FÊTÉS DE LYON
eût concédé à son fils naturel Ferdinand /«' ce royaume mlevé à René d'Anjou, quoique Frédéric III^ fils de Ferdinand 7®', fût l'héritier direct de son neveu Ferdinand II, mort sans enfants. Les droits de Louis XII, qui représentait ceux de la maison d'Anjou, étaient plus légitimes, puisque Vusurpation d* Alphonse V ne les avait pas détruits; et, sans doute, il n'eût pas commis la faute de laisser un roi, son rival, mettre le pied en Italie, où il était seul arbitre de toutes choses; sans doute il n'eût pas accepté un partage qu'on avait proposé en vain à Charles VIII, s'il n'avait craint que le roi d'Espagne, les Vénitiens et peut-être le pape, inquiets de sa grandeur, formassent une ligue pour le déposséder du duché de Milan, dont il fallait d'ailleurs compléter la conquête, au moment où il espérait en recevoir l'investiture de Vempire, par l'entremise de l'archiduc. (Extrait de P.-L. Jacob, Histoire du xvi® siècle.)
§ 2. — les fêtes de lyon. — retour du cardinal
d'amboise.
(Jean d'Auton.)
Le quinzième jour du mois de mai (1500), Tarmée partit de Parme pour aller commencer le voyage de Pise ; et sitôt que gens d'armes marchèrent, toutes les Tilles des Itales qui contre le roi avaient le seigneur Ludovic favorisé , devers le cardinal d'Amboise transmirent leurs ambassadeurs, pour avec lui faire composition et bailler argent pour le défrai de l'armée de France; et pour ce que un nommé Bentivole, gouverneur de Bologne, avait au seigneur Ludovic baillé quelque aide, à cinquante mille ducats composèrent les Bolonais. Sienne, Lucques et plusieurs autres villes hors du duché de
Milan, se soumirent aussi à la raison ; et, pour satisfaire à leur défaut, si avant boutèrent la main aux ducats, que grâce leur en fut élargie. Tous les conjurés et auteurs de la rébellion qui purent être pris, et mis sous la main de justice, encoururent sentence capitale, et, dans la place du château de Milan, publiquement furent exécutés; desquels furent messire Jacomo André, Nicolas le chirurgien, messire Louis de Pors, et le capitaine de Trelz. Leur procès fut fait par Michel de Ris, docteur, et par le capitaine de la justice de la ville; et fit iceux exécuter le sire de la Trémouille, lieutenant du roi.
Après donc que le seigneur Ludovic et le cardinal Ascaigne furent logés, comme ouï avez, tous les jours du mois de mai et de juin, dedans la ville de Lyon, sur le Rhône, et devant l'abbaye d'Ainai se firent combats et tournois, et tant d'autres bonnes chères, que les plus petits en eurent souvent bonne part.
En l'entrant du mois de mai, la reine fut en voyage à Saint-Claude, et de là à Lyon-le-Saunier en Bourgogne, tenir un fils du prince d'Orange. Avec elle furent les seigneurs de la Roche de Bretagne, de Tournon, de Chàtillon, et plusieurs gentilshommes de la maison du roi, les Cent Suisses de la garde, et trois cents hommes d'armes.
Des danses, banquets, ébats et joyeux passe-temps, qui à ce voyage furent faits, ne ferai autre compte, sinon que peu durèrent les jours à ceux qui là se trouvèrent; car onc ne fut vue meilleure dame, tant honorable, ni si délibérée, que pour lors était la reine.
A son retour de Bourgogne, voulut que dedans Lyon, à Ainai, fût fait un tournoi de sept gentilshommes de sa part contre sept autres de ceux du roi; et fut, le vingt-deuxième jour de mai, audit lieu d'Ainai, ordonné le tournoi.
Du parti du roi furent le seigneur Infant de Navarre , frère du comte de Foix , le seigneur d*Avesnes, le seigneur de Bonneval, le seigneur de la Rochepot, le seigneur des Barres, le seigneur de Verdusant et le seigneur de Ravel, nommé Poquedenare.
Du côté de la reine, le seigneur de la Roche de Bretagne, le seigneur de Ghàtillon, le seigneur de Fremente, le seigneur de Saint-Amadour, François de CcAirs, Maugeron, et un nommé le jeune Camicant, lesquels se trouvèrent sur les rangs, au jour entrepris, tous en armes et bien montés.
Ceux qui étaient du parti du roi entrèrent les premiers aux lices, Farmet en tête et la lance sur la cuisse, vêtus sur le harnois d'un blanc saye, et bordés de pareille couleur. De Tautre côté des lices, entrèrent ceux de la reine, chacun avec son serviteur et sa dame, en habillements de bleu, bordés de jaune, et semés de petites patenôtres de bois; et eux ainsi entrés en la lice, leurs dames mirent pied à terre et s*en allèrent à Téchafaud de la reine.
