‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 303 sur 329 · LA BATAILLE DE RAVENNE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE RAVENNE

<jue, nonobstant toute Tartillerie tirée par les Espagnols, les Français marchaient toujours. Les deux pièces que le seigneur d'Alègre et le bon Chevalier avaient fait retourner en deçà du canal tiraient incessamment en la troupe du seigneur Fabricio et lui faisaient un dommage non croyable ; car il lui fut tué trois cents hommes d*armes, et il dit depuis, étant prisonnier à Ferrare, que d'un coup de canon il lui avait été emporté trente-trois hommes d'armes. Cela fâchait fort les Espagnols, car ils se voyaient tuer et ne savaient par qui ; mais le capitaine Pedro Navarro avait si bien conclu en leur conseil qu'il était ordonné qu'on ne sortirait point du fort jusques à ce que les Français les y allassent assaillir, et qu'ils se déferaient d'eux-mêmes. Il n'était rien de si vrai; mais il ne fut plus possible au seigneur Fabricio de tenir ses gens, qui disaient en leur langage : Cuerpo de Bios, somos matados del cielo ; vamos combater los hombres *. Et ils commencèrent, pour éviter ces coups d'artillerie, à sortir de leur fort et à entrer en un beau champ, pour aller combattre.

Us ne prirent pas le chemin droit à l'avant-garde, mais avisèrent la bataille où était le vertueux prince duc de Nemours, avec sa petite troupe de gendarmerie, et tirèrent en cet endroit. Les Français de la bataille, joyeux d'avoir le premier combat, baissèrent la visière, et d'un hardi courage marchèrent droit à leurs ennemis, lesquels se mirent en deux troupes pour, par ce moyen, enclore cette petite bataille. De cette ruse s'aperçut bien le bon Chevalier, qui dit au duc de Nemours : « Monseigneur, mettons-nous en deux parties, jusques à ce que nous ayons passé le

1. « Par le corps de Dieu, nous sommes tués du ciel; allons combattre les hommes. -•

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fossé, car ils nous veulent enelote ». Gela fut incontinent fait, et ils se partagèrent. Les Espagnols firent un bruit et un cri merveilleux à l'aborder : « Espagne! Espagne! Sant-Iagol aux caballos! aux cabailos! » Furieusement ils venaient, mais plus furieusement furent reçus des Français, qui criaient aussi : « France ! France ! aux chevaux ! aux chevaux ! » Car les Espagnols ne tâchaient autre chose sinon d'abord tuer les chevaux, parce qu'ils ont un proverbe qui dit : Muerio et cahallo, perdido Vhombre d'armes * .

Depuis que Dieu créa ciel et terre, ne fut vu un plus cruel ni dur assaut que celui que Français et Espagnols se livrèrent les uns aux autres, et plus d'une grande demi-heure dura ce combat. Ils se reposaient les uns devant les autres, pour reprendre leur haleine, puis baissaient la visière et recommençaient de plus belle, criant France et Espagne le plus impétueusement du monde. Les Espagnols étaient la moitié plus que les Français. Lors courut le seigneur d'Alègre droit à son avant-garde et de loin avisa la bande de messire Robert de la Mark, qui portait en devise blanc et noir, et il leur cria : « Blanc et noir, marchez! marchez I et aussi les archers de la garde! » Le duc de Ferrare et le seigneur de la Palisse pensèrent bien que sans grand besoin le seigneur d'Alègre ne les était pas venu quérir. Ils les firent incontinent déloger et, à bride abattue, vinrent secourir le duc de Nemours et sa bande, laquelle, quoiqu'elle fût peu nombreuse, refoulait toujours peu à peu les Espagnols. A l'arrivée de cette frsdche bande, il y eut un terrible butin; car les Espagnols furent vivement assaillis. Les archers de la garde avaient de petites cognées, dont ils se servaient pour

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