‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 47 sur 329 · TRAITE DB GRENADE · texte numérisé non relu

TRAITE DB GRENADE

iogne comprenaient daîis le traité Vempereur Maximiiien, leur frère Alexandre, duc de Lithuanie, et le» électeurs de VEmpire. Cependant, dans le cas où quelqu'un de ces princes réservés attaquerait Vun des trois dUés, les deux autres seraient tenus de réclamer par ambassadeur la cessation des hostilités, et si Vinterveniim des orateurs était impuissante, de prendre euxmêmes les armes pour secourir leur confédéré, à moiris qv^ils ne fussent eux-mêmes en guerre contre les infidèles, ou pour la défense de leurs États.

Louis XII trouvait son intérêt dans cette clause, qui opposait de nouveaux obstacles à une guerre de Maximilien contré la France; tandis que les rois de Hongrie et de Pologne, confiants dans la magnanimité de leur allié, ne voyaient que la guerre sainte où ih devaient servir de bouclier et de rempart à la chrétienté.

Un traité pour le partage du royaume de Naples et de Sicile, entre les rois de France et d'Espagne, existait depuis le 41 novembre de Vannée du jubilé; et leS' clauses de cette convention secrète étaient si peu connues, que les plus intéressés à les découvrir crurent qu'il ne s'agissait que des Turcs, jusqu'à la conquête de Naples. Ce traité, qui fut ratifié à Grenade, en présence de l^uis de Vatan, archidiacre d'Angers, orateur et procfireur du roi très chrétien, s'appuyait sur ces étranges^ considérations :

« Il est déplorable que tant d'inimitiés, de discordes et de guerres cruelles s'élèvent entre les princeschrétiens, par la ruse de l'antique ennemi du genre humain. Outre les innombrables forfaits qui se commettent dans les guerres, jcontre Dieu et les hommes^ que produisent-elles, ces guerres impies? un épuisement de population, une perte d'argent, des sacrilèges, des cadavres, des villes ruinées, des viols, des adultères, des orphelins, des veuves désolées, et

Ii2 LOUIS XII — ANNE DE BRETAGNE

enfin, ce qui est plus affligeant encore, des âmes dévolues aux enfers ; puis, après ces lugubres dévastations, il reste dans les esprits des vaincus une étincelle de haine et de vengeance, pour rallumer un jour les fureurs de la guerre. Certes, si les princes chrétiens prévoyaient de telles misères, ils seraient plus lents à s'y précipiter. Voilà ce qui a diminué les forces et la puissance de la chrétienté, au point que le barbare chef des Turcs menace d'envahir et de dévorer le territoire chrétien, comme il a fait naguère de Tempire de Constantinople. C'est pourquoi nous, Ferdinand et Elisabeth, roi et reine de Castille et d'Aragon, ainsi que notre très cher frère et allié le très chrétien prince Louis, roi des Français; sachant que la paix est un grand et excellent bien, glorieux et désirable, plaisant à Dieu et agréable aux peuples, cette précieuse paix que Notre Sauveur Jésus nous a recommandé de garder comme un héritage qu'il nous laissait en remontant au ciel ; ne voulant donc pas, ingrats et superbes, répudier l'héritage qui nous fut légué par ce divin testateur, nous maintiendrons toute notre vie sous les auspices du ciel la bonne et inaltérable amitié qui existe entre nous. »

En vertu de cette amitié, le roi et la reine de Castille et d'Aragon promettaient de Hvrer au roi de France dans Vintervalle d'un mois tous les princes, barons, chevaliers, nobles, prêtres, ou autres sujets dudit roi, de quelque condition qu'ils fussent, qui, coupables de lèse-majesté, se réfugieraient sur le territoire ^Espagne, Le roi de France s'engageait pareillement à ordonner en ses États la recherche des criminels, sujets des roi et reine de Castille et d* Aragon, dans le mois qui suivrait la demande d'extradition, « Quant au droit que le roi de France prétendait sur le royaume de Sicile, en