De Tautre part était le roi en son échafaud, accompagné du comte de Foix, du prince d'Orange, du comte Dunois, du duc d'Albanie, du maréchal de Rieux et du maréchal de Gié, et plusieurs autres grands seigneurs. Avec la reine étaient la princesse de Tarente, la comlesse de Gayace, mademoiselle de Gandole, et grand nombre d'autres dames et demoiselles. Lorsque chacun fut prêt, trompettes et tabourins sonnèrent pour faire commencer le tournoi. Le seigneur Infant et le seigneur de Fremente firent la* course première, lesquels marchèrent si rudement le long des lices, que sous les pieds de leurs chevaux semblait que terre dût profonder. Au joindre, l'Infant de Navarre fut de la lance atteint, par la vue de son armet, si rudement,
FÊTES UE LYO.N l!2U
que sur les arçons fut renversé, et blessé au visage; et tant fut étonné du coup, que de longtemps après ne put redresser la tête. Joutèrent après les seigneurs d'Avesnes et de la Roche de Bretagne, et ne se rencontrèrent des lances, mais se combattirent à l'épée. Aux premiers coups perdit le seigneur d'Avesnes son épée, puis la reprit, et très bien, à cette fois, se trouva au combat. Après ce, laissèrent courir le seigneur de Chàtillon et Poquedenare si rudement, qu'au choquer, les lances allèrent par éclats ; et fut Poquedenare assené si à droit, que pour la force du harnais, ne demeura qu'au travers du bras dextre ne lui demeurât le tronçon de la lance. Toutefois, pour ce ne s'arrêta, mais de son bras arracha le tronçon, et tant aida d'une main à l'autre, qu'il tint répée en. serre, et dix ou douze coups en donna si rudement, que tout au délivre semblait avoir le bras blessé, dont, à chacun coup qu'il ruait, saillait le sang jusqu'à terre. Le seigneur de la Hochepot, Bonneval, Saint-Amadour et les autres firent si bien, qu'il n'y eut à redire. Le sieur des Barres, du parti du roi, et François de Cours, de celui de la reine, finirent le tournoi, lesquels se rencontrèrent à la course, si à droit, qu'à l'assembler, les lances furent brisées par pièces. Au combat de l'épée, François de Cours fut désarmé de la sienne par le seigneur des Barres.
Le seigneur de Fremente, qui, au premier coup de lance, avait tant foulé son homme, qu'à l'épée n'avait su combattre, contre le seigneur des Barres fut mis en place, lequel Fremente fut pareillement dessaisi de son épée. Ainsi fut le tournoi mis à fin. Quoi plus? Ce jour, plusieurs lances furent rompues et maints coups d'épée donnés ; et après que le tournoi fut fini, le roi et la reine s'en retournèrent au logis.
Plus de quinze jours après ensuivant se continuèrent joutes et combats, où maintes bonnes courses et faits valeureux furent mis en avant.
En ce temps, furent devers le roi, à Lyon, les ambassadeurs du pape , du roi d'Espagne et d'Angleterre, de la Seigneurie de Venise, et de l'archiduc. Le grand maître de Rhodes ces jours transmit au roi lettres qu'il avait reçues du Grand Turc, par lesquelles était contenu le sauf-conduit d'un nommé Montjoie Saint-Denis, roi d'armes, et autres ambassades que le roi envoyait en Turquie.
Le cardinal d'Amboise, après avoir reçu les deniers que les villes de Lombardie et des Itales avaient par composition promis de bailler au roi, mis en ordonnée police l'affaire politique, établi juges et gouverneurs suffisants pour l'entretènement du pays, laissé garnisons et mortes-paies dedans les villes et châteaux, et dûment pourvu au bien de la chose publique du duché de Milan, s'en voulut retourner en France, et droit à Lyon, sur le Rhône, prit son chemin le travers des montagnes. Avec lui retournèrent le sire de la Trémouille, le seigneur Jean-Jacques, le seigneur de Mauléon et plusieurs autres capitaines et gentilshommes; lesquels furent à Lyon le vingt-troisième jour de juin, et arrivèrent ainsi que le roi oyait la tnesse à l'église de Notre-Dame de Confort. Au cardinal d'Amboise fit illec tant amiable chère, que de toute familiarité privée le voulut fêtoyer, et pour ses agréables services lui donna le comté de Sartirane, en Lombardie ; et encore, au sire de la Trémouille et à tous les autres susdits, élargit de tant sa munifi^ cence, et tant joyeux recueil leur fit, que tout à clair purent connaître que très content se tenait de leur service*
ACCiDBNTS ARRIVÉS AU PAPE ALEXANDRE- VI 131