‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 320 sur 329 · BAVARD ET L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

BAVARD ET L'EMPEREUR

après que j'aurai le combat avec vous. » Ce gentilhomme ne savait que répondre; car il avait assez ouï parler du capitaine Bayard, et de combat n*en voulait point. Toutefois il était assez courtois chevalier et enfln dit : « Monseigneur de Bayard, je ne vous veux faire que la raison; j*en croirai les capitaines )).

Il faut entendre qu'on ne sut si bien celer le bon Chevalier qu'il ne fût su parmi le camp, et semblait avis, à ouïr parler les ennemis, qu'ils eussent gagné une bataille. L'Empereur l'envoya quérir et il fut mené à son logis, qui lui fit un grand et merveilleux accueil, en lui disant : « Capitaine Bayard mon ami, j'ai très grande joie de vous voir. Que plût à Dieu que j'eusse beaucoup de tels hommes que vous I Je crois que, avant qu'il fût guère de temps, je me saurais bien venger des bons tours que le roi votre maître et les Français m'ont faits par le passé. » Encore lui dit-il en riant : « Il me semble, monseigneur de Bayard, qu'autrefois nous avons été à la guerre ensemble, et m'est avis qu'on disait dans ce temps-là que Bayard ne fuyait jamais. » A quoi le bon Chevalier répondit : « Sire, si j'eusse fui, je ne fusse pas ici ». En ces entrefaites arriva le roi d'Angleterre, à qui TEmpereur fit connaître le bon Chevalier. Il lui fit fort bon accueil, et le bon Chevalier lui fit la révérence, comme à tel prince il appartenait. Lors ils commencèrent à parler de cette retraite, et le roi d'Angleterre disait que jamais il n'avait vu gens si bien fuir et en si gros nombre que les Français qui n'étaient chassés que de quatre à cinq cents chevaux, et en parlaient en assez pauvre façon l'Empereur et lui. « Sur mon âme, dit le bon Chevalier, la gendarmerie de France n'en doit être aucunement blâmée; car ils avaient

exprès commandement de leurs capitaines de ne combattre point, parce qu*on se doutait bien que, si vous veniez au combat, vous amèneriez toute votre puissance, comme avez fait, et nous n'avions ni gens de pied, ni artillerie, et vous savez bien, hauts et puissants seigneurs, que la noblesse de France est renommée par tout le monde. Je ne dis pas que je doive être du nombre. — Vraiment, dit le roi d'Angleterre, monseigneur de Bayard, si tous étaient vos semblables, le siège que j'ai mis devant cette ville me serait bientôt levé. Mais, quoi que ce soit, vous êtes prisonnier. — Sire, dit le bon Chevalier, je ne le confesse pas, et j'en voudrais bien croire l'Empereur et vous. » Là présent était le gentilhomme qui l'avait amené, et à qui il s'était rendu, depuis qu'il avait eu sa foi. Il conta tout le fait, ainsi que ci-dessus il est récité ; à quoi le gentilhomme ne contredit en rien, mais dit : « Il est vrai ainsi que le seigneur de Bayard le conte ». L'Empereur et le roi d'Angleterre se regardèrent l'un l'autre ; puis l'Empereur commença à parler et dit que, à son opinion, le capitaine Bayard n'était point prisonnier, mais que plutôt le gentilhomme le serait de lui; toutefois, pour la courtoisie qu'il lui avait faite, ils demeureraient quittes, l'un envers l'autre, de leur foi, et le bon Chevalier s'en pourrait aller, quand bon semblerait au roi d'Angleterre ; lequel dit qu'il était bien de son opinion, et que, s'il voulait demeurer six semaines sur sa foi, sans porter les armes, que après il lui donnait congé de s'en retourner, et que, cependant, il allât voir les villes de Flandre. De cette gracieuseté le bon Chevalier remercia très humblement l'Empereur et le roi d'Angleterre, et puis s'en alla ébattre par le pays, jusques au jour qu'il avait promis. Le roi d'Angle-

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