‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 328 sur 329 · PROSPÉRITÉ DU ROYAUME · texte numérisé non relu

PROSPÉRITÉ DU ROYAUME

telles choses, être pauvre d'argent, et qu'il n'en y ait grande abondance? Certainement jamais homme ne vit tels ouvrages faire en pays indigent.

Parquoi ne me puis assez émerveiller d'un tas de gens ingrats et méconnaissants du bien qu'ils ont, qui blâment notre roi Louis d'avoir fait la guerre en Italie. Disant qu'il devait, ainsi que fit ledit roi Louis onzième, borner son royaume et non point sortir dehors. Comme s'il eût fait une grande faute d'acquérir le duché de Milan, qui lui appartenait à juste titre, par succession paternelle. Et pareillement d'avoir accepté la cité et seigneurie de Gènes, qui est en partie la sûreté dudit duché. Et par ce moyen d'avoir rendu toute l'Italie à lui obséquente et astreinte. Et qui plus est d'avoir rejeté la guerre hors du royaume, et amusé ses ennemis de par delà (ainsi que les Romains et tous ceux qui se sont gouvernés par raison, par police, et par bon conseil, ont toujours tâché de faire). Et aussi ôté la foule des gens d'armes d'icelui royaume. Certes, ces gens si curieux et si mal entendant le bien qu'ils ont, devraient beaucoup plus blâmer et reprendre le roi Charles le GrUnd, qui tant est loué et renommé par tout le monde, lequel par si longtemps mena la guerre continuelle en Italie, en Allemagne, en Espagne, et en autres nations, étranges, ainsi qu'avons dit dessus. Et haut louer celui-ci (si comme sont toutes autres nations), lequel n'a jamais mené la guerre plus longuement que de trois mois, et le plus souvent a eu victoire en beaucoup moins de temps, et si n'a fait passer en Italie armée, que quatre fois en tout. Et pour parler à la vérité, on le devrait bien blâmer et réputer pauvre de cœur et de conduite, si pour crainte de telle dépense (qu'il a toutefois faite, sans surcharger son peuple, mais

toujours en le déchargeant) il avait œfusé d'acquérir un si beau, si grand, si riche, et si opulent pays, qui lui appartenait par droiture. Par la force duquel, sans aide d'ailleurs, ses prédécesseurs ducs de Milan ont fait de si grandes choses, qui devaient bien suffire à puissants rois. Et même ment ayant été outragé et provoqué par celui qui occupait ledit pays, avant qu'il fût roi et après. Et si tels duchés et seigneuries se pouvaient acquérir par achat, il serait Jjien mauvais marchand, qui refuserait d'en acheter, au prix que la conquête en a coûté. Ne fit jamais icelui roi chose qui lui revienne à si grande gloire, ni à si grand honneur et profit au royaume, dont on s'apercevra mieux journellement. Si voudrais bien, sans faire tort à personne, à la louange de Dieu, et à l'augmentation de la religion chrétienne, il en pût acquérir d'autres à si bon marché. Et quoi qu'on dise du roi Louis onzième, s'il eût eu telle occasion d'acquérir si grande chose en Italie si aisément, et qu'il n'eût été empêché en France, en crainte de ses voisins et de ses sujets, il n'eût pas refusé un tel parti, ni plaint la dépense, et si ne se fût par aventure pas arrêté à ce que par droit lui eût pu appartenir, s'il eût eu le moyen de passer plus outre, comme a eu celui-ci. Mais étant en si grande crainte et soupçon de ses sujets, et non voyant le moyen pour parvenir si promptement à si grande chose, n'est pas à émerveiller, s'il n'y voulût entendre. Car c'eût été grande folie, et mêmement de recevoir la seigneurie de Gênes, qu'on lui présenta, non ayant autre terre en Italie. Car ce ne lui eût été que dépense. Et si le roi qui est à présent n'eût eu ni espéré d'avoir autre chose en Italie, autant en eût-il fait.

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