DÉSERTION DES TRODPES AUXILIAIRES DE LUDOVIC
sent compris au sauf-conduit; ce que permettre ne Toulurent les lieutenants du roi, disant que le démérite de leur trahison et foi faussée, de ce et toute autre grâce les devait frustrer. Leur sauf-conduit fut à tous efforts de langage débattu ; mais à la fin, en demeurèrent privés.
Les Albanais aussi requirent avoir sauf-conduit pour eux retirer; toutefois, comme à ceux qui, de gaieté de cœur, pour piquer les Français, de pays lointain s'étaient par trop de fois assurés, leur demande fut éconduite.
Les Allemands et Bourguignons qui étaient tout Tappui du pouvoir du seigneur Ludovic, demandèrent, comme j'ai dit, leur sauf-conduit, promettant aux Français, en ce faisant, que le lendemain au matin, tous désarmés, videraient la place et le pays, sans donner au seigneur Ludovic autre confort ni aide, ou, si ce parti leur était refusé, que, sans faillir, donneraient la bataille.
Les lieutenants du roi et les capitaines de Tarmée, considérant foffre pour eux avantageuse, et du tout à rhonneur et profit du roi, pensèrent que, pour avoir refusé humains partis, plusieurs soutenant justes querelles ont encouru le flagel divin et perdu maintes batailles et journées, à la requête susdite prêtèrent Toreille, et différèrent le conflit. Toutefois, les lieutenants du roi, premier que livrer le sauf-conduit, demandaient que le seigneur Ludovic, en ce faisant, fût mis entre leurs mains. Sur ce firent les - Bourguignons et Allemands réponse que jà par eux ne serait livré; mais que si entre eux se pouvait trouver, sans empêchement se pourrait prendre; dont fut appointé que, le lendemain au matin, tous les Allemands désarmés deux à deux passeraient entre l'armée de France, afin que si ledit seigneur Ludovic,
en état dissimulé, entre eux se cuidait sauver, tout à clair pût être avisé, et que les Bourguignons désarmés aussi seraient mis en vue, et tous les autres visités. Ainsi fut la bataille arrêtée.
Le seigneur F^udovic, connaissant par ce traité son entreprise demeurée en arrière et du tout anéantie, de passion d'esprit fut tout épris, sachant que, après cette déchue, espoir de ressource ne pouvait plus avoir; et pour cuider rompre le coup, avec requêtes, dons et promesses, pria les capitaines des Allemands et tous ses autres soudards, donner aux Français la bataille, disant que facilement pourraient être défaits, comme ceux qui avec leurs chevaux étaient à demi combattus de travail continuel et de famine, et que, de leur part, ils étaient frais et récréés, avecla place qu'ils avaient à l'avantage, et de soudards deux contre un. Plusieurs autres remontrances leur fit; mais, pour ce, autre chose ne voulurent l'aire. Aussi ne sut le seigneur Ludovic à quel remède avoir recours, si n'est abandonner son malheureux affaire au vouloir de dure destinée.
De Français et de Suisses fut la ville de Novare cette nuit de toutes parts environnée, si que nuls de ceux qui étaient dedans eussent pu sortir sans être clairement -avisés. Souvent parlaient ensemble Français et Bourguignons. Les Suisses et Allemands û toutes heures se sonnaient. Les Albanais, pour mieux déloger, avaient l'œil aux pieds, à la bouche et au dos de leurs chevaux. Les Lombards, plus de menues conclusions imaginaient qu'il n'y a d'atomes en l'air. Somme, chacun pensait à son affaire, car temps en était. Durant ce, le comte de Ligny, doutant que, par chemins écartés ou autres moyens, le seigneur Ludovic ne s'éloignât, et pour ce que le dire d'aucuns était que pays avait pris, voulant de lui savoir
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le vrai, et par attrait le mettre entre les mains du roi, devers lui transmit le capitaine Louis d'Ars et un autre gentilhomme, nommé Roquebertin, lui dire que, si volontiers se voulait rendre au roi et soumettre à la raison, que de tout son pouvoir s*efforcerail envers le roi le faire en France si bien traiter, qu(^ cause n'aurait de soi douloir; lequel, après avoir ouï la parole desdits messagers, voyant la raisonnable semonce, promesse acceptable, et l'appareil de son exil imminent, à ce propos voulut entendre, et au conclure prendre ce parti, et, sous sauf-conduit, avec lesdits messagers, se mit à la voie. Voyant les Allemands qu'ainsi s'en allait le seigneur Ludovic, l'arrêtèrent, et le mirent hors de la vue desdits messagers.
Le lendemain, vendredi dixième jour d'avril, deux heures avant le jour, les Allemands du seigneur Ludovic saillirent de Novare tous en armes. Le sire delà Trémouille, qui, avec ses gens, était à cheval, à la saillie desdits Allemands devant les portes de Novare se trouva, et voyant iceux Allemands sortir en armes,^ avec ses gens d'armes près de la porte de leur issue, se tint, pour regarder leur manière, et leur donner sur queue si besoin en était; lesquels Allemands, devant la ville, dedans une prairie, se mirent en bataille.
Le capitaine Louis d'Ars, qui encore était dedans la ville, dont avait vu sortir les Allemands en point et en propos de combattre, manda au comte de^ Ligny qu'à ce matin auraient les Français la bataille ; car jâ étaient iceux Allemands aux champs, et les^ Bourguignons avec les estradiots et Lombards prêtsde saillir, et tous en armes. Sachant le comte de- Ligny ces nouvelles, pour montrer que l'armée de France était sur pied, deux pièces d'artillerie par-
dessus la ville fît décharger, qui firent tel tonnerre qu'il semblait que la région de l'air éclatât. De l'autre part, était le seigneur de la Trémouille tout prêt de faire mêlée avec ses ennemis. Le seigneur Jean-Jacques était sur pied aussi avec ses gens. Sur l'aube du jour fut en l'ost des Français fait une alarme, pour émouvoir le camp, et chacun mettre en point, et tout en l'heure devant la ville de Novare fut l'armée de France en arroi, pour attendre la saillie des gens de cheval du seigneur Ludovic.
Entre les cinq et six heures du matin, les Lombards, qui n'avaient sauf-conduit, se mirent hors la ville en armes, lesquels furent par les Français choqués moult rudement, et poursuivis, et chassés plus de quatre milles de pays, et tant malmenés, que plusieurs y demeurèrent. Les uns furent pris et les autres tués, et les autres, le fer au dos, convoyés longue traite. Tant en fut rué par terre, que le chemin de leur retraite était tout semé de morts, de lances et de bourdons, et de harnais, que, pour mieux au délivre fuir, jetaient de tous côtés. A l'issue de la^ ville fut le seigneur Frocasse pris par ceux de la garnison du château, et à la chasse furent pris plusieurs autres bons prisonniers. Après la défaite des Lombards, les Bourguignons vidèrent la place, tous en armes, avec enseignes déployées.
Le sire de la Trémouille, voyant iceux Bourguignons en armes, leur transmit au devant un capitaine Français, nommé Hector de Salazar, et le bâtard de Cardonne, pour leur dire qu'ils se désarmassent, et leur remontrer que, en l'état qu'ils sortaient, de bonne guerre étaient de prise, et que leur sauf-conduit était enfreint. Iceux Bourguignons, sans plus attendre, plièrent leurs enseignes, jetèrent leurs lances et ôtèrent leurs armets, et plusieurs d'iceux