LE DIVORCE ET LE SECOND MARIAGE DU ROI
§ !. — LES ORIGINES DU DUC D*ORLÉANS LOUIS. — RÉSUMÉ DES DISSENSIONS DE LA MAISON* DE FRANCE ET DE LA MAISON DE BOURGOGNE.
(Sainl-Gelais.)
Considérant que dès le cinquième an de mon âge, j'ai été nourri en la maison d'Orléans, j'ai délibéré d'écrire les faits et glorieuses entreprises de très haut et très chrétien prince, mon souverain et naturel seigneur, Louis douzième de ce nom, par la grâce de Dieu roi de France. Et la cause principale qui m'a mû à entreprendre cette œuvre, c'est afin que tous autres rois et grands princes qui après lui viendront, prennent exemple à vertueusement vivre, en lisant et oyant lire les faits et œuvres vertueuses qu'il a commencées, conduites et menées à fin, tant durant le temps de paix que de guerre.
Le roi Charles le Sage, après avoir très vertueusement vécu, trépassa de ce siècle, l'an mil trois cent quatre-vingt, plein de richesses, lesquelles il avait loyalement acquises. Il laissa deux enfants mâles : le premier fut nommé Charles et le second Louis.
Cedit roi Charles, en Tàge de quatorze ans, combattit et vainquit les Flamands à Rosebec, et y mourut un grand nombre. Il fut merveilleusement beau prince, et avait un grand commencement de valoir beaucoup. Mais, ainsi que les faits de ce monde sont variables, lui étant au Mans, pour aller faire la guerre au duc de Bretagne, soudainement, comme il était aux champs, lui prit une maladie si étrange, qu'il en fut tout transporté de son sens et mémoire. Qui fut un grand inconvénient. Car à l'occasion de ce advinrent beaucoup de grands maux. Depuis, les ducs de Berry et de Bourgogne entreprirent le gouvernement, pour ce que le duc Louis d'Orléans, de qui je parlerai ci-après, était encore jeune.
Depuis, ledit duc d'Orléans vint en âge et se mêla des affaires. Car ainsi le voulait son frère, quand il venait en quelque convalescence. Auparavant s'était traité le mariage dudit duc d'Orléans à l'héritière de Hongrie, et fut son état et appareil tout prêt pour s'y en aller. Mais cependant le marquis de Brandebourg s'en saisit, et l'épousa contre le gré de la mère. Et certain temps après, ledit duc fut marié à madame Valentine, fille du duc de Milan, et depuis son héritière universelle, laquelle était sa cousine germaine. Durant la maladie du roi, tant que le duc Philippe de Bourgogne vêquit, les affaires furent bien conduites, et s'accordaient bien le duc d'Orléans et lui ensemble. Mais depuis que ledit duc Philippe fut mort, et que Jehan, qui auparavant s'appelait comte de Nevers, fut duc, il entreprit une haine contre ledit duc Louis d'Orléans, lequel était son cousin germain. Et faut présupposer que ce mouvement de la haine procédait d'envie qu'il avait de grands biens qui étaient en la personne du dessusdit duc d'Orléans. Car je veux bien dire qu'auparavant lui, il n'y avait guère eu en France de