MORT DE JULES
lui il appela son maître d'hôtel auquel il dit : « Monseigneur de Mylieu, allez devant faire hâter le souper, et que nous soyons aises comme dans Paris ». De laquelle parole le duc de Suffolk rit un quart d'heure; car il y avait déjà deux jours qu'ils ne mangeaient que du pain de millet.
Bien vous assuré-je que, sans perdre gent que de famine, les Français firent une aussi belle retraite que gens de guerre firent jamais; et sur tous y acquit un merveilleux honneur le Chevalier, qui toujours demeura sur la queue, tant que le danger fCit passé; car volontiers lui a-t-on toujours fait cet honneur aux affaires qu'en allant il a toujours été mis des premiers, et aux retraites, des derniers. Bien joyeux furent les Français quand, par leurs journées, ils eurent gagné Bayonne ; car ils mangèrent à leur aise; mais plusieurs gens de pied, qui étaient affamés, mangèrent tant qu'il en mourut tout plein. Ce fut un assez fâcheux voyage.
§ 4. — MORT DE JULES H (20 février 1513).
En cette année 1513, mourut le pape Jules, ce bon Français, et fut en son lieu élu le cardinal de Médicis, pape Léon nommé. 11 vint aussi en la côte de Bretagne quelque armée des Anglais qui ne firent pas grand'chose. Un jour entre les autres, un gros navire d'Angleterre, appelé la RégentSy et une nef de la reine de France, duchesse de Bretagne, nommée la Cordelièrey se trouvèrent et s'accrochèrent pour combattre. Durant le combat, quelqu'un jeta du feu dedans l'une des nefs; finalement toutes deux furent brûlées. Les Anglais y firent grosse et lourde perte; car sur la Régente il y avait gros nombre de gentilshommes
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qui moururent, sans leur être possiWe de trouver le moyen d'échapper.
g 5, — RENOUVELLEMENT DE L*ALLL\NCE VÉNITIENNE. RETOUR OFFENSIF DU ROI DE FRANCE EN ITALIE.
En Tan 1513, vers le commencement, le roi de France renvoya une armée en Italie, sous la charge de La Trémouille. Déjà avait été fait Tappointement entre le roi de France et les Vénitiens qui y portaient faveur ^ ; toutefois le cas alla assez mal pour les
4. Louis XII avait compris la faute quMl avait commise en entrant en guerre contre les Suisses et les Vénitiens, qui formaient les deux bases de la domination française en Italie. Il ne regagna pas l'alliance helvétique. Les cantons étaient à la dévotion de Maximilien Sforza, qui s'engagea à leur payer 200 000 ducats pour la remise du duché, à leur faire une pension annuelle de 40 000 ducats et qui leur céda les vallées de Domodossola, de Lugano et de Locarno. Louis XII fut plus heureux du côté des Vénitiens. Il fait avec Ferdinand le Catholique une trôve partielle et négocie un accommodement avec Venise par l'intermédiaire de Barthélémy d'Alviano, son prisonnier depuis la bataille d'AgnadcI. Un traité qui mettait fin à la Ligue de Cambrai, du moins en ce qui touchait la France, fut signé à Blois le 28 mars 1513 et ratifié solennellement à Venise, le 11 avril, jour anniversaire de la bataille de Ravenne. Par ce traité, les Vénitiens, que Louis XÏI devait aider à reprendre Vérone, Brescia et tout ce que l'empereur tenait encore de leurs États, s'engageaient de leur côté à fournir à Louis XII 800 lances, 1500 chevaliers et 10 000 hommes de pied, pour seconder le recouvrement du Milanais. Revenant pour ainsi dire au début de son règne, et rentrant dans l'alliance qu'il avait si utilement conclue treize années auparavant, Louis XII condamnait en quelque sorte ce qu'il avait fait depuis
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Français; car ils perdirent une journée contre les Suisses; et les enfants de me&sire Robert de la Marck,
Jules II, d'après le portrait de Raphaël.
avec une ambition si inhabile. C'est dans ces conditions qu'au moment de l'élection du pape Léon X, au printemps de 1513, Louis XII sembla sur le point de redevenir le maître du Milanais.
qui avaient charge de lansquenets, y furent laissés quasi pour morts, et leur père les alla quérir dedans un fossé. Il fallut encore que les Français abandonnassent la Lombardie pour cette année.
§ 6. — BATAILLE DE NOVARE (6 juîn 1513).
(Jean Bouchet, Panégyrique du Chevalier sans reproche.)
