DESCENTE DE HENRI VIII EN FRANCE. SIÈGE DE THÉROUANNE
A leur retour, le roi de France fut averti comment Henri huitième, roi d'Angleterre, allié de l'empereur Maximilien, était descendu à Calais * avec
1. Le le juillet 1513. Rien n'est plus bizarre que la conduite tenue par Maximilien au moment de cette invasion du roi d'Angleterre. Le 29 avril 1513, il mande à sa fille de fournir à Henri VIII des troupes et des bateaux pour faciliter son entrée en Artois et en Picardie; mais il ajoute qu'il faut éviter de faire tort à son très amé frère le roi de France. Le 17 mai, il reconnaît qu'il est difficile de concilier le traité ofl'ensif qui vient d'être conclu, avec les trêves qui le lient à Louis XII. Pour mettre sa conscience en repos, il s'alliera comme empereur avec le roi d'Angleterre; mais, comme tuteur de Charles d'Autriche, il restera uni avec le roi de France. Louis XII, informé de ces manœuvres, adressa à Marguerite d'Autriche une lettre pour la prier de déclarer si eUe voulait ou non prêter secours aux Anglais, anciens ennemis de la couronne de France. « Si mon cousin le prince de Castille, votre neveu, dit-il, était en âge, je le sommerais à me venir servir contre lesdits Anglais, tant pour ce qu'il est issu de ladite couronne que pour ce
grosse puissance, pour entrer en son pays de Picardie, dans lequel, pour résister, il envoya incontinent grosse puissance, et fit son lieutenant général le seigneur de Piennes, gouverneur du dit pays. A peine les Anglais furent-ils entrés en campagne qu'ils allèrent, de pleine arrivée, planter le siège devant la ville de Thérouanne qui était bonne et forte, et où, pour la garder, étaient commis deux très hardis et gaillards gentilshommes, Tun, le seigneur de Téligny, sénéchal de Rouergue, capitaine sage et assuré, et un autre du pays même, appelé le seigneur de Pontdormi, avec leurs compagnies, quelques aventuriers français, et aucuns lansquenets sous la charge d'un capitaine Brandeck. Ils étaient tous gens de guerre et capables de bien garder la ville longuement, s'ils eussent eu des vivres, mais ordinairement en France ne se font pas volontiers les provisions de saison ni de raison. Le siège assis par les Anglais devant ladite ville de Thérouanne, ils commencèrent à la canonner. La personne du roi d'Angleterre n'y était pas encore, mai» pour ses lieutenants y éUient le duc de Suffolk, messire Charles Brandon et le capitaine Talbot; toutefois, peu de jours ^près, il y arriva, ce qui ne fut pas sans avoir une grosse frayeur entre Calais et son siège de Thérouanne, auprès d'un village nommé Tournehem; car il faillit bien là être combattu par les Français qui étaient en nombre de douze cents hommes d'armes, tous bien délibérés; mais ils n'avaient pour l'heure avec eux nuls de leurs gens de pied, qui fut leur gros malheur; et
qu'il est pair de France et mon vassal, comme vous savez) mais, à cause de son jeune âge, je ne l'ai voulu, ni ne veux faire. » '
LE SElGNEt'R DE PIENNBS S'EN TIENT A LA DÉFENSIVE 13i
lui^ au contraire, n'avait nuls gens de cheval, mais environ douze mille hommes de pied, duquel nombre étaient quatre mille lansquenets. Les deux armées s'approchèrent à une portée de canon l'une dd l'autre ; ce que voyant le roi d'Angleterre, il eut pebr d'être trahi, descendit à pied et se mit au milied des lansquenets. Les Français voulaient donnei* dedans, et surtout le bon Chevalier, qui dit au seigneur de Piennes plusieurs fois : ^'t Monseigneur, chargeons-les; il ne nous en peut advenir dommage, sinon bien peu; car, si, à la première charge, nous les ouvrons, ils sont rompus; s'ils nous repoussent, nous nous retirerons toujours; ils sont à pied, et nous à cheval ». Quasi tous les Français furent de celte opinion; mais le seigneur de Piennes disait : « Messeigneurs, j'ai charge, sur ma vie, du roi notre maître, de ne rien hasarder, mais seulement de garder son pays. Faites ce qu'il vous plaira; mais, pour ma part, je n'y consentirai point. » Ainsi denieura cette chose, et le roi d'Angleterre et sa bande passèrent au nez des Français. Le bon Chevalier, qui, bien malgré lui, avait laissé couler la chose en cette sorte, alla donner sur la queue avec sa compagnie, et les fit serrer si bien qu'il leur fallut abandonner une pièce d'artillerie dite Saint-Jean; et le roi d'Angleterre en avait encore onze autres de cette façon, et il les appelait ses douze Apôtres. Cette pièce fut gagnée et amenée au camp des Français.
