CAMPAGNE DE NAVARRE
d'assaut, ils seraient mis en pièces. Ceux de la forteresse étaient gens de guerre que le duc de Najera et Talcade de las Donzellas, lieutenant audit royaume pour le roi d'Espagne, y avaient mis; et étant tous bons et loyaux serviteurs à leur maître, firent réponse qu'ils ne rendraient point la place, et eux encore moins. Le trompette en vint faire son rapport, lequel ayant ouï, le bon Chevalier ne fit autre délai, sinon de faire asseoir quatre grosses pièces d'artillerie qu'il avait, et de bien canonner la place, et vivement. Ceux de dedans, qui étaient environ cent hommes, avaient force arquebuses à croc et deux fauconneaux, qui firent très bien leur devoir de tirer à leurs enile- • mis, mais ne surent si bien jouer leur rôle qu'en moins d'une heure il n'y eût brèche à la place, assez grande, mais malaisée, parce qu'il fallait monter. Or, en telle manière, il faut autre chose que souhaiter. Lors le bon Chevalier fit sonner l'assaut et vint aux lansquenets, les exhortant d'y aller. Leur truchement parla pour eux et dit que c'était leur ordonnance que, toutes les fois qu'il se donnait un assaut, ils devaient avoir double paye, et que, si on leur voulait promettre, ils iraient audit assaut, autrement non. Le bon Chevalier n'entendait point ces ordonnances; toutefois il leur fit réponse que sans nulle faute, s'ils prenaient la place, ils auraient ce qu'ils demandaient, et leur en répondait, parce qu'il ne voulait pas demeurer longuement là. Il eut beau promettre : mais au diable le lansquenet qui monta jamais à la brèche. Les aventuriers y allèrent gaillardement, mais ils furent lourdement repoussés par deux ou trois fois, et, de fait, ceux qui défendaient montraient bien qu'ils étaient gens de guerre.
Quand le bon Chevalier connut leur cœur, il pensa bien qu'il ne les aurait jamais de cette façon. Il flt
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sonner la retraite, laquelle faite, il fît tirer dix ou douze coups d'artillerie, faisant mine qu'il voulait agrandir la brèche; mais il avait autre chose en pensée; car, pendant qu'on tirait l'artillerie, il vint à un de ses hommes d'armes, fort gentil compagnon, qu'on nommait Petitjean de la Vergne, auquel il dit : « La Vergne, si vous voulez, vous ferez un bon service et qui vous sera rémunéré. Voyez-vous bien cette grosse tour qui est au coin de ce château? Quand vous verrez que je ferai recommencer l'assaut, prenez deux ou trois échelles, et avec trente ou quarante hommes essayez de monter en celte tour; car, sur ma vie, vous n'y trouverez personne pour la défendre; et si vous n'entrez en la place par là, dites mal de moi. » L'autre entendit très bien le commandement. Il ne tarda guère que l'assaut ne fût recommencé, plus âpre que devant, où tous ceux de la place vinrent pour défendre la brèche et rie regarJaient point ailleurs, car ils n'eussent jamais pensé qu'on fût entré par autre lieu, dont ils furent trompés; car La Vergne fit très bien sa charge, et sans être aperçu d'eux, dressa ses échelles par lesquelles il monta dans celle tour, et plus de cinquante compagnons avec lui, lesquels ne furent jamais vus des ennemis qu'ils ne fussent dans la place, où ils crièrent : « France! France! Navarre! Navarre! » et vinrent se ruer par derrière sur ceux qui étaient à défendre la brèche, qui, pour être surpris, furent étonnés à merveille. Toutefois ils se mirent en défense et firent devoir de bien combattre : mais leur prouesse ne leur servit de guère, car les assaillants entrèrent dedans, qui mirent tout en pièces, ou peu s'en fallut, et toute la place fut courue et pillée. Cela fait, le bon Chevalier y laissa un des gentilshommes du roi de Navarre, avec quelques compagnons, puis se mit au retour, droit au camp.