‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 36 sur 329 · JOURNÉES DE NOVARE · texte numérisé non relu

JOURNÉES DE NOVARE

dait qui le suivait; mais comme celui qui, sans différer, à l'exécution de la guerre entendait, hâtait son train et moult lui ennuyait que jà aux ennemis n'avait mêlée. Tant marcha ce jour l'armée de France, que, sur le point du midi, à un mille près de Novare prit logis. De tous côtés fut mis le guet aux champs; et pour icelui de plus fortifier et supporter l'armée, le seigneur de Sandricourt, qui ce jour n'était de guet, avec partie de ses gens d'armes fut à cheval. A la venue des Français, les gens du seigneur Ludovic par compagnies furent à l'estrade, et les Français d'autre part ; et là se commencèrent les uns les autres mettre à l'essai, tant que des deux partis, plusieurs fois, y eut ce jour rencontre, jusqu'à la mort de maints soudards. Les eslradiots du seigneur Ludovic n'étaient par les Français mis à l'épargne ; aussi n'étaient les Français par les Moriens laissés à repos. Là fut tué un jeune gendarme gascon, de la compagnie du seigneur de Ghàtillon, nommé François de Odaulx, lequel ce jour fit assez pour y avoir ici une assiette de mention éternelle ; car à tous heurts avait su par expérience comment les premiers coups s'étaient donnés, et à la retraite des derniers soutint la mêlée; tant que, pour montrer de quoi, la mortelle enseigne en apporta. Jusqu'au soir dura l'escarmouche, et sitôt que lumière fit place aux ténèbres, chacun se retira à son quartier. Le lendemain, un mardi, septième jour d'avril, Bourguignons et Albanais, et autres soudards du seigneur Ludovic, au plus matin furent à grosses bandes à la course, lesquels ne séjournèrent guère sur le champ sans avoir les Français aux coups départir, qui de leurs compagnies étaient sortis six à six, dix à dix, pour eux essayer et mettre leurs chevaux à l'épreuve. Tant approchèrent qu'entre eux

commença chaude mêlée. Un homme d'armes, de ceux du seigneur de Langue, nommé Bernard de Scénon, voyant les escarmoucheurs français par les Bourguignons et estradiots outrés, à force de cheval et pointe de lance, pour supporter les foulés, se mit au travers des ennemis, tant que souvent rompit la presse, et longtemps soutint le faix. Mais à la parfin tant se trouva pressé, qu'entre les jambes lui fut tué son cheval ; et lui, avec l'aide qu'il se fit, et le secours de ses compagnons, se remit sus. Un autre Français, nommé Yve de Malherbe, capitaine d'aventuriers, se trouva à cette affaire, lequel eut avec les estradiots telle mêlée, que deux de leurs chevaux en emmena. A tous efforts venaient soudards moriens à l'escarmouche; et voyant les Français que là trouver se fallait, trente hommes de renfort mirent en avant, et un des premiers fut un nommé Imbercourt, des pensionnaires du roi, lequel, sans aviser qui le suivait, donna des éperons, et tout seul avec trois cents Allemands se vint mêler tant rudement qu'il perça la presse ; et tant hardiment le fit, que ce fut par trop; car à grands coups de piques et hallebardes fut son cheval tué, et lui blessé et mis par terre; et si de ses compagnons n'eût eu bref secours, illec eût été assommé et occis. Durant ladite escarmouche la nuit survint, et chacun se retira.

Durant ce temps, les seigneurs et gouverneurs des Ligues, comme ceux qui pour vouloir avoir part à la prise, en eau trouble jettent leurs rets, pensant que, au moyen de cette division, sur le duché de Milan quelques pays ou places pourraient conquêter, voulurent empêcher la bataille et la guerre prolonger et, pour ce, transmirent leurs postes devers les Suisses soudoyers du roi , leur mandant expressément qu'à combattre n'eussent, jusqu'à ce que par autres

W LOUIS Xll — ANNE DE BRETAGNE

ambassadeurs eussent d'eux plus amples nouvelles. Les Français, qui, de toutes parts, avaient guets et espies, surent la chose, de laquelle fut premier averti le cardinal d'Amboise, par un nommé François Doulcet, lequel, après avoir su le cas, partit d'une ville nommée Ivrée, et de là fut en poste jusqu'à Verceil, où était ledit cardinal , pour l'avertir du fait ; et tout en l'heure qu'il eut fait son rapport, ledit cardinal le renvoya en l'ost pour assavanter les lieutenants du roi et le bailli de Dijon, capitaine des Suisses, de Tintention d'iceux; pour obvier à ce détour, et sur ce, trouver moyen de remède, et que le vouloir du roi était que, le plus tôt que possible serait, on les mît en besogne ; et tout ce mis en avis, fut ordonné par les lieutenants du roi et les capitaines de l'armée, que le jour ensuivant serait donnée la bataille aux ennemis.

Le jour d'après, qui fut un mercredi, huitième d'avril, au plus matin, l'armée prit les champs droit à Novare, dont était sailli le seigneur Ludovic avec toute sa gent.

Au partir du logis commença l'armée de France à tenir bataille ordonnée, et à marcher moult tôt, et tant que, entre le comte de Ligny, qui était chef des gens de pied, et le sire de la Trémouille, qui les gens d'armes de cheval conduisait, y eut étrif à qui marcherait devant. Toutefois chacun tint si bon ordre, que déroi n'y eut lieu. Tous les piétons et le charroi de l'artillerie branlaient sous la main du comte de Ligny; et afin que nul allât côtier, et que chacun marchât droit, toujours comme guide et à pied, des premiers était à chemin, et en marchant dit aux siens : « Seigneurs, l'heure est venue que chacun doit penser à son affaire; car nos ennemis avons en vue, qui nous présentent bataille. Ne refusons ce parti, sachant le

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