DE LA BATAILLE
(Jean d'Auton.)
Pour plus souvent avoir nouvelles de l'affaire du uché de Milan, et au besoin d'icelle prestement subenir, le dix-huitième jour de février, partit le roi de la ville de Blois et prit le chemin de Lyon sur le Rhône ; et là fut le dix-neuvième jour de mars. La reine, qui à saint Claude devait un voyage, sachant jou'à passer par Lyon n'avait grand éloing de son droit chemin, tira celle part. Le roi, étant à Lyon, d'heure en autre envoyait chevaucheurs et postes ; et sitôt que chose de nouveau lui survenait de quelque affaire que ce fût, tout en l'heure, ainsi que possible lui était, voulait à tout mettre provision ; le travers f du Dauphiné et la côte des montagnes de Savoie souvent chevauchait, prêt à aller outre si besoin en était. Son affaire, par défaut d'argent ni tardive diligence, n'était en arrêt ; car à toute heure étaient tré- I soriers en voie, et postes à la course.
Sachant le roi que l'armée que le sire de la Trémouille conduisait, approchait la Lombardie, et la venue des Suisses que le bailli de Dijon amenait des Ligues, pensant qu'eux assemblés avec les Français qui étaient en la duché de Milan, auraient tôt fait ou failli; afin qu'entre ses lieutenants et chefs de son armée, pour le gouvernement d'icelle avoir, controversité envieuse ne se conçût; pour obvier à ce, et moyenner entre paix heureuse et ruineuse discorde, et aussi pour traiter dûment la réconciliation des villes rebelles de Lombardie, de là les monts transmit le cardinal d'Amboise, lequel autorisa le pouvoir royal, sur ce et toutes ses autres affaires, pour
encommencer, moyenner et définir, comme lui-même en propre. Avec ledit cardinal furent le seigneur de Grammont, le seigneur de Neufchàtel, maître Jacques Hurault, trésorier, et plusieurs autres.
Plusieurs jeunes gentilshommes et autres de la maison du roi, ayant nouvelles de la bataille, et sachant qu'à- plus honorable aflFaire ne pourraient mettre leur valeur en vue, ni leur force employer, pour avoir part à l'honneur du triomphe ou à la perte de la défortune , eurent délibération d'eux trouver à cette besogne. Et furent de ceux : le marquis de Bade, le comte de Roussillon; Jacques, monseigneur de Rohan ; Louis de Bourbon, bâtard de Liège ; le bâtard de Vendôme, Jacques de Chabannes, seigneur de la Palice, Jean de Chabannes, seigneur de Vandenesse ; Germain de Bonne val, gouverneur de Limousin ; Louis des Barres , panetier du roi ; le seigneur de Beaudiner, le seigneur d'Arpajon, le baron de Béarn, le seigneur de Listenay, le seigneur de Fromentes, et le fils du bâtard de Cardonne, lesquels partirent de Lyon en poste, le pénultième jour de mars, et tant avancèrent qu'en trois jours et demi passèrent tous les monts de Savoie et les terres de Piémont, qui près de cent lieues de pays contiennent, et à chef de temps arrivèrent à Mortara en Lombardie, et là trouvèrent le comte de Ligny, le sire de la Trémouille, le seigneur Jean-Jacques, le bailli de Dijon et toute l'armée de France en branle de marcher en avant et prendre les champs. Trois gentilshommes, pensionnaires du roi, dessus nommés, qui avec le duc de Valentinois étaient allés à l'an jubilé, oyant à Rome paroles de la bataille, pour ne faillir à telle affaire, se voulurent mettre au retour, et, pour avancer leur voyage, s'embarquèrent à Ostie, un port de mer près de Rome. Mais, pour
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l'ennai de la tourmente, ne purent à la voile donner ▼ent h, gré, dont prirent terre, et de là coururent ritalie jusqu'à Gênes, et tant hâtèrent leur cours ^ que de Rome en quatre jours furent à Mortara, en Lombardie, assemblés avec l'armée de France.
§ 20. — JOURNÉES DE NOVARE (5-10 avril 1500).
Un dimanche, cinquième avril, en l'an mil cinq cent, les Français, tous en armes, saillirent de Mortara, avec tous leurs Suisses en point et apprêtés pour le combat. Le sire de la Trémouille, avec cinq cents hommes d'armes, faisait Tavant-garde, lequel était monté sur un coursier moult avantageux, prompt à l'éperon et léger à la main, et armé de toutes pièces, chevauchait de rang à rang, pour aviser à la manière et police de ses gens d'armes^ lesquels conduisait si adroit, que nul ne démarchait de son ordre.
Le comte de Ligny avait la bataille, où y avait quatorze mille Suisses et toute l'artillerie. Et pour mieux ses gens acheminer, avec eux se mit à pied, la hallebarde au poing, vêtu d'un pourpoint de drap d'or, mi-partie de damas blanc, bandé au travers de violet, le halecret dessus, un chapeau jaune sur sa tête, garni de plumes blanches.
La plupart des gentilshommes de la maison du roi, qui là étaient allés en poste, et plusieurs autres lui firent là compagnie, lesquels mit avec lui au front de la bataille : entre deux Suisses, un Français, tous vêtus de sa livrée, et armés à la mode d'Allemagne.
Le seigneur Jean - Jacques , atout cinq cents hommes d'armes, conduisait l'arrière- garde, lequel se tenait bien de désordre.
Ainsi commença Tarmée de France à marcher et prendre l'adresse vers la ville de Novare, devant laquelle était le seigneur Ludovic avec ses soudards, dont il avait plus de trente mille.
De toutes parts avaient les lieutenants du roi mis sur les champs guets et coureurs, pour découvrir le pays, afin qu'au dépourvu ne fût surprise l'armée, et avaient envoyé espions pour savoir la manière des ennemis, qui jà tenaient les champs, lesquels on attendait de moment en autre avoir en barbe, dont <îhacun se tenait sur garde. Les hommes d'armes avaient leurs armets en tête et la lance sur la cuisse, et archers et arbalétriers, les arcs tendus ; les Suisses, piques, hallebardes et haquebutes prêtes à mettre en œuvre, et les canonniers toute leur artillerie chargée et atétrée; et tout était si à point dressé selon l'ordre de la guerre, qu'il n'y avait que redire. Chose bien merveilleuse à imaginer, et plus épouvantable à regarder, était la rencontre de main armée tant furieuse, où force tant immodérée semblait avoir, qu'au pouvoir de toutes les Itales n'était de la savoir dompter. Ce jour, sur l'heure de vêpres, fut l'armée devant une petite ville nommée Vessepola, à trois milles près de Mortara, à côté de Novare, et là pour passer la nuit, firent les gens d'armes leur logis.
Le lendemain, sixième jour d'avril, au plus matin se mit l'armée aux champs, tout le pas marchant le droit chemin de Novare, et pour découvrir le pays, avec les coureurs furent envoyés le seigneur de Beaumont et le seigneur de Sandricourt. Le comte de Ligny marchait pied à pied avec les Suisses, lesquels tenaient ordre que l'un ne passât l'autre.
Le sire de la Trémouille, qui la nuit devant avait eu nouvelles du roi, pour avancer l'œuvre, ne regar-