DÉSERTION DES TROUPES AUXILIAIRES DE LUDOVIC
furent à la saillie par les Français choqués et rembarrés jusque dedans la ville.
Les estradiots, lesquels aussi n'avaient sauf-conduit, firent là le moins de séjour qu'ils purent; et ceux qui eurent les champs, au délivre adressèrent leur cours vers la rivière du Tésin, pour cuider gagner le passage, lequel était clos; car le seigneur d'Alègre, avec deux cents hommes d'armes, y était; et voyant iceux Alhanais qu'autre part, pour à sûreté passer, leur fallait chercher issue, éloignèrent le passage, et se mirent à guéer la rivière. Les uns allèrent outre, les autres demeurèrent à mi-gué, et les autres furent par les Français fait noyer à la rive. Ceux qui gardèrent terre, au danger des laquais et varlets se trouvèrent, et tous ceux qui purent être atteints et arrêtés furent sans merci occis et assommés. Les Allemands, voyant leurs gens de cheval défaits, jetèrent leurs piques et hallebardes, et, tous désarmés, deux à deux, trois à trois, sous les piques des Suisses, et entre l'armée de France, passèrent; et étaient iceux Allemands tant mis au découvert, que, sous ombre d'eux, nul, sans être connu, eût su passer. Après que sept ou huit mille d'iceux furent passés, et que nouvelles n'était du seigneur Ludovic, le sire de la ïrémouille manda à ceux qui étaient encore à passer qu'ils le rendissent, ou que sinon avec eux aurait mêlée; et tel avantage avait sur eux, qu'entre les deux batailles avait fait mettre et charger l'artillerie de France. Dedans la bataille des Allemands étaient plusieurs gens d'armes français, pour cuider du seigneur Ludovic savoir nouvelles ; et doutant les Allemands que les Français les voulussent désordonner et courir sus, se serrèrent, et dirent aux Français qu'ils se retirassent. Alors fit le seigneur de la Trémouille sonner à l'étendard, pour rassembler
ses gens, et, ce fait, voulut donner au travers de la bataille des Allemands; et, pour ce l'aire, avaient jà les gens d'armes la lance sur la cuisse, et la tète en l'armet, et étaient les enseignes en branle de marcher.