ASSAUT DE PISE. — RÉSISTANCE HÉROÏQUE ET TOUCHANTE
L'assaut commencèrent à donner les Français si rudement, qu'onc en telle presse ne se trouvèrent les Pisains , que tout autour de l'ouverture étaient hommes et femmes, les uns en armes, et les autres vêtus de loile blanche, criant tout d'une voix : « France ! France ! » Mais toutefois si à point défendaient la muraille, que Français n'en approchait qu'il ne fût repoussé bien rudement. A coups de piques, de ronçons et de traits gardaient le passage en criant : « Pise ! France! » Et avaient iceux Pisains des pommes de chaux ensulfurées, lesquelles jetaient contre le visage des Français, qui les empoudraient et brûlaient, en manière que celui qui en était atteint n'avait plus pouvoir de faire armes. Toutefois tant fièrement combattaient les Français, qu'il n'y avait coup tant mortel qu'un seul pas les fit démarcher. Main à main avaient les uns et les autres à besogner; et tant furent les Pisains cherchés de près, qu'au dedans de la brèche, entre les mains, leur furent, par les Français, à coups d'épée, coupés deux ronçons, et deux d'iceux Pisains tués, et une femme blessée, qui portait des pierres pour défendre l'entrée, dont ils battaient les Français ; tant qu'ils étaient tout étonnés de porter les coups. Toutefois, force de harnais contre ce de moult les servait; mais ils ne pouvaient supporter la chaleur. Moult fut dur l'assaut : car les capitaines français, pour soutenir la charge et recréer les lassés, longtemps
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à la brèche tinrent le pied ferme, et tant qu'à celte charge furent là blessés Aubert du Rousset, le seigneur de Saint-Priest et Jannot d'Arbouville, capitaines; et est à penser qu*avec eux plusieurs autres se trouvèrent aux coups rencontrer. Que dirai-je? Plus de trois heures dura l'assaut moult rudement donné par les Français, mais tant vigoureusement défendu par les Pisains, qu'aux Français donnèrent à connaître que, pour ce jour, ne voulaient que les Florentins criassent sur iceux ville gagnée ! et voyant les Français le désavantage leur tournèrent le dos et cessèrent Tassant. .
§ 8. — TRAHIïlON DES SUISSES. — LEVÉE DU SIÈGE.
La nuit ensuivant, au rempart mirent les Pisains lu main tant à profit, que preipier que jour éclaircit, autour de la ville n'y avait de plus sûr endroit. Le lendemain commencèrent les canonniers français derechef à faire une autre batterie plus grande que la première, et de plus en plus fort assaillir la ville, délibérant de jamais de là ne désemparer qu'entre leurs mains ne l'eussent mise. Mais autrement en fut; car les Suisses qui là étaient pour le roi voulurent soudainement avoir argent (ce que pour l'heure ne fut prêt). Gomme ceux qui à leur vouloir sont sujets, sans vouloir avoir un seul jour d'attente, tous ensemble prirent pays et s'en allèrent ; et au déloger, les Français que par les chemins trouvaient à l'écart tuaient et assommaient, comme si guerre ouverte leur eût donné pouvoir de ce faire ; ce qui était bien à eux fait un si mauvais tour, que c'était assez pour devoir dégoûter le roi de leur service. Les Gascons pareiUement se mutinèrent, et la plupart d'iceux abandonnèrent le siège.
Les Florentins , qui ayaient promis d'avitailler l'armée, et fournir rartillerie d'affûtage et autres nécessités de tout, n'en firent rien, si n'est qu'au siège envoyèrent des vins poussés, tant aigres et rebouillis, que nul n'en pouvait boire; et si de Lucques ou de Pise même les Français n'eussent eu vivres, au danger de mortelle famine étaient abandonnés. Le seigneur de Beaumpnt, lieutenant du roi, considérant tous ces détours, et soi doutant de l'artillerie, avec les capitaines de l'armée voulut l'affaire consulter; lesquels furent tous d'avis de lever le siège, vu que l'armée de plus de la tierce partie de soudards était amoindrie, et que les Florentins, pour lesquels ils étaient là allés, leur faillaient à toutes promesses; et aussi que les Pisains, qui de tout ce étaient avertis, s'évertuaient de plus en plus; et pour ce fut avisé que l'armée se mettrait au retour; et le jour ensuivant, sixième de juillet, les Français levèrent leur siège, et se mirent à chemin pour retourner droit à Milan.
Plusieurs laquais, las et altérés pour la grande chaleur qu'il faisait lors, et autres, qui à l'assaut de Pise avaient été blessés, ne purent suivre le train de l'armée, mais demeurèrent là couchés et étendus, à la merci de leurs ennemis, lesquels ils attendaient d'heure en autre pour les venir assommer et leur couper les gorges. Mais mieux leur fut; car, après que l'armée fut éloignée, sur le soir, saillirent de Pise avec torches et falots, les femmes de la ville faisant la recherche par les haies et buissons, pour trouver les malades et blessés, et tous ceux qu'elles purent voir et rencontrer, amiablement prirent par les mains et doucement les levèrent; puis par sous les bras les emmenèrent peu à peu jusqu'à la ville, et dedans leurs hôtels les logèrent, où furent tant traités à souhait et soigneusement pansés, que