‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 315 sur 329 · SIÈGE INFRUCTUEUX DE PAMPELUNE · texte numérisé non relu

SIÈGE INFRUCTUEUX DE PAMPELUNE

Ainsi qu'il voulait partir, deux ou trois capitaines de ses lansquenets vinrent devers lui et par leur truchement lui firent dire qu'il leur tînt sa promesse de leur faire bailler double paye, et que la place avait été prise. De ce propos le bon Chevalier fut si fort fâché que merveille, et répondit tout courroucé au truchement : '< Dites à vos coquins de lansquenets que que je leur ferais plutôt bailler chacun un licol pour les pendre. Les méchants qu'ils sont n'ont jamais voulu aller à l'assaut, et ils demandent double paye! J'en parlerai à monseigneur de la Palisse et à monseigneur de Suffolk, leur capitaine général ; mais ce sera pour les faire casser. » Le truchement leur dit le propos, et incontinent ils commencèrent un bruit merveilleux; mais le Chevalier fit sonner à l'étendard et assembla ses gens d'armes et aventuriers, de façon que, s'ils eussent fait semblant de rien, il était résolu de les mettre en pièces. Ils s'apaisèrent petit à petit, et s'en vinrent au camp devant Parapelune, en troupe comme les autres.

Le lendemain de l'arrivée du bon Chevalier, l'artillerie commença à tirer contre la ville do Pampelune qui fut battue assez bien et on voulut y donner l'assaut qui fut essayé, mais, si bien se défendirent ceux de dedans, qu'on la laissa là et les Français y eurent grosse perte. Dedans était ce gentil chevalier espagnol que l'on nommait l'alcade de las Donzellas. Ce fut un voyage assez malheureux ; car les Français, à leur entrée en Navarre, gâtèrent et dissipèrent tous les biens, rompirent les moulins et firent beaucoup d'autres choses, dont ils eurent depuis grande indigence, car la famine y fut si grosse que plusieurs gens en moururent, et il n'y eut jamais en armée si grande nécessité de souliers, car une méchante paire pour un laquais coûtait un écu. Bref, tous les mal-

heurs assemblés, et aussi que le duc de Najera était arrivé au Pont-la-Reine, auprès de Pampelune, avec un secours de huit ou dix mille hommes, lé roi de Navarre fut conseillé par le seigneur de la Palisse et tous les capitaines de se retirer jusqu'à une autre saison. Ainsi fut levé le siège, en plein jour, de devant Pampelune et l'artillerie mise en chemin, mais peu de journées fut conduite; car les montagnes par où elle devait passer étaient trop étranges. Les Français furent contraints, après qu'à force de gens et d'argent ils l'eurent menée trois journées, de la laisser au pied d'une montagne où ils la brisèrent, au moios la mirent en sorte que leurs ennemis ne s'en fussent su aider.

11 faut entendre que, au repasser des montagnes Pyrénées, il y eut de grandes misères par le défaut dé vivres, et il n'y avait heure au jour qu'il n'y eût alarme chaude et âpre. Le duc de Suffolk, dit la Blanche Rose *, capitaine général des lansquenets, y était, qui avait grande et parfaite amitié avec le bon Chevalier. Un bon jour qu'il avait tant travaillé que plus n'en pouvait, car toute cette journée il n'avait bu ni mangé, comme on se voulait retirer d'une escarmouche, sur le soir bien tard, il vint trouver le bon Chevalier auquel il dit : « Capitaine Bayard, mon ami, je meurs de faim ; je vous prie, donnez-moi aujourd'hui à souper; car mes gens m'ont dit qu*il n'y a rien à mon logis ». Le bon Chevalier, qui ne s'étonna jamais de rien, répondit : « Oui, vraiment, monseigneur, et vous serez bien traité ». Puis devant

\. C'était un seigneur d'Angleterre qui, dans la grande guerre civile dite des Deux Roses, avait suivi le parti de la maison d'York, c'est-à-dire de la Rose Blanche. De là, le surnom qui lui avait été donné.

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