duc de Nemours.
On voyait tout à clair les ennemis allant et venant, et comment ils se mettaient en bataille ; surtout leur avant-garde de gens de cheval, dont était chef le seigneur Fabricio Colonna, se montrait en belle vue et toute découverte. Le seigneur d'Alègre et le bon Chevalier en parlèrent au duc de Nemours et lui dirent : « Monseigneur, vous voyez bien cette troupe de gens à cheval? — Oui, dit-il, ils sont en belle vue. — Par ma foi, dit le seigneur d'Alègre, qui voudra amener ici deux pièces d'artillerie seulement, leur fera un merveilleux dommage. » Cela fut trouvé très
bon, et lui-même alla faire amener un canon et une longue coulevrine. Déjà les Espagnols avaient commencé à tirer de leur camp, qui était fort à merveille, car ils avaient un bon fossé devant eux. Derrière étaient tous leurs gens de pied couchés sur le ventre, par crainte de Tartillerie des Français. Devant eux était toute la leur, au nombre de vingt pièces, tant canons que longues coulevrines, et environ deux cents arquebuses à croc; et entre deux arquebuses, ils avaient, sur de petites charrettes à deux roues, de grandes pièces de fer acéré et tranchant, en manière de lame de faux, pour les faire rouler dans les gens de pied, quand ils voudraient entrer parmi eux. A leur aile était leur avant-garde que conduisait le seigneur Fabricio Golonna, où il y avait environ huit cents hommes d'armes; et un peu plus haut était la bataille, en laquelle il y avait plus de quatre cents hommes d'armes, que menait le viceroi, don Ramon de Cardone; et, joignant lui, il y avait seulement deux mille Italiens que menait Ramasso. Quant à la gendarmerie, on n'en ouït jamais parler de mieux en ordre ni mieux montée. Le duc de Nemours, dès qu'il eut passé la rivière, commanda que chacun marchât. Les Espagnols tiraient en la troupe des gens de pied français comme en une butte, et en tuèrent, avant de venir au combat, plus de deux mille. Ils tuèrent aussi deux triomphants hommes d'armes, l'un appelé Jasses et l'autre Lhérisson. Aussi moururent ensemble, d'un même coup de canon, ces deux vaillants capitaines, le seigneur de Molart et Philippe de Fribourg, ce qui fut un gros dommage et grand désavantage pour les Français, car ils étaient deux apparents et aimés capitaines, surtout le seigneur de Molart, car tous ses gens se fussent fait tuer pour lui. 11 faut entendre