RETOUA T>U ROI DANS SES ÉTATS DU NORD
oac ne furent mieux venus ; et tels y avait qui dedans leurs maisons ne se fussent si bien trouvés de moitié près, car de toutes viandes et médecines qui leur étaient saines et nécessaires, leur faisaient pourchas et administraient, voire continuellement, jusqu'à ce qu'en santé fussent du tout revenus; et après ce qu'ils furent en bon point, et qu'ils s'en voulurent retourner, pour assouvir leur appétit, de plus, de l'argent leur donnèrent assez pour faire plus de chemin qu'à eux, pour l'heure, ne restait, ce qui fut œuvre tant humaine que plus de recommandation mérite que d'être en mon papier décrit. L'armée fit par les chemins peu de séjour, et sitôt qu'elle fut en le duché de Milan de retour, par les villes et châteaux furent les gens d'armes mis en garnison.
§ 9. RETOUR DU ROI DANS SES ÉTATS DU NORD. — ACCI- DENT DE CHASSE. — VOYAGE DU ROI EN BRETAGNE, EN TOU- RAINE.
Après toutes ces choses, le roi voulut retourner au pays de France; mais avant ce, voulant toujours de plus renforcer son duché de Milan, et pourvoir au gouvernement d'icelui, Charles d'Amboise, seigneur de Ghaumont, grand maître de France, transmit celle part, et messire Berault Stuard, seigneur d'Aubigny, lesquels, en cette affaire, ordonna ses lieutenants.
Le vingt-unième jour de juillet, le roi et la reine partireii}, de Lyon et se mirent à chemin vers Roanne ; de Roanne à Marcillé-les-Nonnains, à Pierrefitte, à Cône-sur-Loire ; et là se mit la reine sur la rivière de Loire, et par eau descendit jusqu'à Blois. Le roi
tira outre droit à Chàtillon, à Montargis, à Courlempierre, et là séjourna par l'espace de quinze jours, passant le temps à la chasse des cerfs.
Le douzième jour du mois d'août, le roi fut aux champs chasser un grand cerf, lequel courut moult tôt, et en le chassant à bride abattue, tomba son cheval sous lui si rudement, que par roideur du cours et force dudit cheval, à la chute se rompit une épaule, dont fut grièvement malade, et fut adoubé par un nommé Louis Saint-Pic. Après qu'il fut revenu en santé, vers le Puiseau se mit à la voie, à Milly et à Melun, où séjourna jusqu'à la fm du mois d'août; et en l'entrant de septembre, s'en revint à Blois, où était la reine ; et là tout le mois de septembre fut à séjour; et à la fin dudit mois eut vouloir de visiter son duché de Bretagne, et pour y aller mieux à l'aise, lui et la reine se mirent sur la rivière de Loire, dedans une galiote, et ainsi furent jusqu'à Nantes, où séjournèrent quinze jours; et après ce, délogèrent, et prirent le chemin de Montaigu, et par le Bas -Poitou tirèrent à Thouars, à Chinon et à l'Ile -Bouchard.
Le vingt-quatrième jour de novembre, fît le roi, dedans la ville de Tours, son entrée tant magnifique, que long papier faudrait pour en faire entière description. Le vingt-sixième jour dudit mois de novembre, la reine entra dedans ladite ville de Tours, qui tant honorable réception lui fît, que bien lui montra le peuple d'icelle, que cœur, corps et biens voulaient du tout mettre sous la sauvegarde de sa main. Les ambassades d'Allemagne furent là reçues, ouïes et dépêchées. L'affaire des ambassades d'Espagne, de Venise et de Florence et de Pise fut pareillement là mise en conseil.
Façade extérieure du château de Blois (partie datant du règne de Louis XII).
I4(i LOIIS XII — ANM-: DE BIIKTACNK
§ 10. — PnKPARATIFS P01:R la CROISADK.
Tous les rois chrétiens furent en ce temps sur le trait de mettre gens d'armes sus, et faire grosses armées, pour envoyer contre les infidèles Turcs, qui pour usurper la terre chrétienne, la loi divine anéantir, et les suppôts d'icelle tyranniser, étaient saillis de leur pays à multitude si grande, que le nombre d'iceux ne pouvait être de nul estimé, et jà avaient couru la terre de Saint-Marc, et pris une ville nommée Modon, laquelle avaient mise à feu et à sang, et fait maintes inhumanités sur le peuple chrétien. Parquoi le pape, chef de l'Église, voyant que le bras séculier à soutenir si pesant faix, pourrait par trop être foulé, et que l'affaire touchait généralement toute la chrétienté, voulut que les membres de l'Eglise supportassent une partie du. poids de cette charge ; pourquoi fut la décime mise sus et payée ; et avec ce, à la requête du roi, pour subvenir à la croisade, le pape transmit en France le jubilé, voulant que l'argent qui là serait donné fût employé pour la solde des gens d'armes qui seraient ordonnés pour aller sur lesdits infidèles. Le roi y élargit tant son pouvoir, que les canaux de la mer remplit de nefs et navires de guerre ; et par la terre des Itales et de Saint-Marc fît marcher si grosse armée, que ce fut jusqu'à la merveille des chrétiens et épouvantement des Infidèles. Plusieurs gentilshommes de la maison du roi et autres se convièrent et vouèrent à faire le voyage, sachant qu'en plus juste guerre ne pourraient exploiter les armes, ni pour autre querelle défendre, vivre plus à honneur, ni tant glorieusement mourir.
Après que le roi eut à Tours séjourné dix jours,