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deçà du détroit, droit qu'il se prépare à faire valoir par les armes, le roi et la reine d'Espagne ont les mêmes prétentions; de sorte que ce royaume doit appartenir à l'Espagne ou à la France. Mais, considérant que le roi Frédéric, comme le fait est notoire pour tout le monde, a souvent, par lettres, messagers et par ambassadeurs, excité le prince des Turcs à prendre les armes contre les chrétiens, tellement que cet impitoyable ennemi du nom chrétien est venu avec ses flottes et ses armées* formidables envahir et ravager des provinces chrétiennes; les deux rois alliés, pour obvier au péril imminent de la chrétienté et pour rendre leur alliance indissoluble à l'avenir, sont d'accord de partager ensemble ledit royaume de Sicile. »

Le roi de France devait avoir pour sa part Naples, 6oé(e et toutes les villes des provinces de Labour et d'Abruzze, outre la moite du revenu fiscal des troupeaux de VApulie ou de la Fouille, avec les titres de roi de France, duc de Milan, roi de Naples et de Jérusalem. Le roi et la reine d'Espagne se réservaient en partage le duché de Calabre et toute la Fouille, avec leurs titres de roi et reine de Castille, d'Aragon, de Léon, de Sicile et de Grenade, ducs de Calabre et d'Apulie.

n fut convenu que la douane des brebis de la Fouille serait affermée chaque année, et que le roi pourrait envoyer des commissaires chargés d'approuver les conditions de cette ferme; ensuite, comme le royaume devait être partagé par moitié égale entre les deux rois, de même qu'entre frères et amis, celui qui aurait une portion de territoire valant moins que l'autre s'indemniserait sur le prix de la douane, de manière à balancer la valeur de chaque part. Cette clause singulière ouvrait la porte à tant de difficultés, qu'elle parait avoir été ménagée exprés pour amener une rupture en temps et

lieu. La bonne foi de Ferdinand le Catholique est ia plus suspecte que celle de Louis XIL

Après ce partage, les deuax rois devaient conserver perpétuellement chacun sa part de royaume, avec pleine autorité, comme un fief de V Église romaine; chacun étant tenu de respecter les domaines qui garantissaient à la république de Venise différents prêts pécuniaires. Les deux rois s'accordaient à prélever sur leur portion territoriale le douaire des vieilles reines de Naples, Jeanne^ veuve de Ferdinand I^^ d'Aragon^ et Jeanne, veuve de Ferdinand II et sœur du roi d* Espagne, en laissant à ces deux reines, leur vie durant, la. possession de tous leurs biens. Le roi de France renonçait à tous les droits de la couronne sur les comtés de Cerdagne et de Boussillon, en faveur du roi et de la reine d'Espagne, qui en étaient maîtres: ceux-ci, en échange de cette cession, renonçaient à tous les droits qu'ils pouvaient avoir sur le comté de Montpellier,

Enfin les deux alliés s'engageaient à s'aider mutuellement dans la conservation de leurs conquêtes en Italie, et à obtenir l'un et Vautre l'investiture du Saint-Pére dans le royaume de Naples, qu'ils occuperaient en fief de VÉglise, chacun parta>geant aussi par moitié égale les redevances d'argent, les renies ou les donations que le pape powrait exiger pour prix de cette investiture.

Ce singulier traité, qui revendiquait un royaume au nom du ciel, et qui dépouillait un parent par les mains d'un parent, avait été tramé depuis la première con^ quête de Milan, Dés qu'il fut conclu et ratifié mystérieusement, le roi d'Espagne affecta de s'apprêter à secourir Frédéric de Naples, tandis que les armes espagnoles, sous ombre d'amitié, étaient préparées contre lui. Les droits que prétendait Ferdinand le Catholique sur le royaume de Naples étaient ceux de son prédécesseur, Alphonse V, roi d'Aragon, quoique Alphonse

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