Le roi, qui se sentait fort injurié des lâchetés de ses confédérés par ledit traité de Cambrai, ne put être détourné qu*il n'envoyât une armée à Milan, de laquelle il fit chef ledit seigneur de la Trémouille, qui n'osa le refuser, combien qu'il connût la charge être dangereuse pour des causes susdites. El fut son armée de cinq cents hommes d'armes et six mille hommes de pied prêts à marcher, après lesquels le roi promit envoyer autres cinq cents hommes d'armes, quatre mille lansquenets et autres gens de pied de France ; sous laquelle confiance ledit seigneur de la Trémouille, lieutenant général du roi, accompagné du duc d'Albanie, du seigneur Jean-Jacques, Italien, du seigneur de Bucé, du marquis de Saluées, monsieur René d'Anjou, seigneur de Mézières, son neveu, et autres gros personnages, passèrent les monts, prirent Alexandrie et Pavie, et commençait Milan à parlementer pour se rendre.
Ledit seigneur de la Trémouille fut averti du grand nombre des Suisses et autres gens qui étaient venus au secours dudit Maximilien, lequel était dedans Novare; au moyen de quoi récrivit au roi qu'il envoyât le nonibre des gens de cheval et de pied qu'il avait promis; ce que le roi ne put faire, à la raison do ce que son royaume était assailli en la
l'armée FHANÇAISÈ MARCtlE VERS NOVARE 125
Picardie par les Anglais, Hennuyers et Flamands, et en Aquitaine par les Hispaniens qui avaient jà pris Pampelune, principale ville du royaume de Navarre; et manda audit seigneur de la Trémouille qu'avec le petit nombre de gens qu'il avait, aventurât et mît en hasard son entreprise, ce qu'il différa faire par le conseil de ceux qui avec lui étaient, jusqu'à triple commandement et injonction par lettres du roi écrites de sa main, dont furent fort troublés.
Finalement, pour obéir au commandement du roi, ledit seigneur de la Trémouille et autres capitaines, étant avec lui, firent marcher l'armée vers Novare, prirent le boulevard et furent prêts à donner l'assaut; mais avertis^ que ledit Maximilien, fils de Ludovic Sforce, était au château de Novare, accompagné de dix mille Suisses étant dedans la ville, et qu'autres dix mille Suisses venaient à leur secours, délibérés passer par le chemin de Tracas, tinrent tous ensemble conseil vers le soir, et avisèrent que le mieux serait aller au-devant des dix mille Suisses qu'on attendait, et camper audit lieu de Tracas por'*' ^^^^ combattre, parce que c'était une plaine propice les Français, dont la plupart étaient gens de ci et fort aisée pour le combat à cheval. En ensi cette opinion, le maréchal des logis du cani] devant pour marquer les logis; mais, à l'appé . seigneur Jean-Jacques, marquis de Vigent, q près dudil lieu de Tracas, lequel voulut épargn hommes et sujets, le maréchal logea l'arm dressa le camp à moitié chemin, en un lieu fort et mal aisé pour gens de cheval, et très avant pour les Suisses qui étaient à pied, au desçu seigneur de la Trémouille, qui était crime capi discipline militaire eût été bien gardée.
Ledit seigneur de la Trémouiile demeura devant Novare toute la nuit, avec trois cents hommes d'armes, trois mille hommes de pied et six pièces d'artillerie, pour repousser les dix mille Suisses qui étaient dedans la ville, s'ils sortaient. Le lendemain, prit son chemin, avec ses gens et artillerie, pour aller à Tracas : mais à moitié chemin, qui était de deux lieues ou environ, trouva son camp dressé, dont il fut fort ébahi et très mal content, parce que le lieu était étroit et propre pour les Suisses étant à pied, et contraire à gens de cheval, qui veulent le large; et, pour déloger et s'en aller à Tracas, assembla les capitaines et leur dit ce :
« La conclusion du conseil hier par nous tenu, messieurs, devant Novare, fut que, pour rencontrer les dix mille Suisses venant au secours de ceux de Novare, et les empêcher de se joindre avec eux, irions loger à Tracas; et néanmoins le maréchal des logis, de son autorité sans mon congé, a logé le camp à son plaisir, à notre grand désavantage, et au désir de nos adversaires, si veulent venir sur nous, ou pour passer sans être par nous vus, et se rendre à Novare avec leurs compagnons, puis tous ensemble venir donner sur nous et notre petite compagnie; parquoi, me semble, sauf votre meilleur avis, que devons marcher jusqu'à Tracas, et déloger de ce lieu contraire à notre vertu, et que celui qui a fait le logis soit puni comme transgresseur de l'édit du chef de l'armée, et violateur de la loi mihtaire; car autrement le faire serait donner permission à chacun de faire à son plaisir et appétit, par le moyen de quoi tomberions subit en désarroi et désordre, à notre déshonneur.
« Vous entendez très bien, messieurs, qu'il y a des heures que le meilleur est de. reculer le combattre,