RETRAITE DES FRANÇAIS
sion de quoi le seigneur de la Palisse le fît pendre et étrangler. Il y avait bien un dessein d'aller plus avant, si le bon duc de Nemours fût demeuré vit': mais par son trépas tout cessa, quoique Pietro Morganl et le seigneur Roberto Orsini eussent très bien fait leur devoir de ce qu'ils avaient promis; mais aussi le seigneur Jean-Jacques écrivait chaque jour que les Vénitiens et Suisses s'assemblaient et voulaient descendre en la duché de Milan, et l'empereur Maximilien commençait déjà secrètement à se retourner. Parquoi l'armée des Français se mit au retour vers ladite duché de Milan, où tous les capitaines se trouvèrent en la ville, lesquels firent enterrer dans le Dôme le gentil duc de Nemours, en plus grand triomphe que prince avait jamais été enterré; car il y avait dix mille personnes portant le deuil, la plupart à cheval, quarante enseignes prises sur les ennemis, que l'on portait devant son corps, traînant à terre, et ses enseigne et guidon après et prochains de sa personne, en témoignage que c'étaient ceux qui avaient abattu l'orgueil des autres. En ces douloureuses obsèques il y eut grands pleurs et gémissements.
Après sa mort, tous les capitaines avaient élu le seigneur de la Palisse pour leur chef, comme très vertueux chevalier, et aussi parce que le seigneur de Lautrec était blessé à mort, et avait été mené à Ferrare, pour se faire guérir, où il eut si bon et gracieux traitement du duc et de la duchesse qu'il revint en assez bonne santé.
Le pape Jules, voulant toujours continuer en son charitable vouloir, fit tout à fait déclarer l'empereur ennemi des Français, lequel manda à ce peu de lansquenets qui étaient demeurés, après la journée de Ravenne, avec les Français, qu'ils eussent à se
iOâ La très sainte ligue
retirer; dont le principal capitaine était le frère do capitaine Jacob, lequel, à son mandement, s'en retourna et les emmena tous , excepté sept ou huit cents qu'un jeune capitaine aventurier, qui n'avait rien à perdre en Allemagne, retint. En cette saison comme les Français voulaient emmener le cardinal de Médicis en France, il fut repris et délivré à Pietra di Qua, ce qui lui fut boni\e fortune, et il en eut Tobligation à messire Malteo di Beccaria, de Pavie, qui fit cet exploit. Car depuis il fut pape.