§ 8. — ARRIVÉE DE l'EMPERBUR MAXIMIUEN AU CAMP DU ROI D*AîiOLETERRl.
Quand le roi d'Angleterre fut arrivé au siège de Thérouanne avec ses gens, il ne faut pas demander sïl y eut joie démenée, car il était gaillard prince et assez libéral. Trois ou quatre jours après, arriva l'empereur Maximilien S avec quelque nombre de Hennuyers et Bourguignons. Les princes se firent grand accueil l'un à l'autre. Après ce, furent faites les approches devant la ville qui fut canonnée furieusement. Ceux de dedans répondaient de même, et faisaient leurs remparts au mieux qu'ils pouvaient; mais sans doute ils avaient nécessité de vivres.
§ 9. BATAILLE DE OUINBGATE.
Le roi de France était marché jusques à Amiens, lequel mandait tous les jours à son lieutenant général, le seigneur de Tiennes, que, à quelque péril que ce fût, on ravitaillât Thérouanne. Cela ne se pouvait faire sans grand hasard, car elle était tout enclose d'ennemis. Toutefois, pour complaire au maître, il fut conclu qu'on irait avec toute la gendarmerie dresser une alarme au camp, et cependant que quelques-uns, ordonnés à porter des lards pour mettre dedans la ville, les iraient jeter dans les fossés, et que, après, ceux de la garnison les retireraient assez. Le jour fut pris d'exécuter cette entreprise dont le roi d'Angleterre et l'Empereur furent
1. L'Empereur vint d'Allemagne pour prendre part à l'expédition, non comme chef : sa conscience le lui défendait, mais comme volontaire.
i34 U TRÈS 8AINTE I^IGUE
avertis, comme vous pouvez entendre, par quelques espions dont il s*cn trouve assez parmi les armées; et il y en avait alors de doubles, qui feignaient être bons Français, et ils étaient du parti contraire.
Le jour ainsi ordonné d'aller ravitailler la ville de Tliérouanne, les capitaines du roi de France montèrent à cheval avec leurs gens d'armes. Dès le point du jour, le roi d'Angleterre, qui savait cette entreprise, avait fait mettre au haut d*un tertre dix ou douze mille archers anglais, et quatre ou cinq mille lansquenets, avec huit ou dix pièces d'artillerie, afin que, quand les Français seraient passés outre, ils descendissent et leur coupassent le chemin ; et par le devant il avait ordonné tous les gens de cheval, tant Anglais que Bourguignons et Hennuyers, pour les assaillir. Il faut entendre une chose, que peu de gens ont sue, et qui ont donné blâme de cette journée aux gentilshommes de France, à grand tort : c'est que tous les capitaines français déclarèrent à leurs gens d'armes que cette course qu'ils faisaient était seulement pour rafraîchir ceux de Thérouanne, et qu'ils ne voulaient aucunement combattre, de sorte que, s'ils rencontraient les ennemis en grosse troupe, ils voulaient qu'ils retournassent au pas, et s'ils étaient pressés, du pas au trot, et du trot au galop ; car ils ne voulaient rien hasarder. •
Or commencèrent à marcher les Français et approchèrent de la ville de Thérouanne, d'une lieue près et plus, où commença l'escarmouche forte et rude, et très bien fit son devoir la gendarmerie française jusques à ce qu'ils virent sur le coteau celte grosse troupe de gens de pied en deux bandes, qui avaient marché plus avant qu'ils n'étaient, et voulaient descendre pour les enclore; quoi voyant, fut la retraite sonnée par les trompettes des Français.