SUPPLICATIONS ET PROTESTATIONS DES PISANS
ouïr, qui là ad?int tel, que, ainsi (jue les canonniers français, contre les murs de la ville, par la bouche de leurs plus avantageuses pièces d'artillerie, grosses bouches de fonte déchargeaient, le fer, à rassembler des pierres, contre Tordre de nature, en plusieurs pièces écartelait. Et plus; car, après que les murs fussent abattus, voulant les canonniers faire l'entrée unie, et du tout aplanir le passage, ruèrent coups, qui firent chose non ouïe; car, les pierres de fer, poussées par un vent tempétueux, à l'atteindre, ressortissaient, en arrière de la brèche de la muraille, jusqu'outre l'artillerie, et par-dessus plus de quatre toises de loin, dont il y avait de l'un à l'autre plus de quatre cents pas. Toutefois, tant fut la batterie continuée, que tout fut mis à bas, et faite voie si ample, que l'assaut fut commandé à dîner. Autour de la brèche voulurent les Pisains déployer quatre enseignes, et, sous l'ombre d'icelles, jusqu'à la mort leur querelle défendre. Dedans une de leurs enseignes était pourtraite l'image de Notre-Seigneur Jésus-Christ en croix, et en l'autre, l'image de Notre-Dame, lesquelles mirent vis-à-vis de la rupture, et à l'un des côtés les armes du roi, et à l'autre les armes de la reine; et, premier que déployer leurs enseignes, ni que la batterie se commençât, les Pisains montèrent sur les murailles de la ville, et là • si haut que les Français le purent entendre, firent protestation, disant que contre le roi et son armée n'entendaient eux défendre, ni avoir quelque querelle; mais seulement contre les Florentins, qui, sans juste cause ni droit qu'ils eussent sur eux, les voulaient subjuguer et dompter à nouvelle servitude ; et que pour cette querelle seule mettaient la main aux armes. Les Français n'entendaient à autre chose qu'à exécuter le vouloir du roi, et tant avaient approché la ville, qu'encontre
la brèche avaiont placé leur» cnFeignes, et tel avantage avaient sur les Pisains, qu'entre eux et la muraille nuls fossés y avait qui ennui leur fissent.