‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 57 sur 329 · VOYAGE DU RO! EN BOUHGOONE · texte numérisé non relu

VOYAGE DU RO! EN BOUHGOONE

lui et la reine délogèrent, et de là s'en allèrent à Amboise, où ne furent que deux jours, puis tirèrent droit à Blois, et là séjournèrent les mois de janvier et février; durant lequel temps les États furent tenus et les ambassades ouïes.

Sur la fin du mois de février, le roi partit de Blois, et de là fut à Loches, où peu de temps séjourna; de Loches prit son chemin droit à Moulins, en Bourbonnais, et la reine quant et lui, où jusqu'à la fête Notre-Dame de mars demeurèrent; et durant ce, furent faites les noces du duc d'Alençon et de mademoiselle Suzanne de Bourbon; les ambassadeurs, qui là étaient, dépêchés; tenu parlement sur l'affaire de l'armée que le roi mettait sus pour envoyer sur les Turcs, qui à tous efforts assaillaient la chrétienne gent, et, au parsus, les urgentes affaires du royaume dûment avisées.

§ 11. — VOYAGE DU BOl EN BOURGOGNE. — TRAHISONS ALLEMANDES.

Le vingt-cinquième jour du mois de mars, en l'an mil cinq cent un, le roi, voulant visiter ses pays, partit de Moulins, en Bourbonnais, et prit le chemin de la Bourgogne, en laquelle séjourna les mois d'avril et de mai dedans ses villes de Dijon, de Beaune, d'Autun, d'Aussonne, de Tournus et de Màcon. Durant lequel temps, il mit ordre et police au fait politique de sondit pays, et à la garde d'icelui provision de sûreté. Un gentilhomme fut lors de la Franche-Comté, nommé Jacques de Lay, lequel s'en alla secrètement devers maître Georges, cardinal d' Amboise, et messire Guy de Rochefort, chancelier de France, et iceux avertit que deux mar-

chands de Roanne, nommés Jean Pehichot el Joaii Gonrtois, avaient vonlu vendre et livrer ladite ville de Beaune à Maximilien, roi des Romains; et ce avait su au vrai celui gentilhomme, par un homme de la Franche-Comté, nommé Petit-Jean Toetors, dit d'Aspremont, messager d'un capitaine de gens de guerre pour le roi des Romains, nommé ledit capitaine Ghantrans, lequel par plusieurs fois avait envoyé sondit messager à Beaune, pour parler auxdits Peluchot et Courtois, touchant le traité de ladite trahison; et ce propos mis en avant, pour avérer le fait plus à clair, le roi fut de ce averti, par quoi transmit secrètement le gentilhomme qui la chose avait découverte, en la Franche- Comté, pour prendre le messager, qui la machination avait pourchassée, et, pour conduire Fœuvre plus sûrement, adressa ledit gentilhomme au prince d'Orange, qui lors était à Lyon-le-Saunier, es marches de la Franche- Comté, auquel manda par lettres qu'en cette affaire le voulût servir. Ce qu'il fît; car, au moyen de son secours, et pourchas du gentilhomme, fut ledit messager bourguignon pris, et mené à Dijon prisonnier, et là fut par les seigneurs du grand conseil du roi, sur ce cas, interrogé ; lequel, apW^s plusieurs négations et excuses, confessa la chose être vraie, et comment lesdits Peluchot et Courtois lui avaient promis, par plusieurs fois, qu'à leur pouvoir mettraient peine et trouveraient moyen de mettre ladite ville de Beaune entre les mains du roi des Romains, et que, pour ce faire, emploieraient avoir et amis, sans faillir à leur promesse, que par serment solennel avaient ensemble conjurée. La confession de celui messager ouïe, le roi transmit hâtivement le prévôt de son hôtel, pour prendre iceux traîtres, et manda au châtelain de ladite ville qu'en ce lui fit

Ifeié .jî<ML'g^V--j^.U ■-. ■ . I

Vue du château de Loches»

aide et service; en quoi volontiers s'employa. Toutefois un d'iceux traîtres, nommé Peluchot, se douta de l'aventure, ou fut par aucuns de ses amis averti du cas, dont hâtivement prit de ses bagues les meilleures et plus portatives, et, après avoir désemparé la ville, s'enfuit ^n la Franche-Comté pour le plus sûr. Après ce qu'il eut vidé, de la cause de sa fuite fut douté et accusé envers le roi ledit châtelain de Beaune, et de celui fut fait question; lequel si à point s'en excusa, -qu'il fut trouvé sans coulpe, quitte et déchargé. Jean Courtois fut, par le prévôt de l'hôtel, pris et mené à Dijon, et là avec ledit d'Aspremont, messager, confronté et enquis sur le fait de ladite trahison, lesquels d'Aspremont et Courtois, ainsi confrontés, reconnurent le traité plein de trahison par leur confession propre, et eux, ainsi atteints du cas, furent par sentence de justice condamnés d'encourir peine capitale. Si fut ledit d'Aspremont envoyé exécuter à Lyon sur le Rhône, et Jean Courtois écartelé à Dijon, dont les membres furent mis devant les portes de quatre villes de Bourgogne; c'est à savoir : à Aussonne, un des bras, à la porte dont l'on va droit à Dôle ; à Dijon, l'autre des bras et le corps; à Beaune, la tête, et le demeurant aux faubourgs de Chàlons dedans la Franche-Comté. Ainsi furent les traîtres payés selon la desserte de leurs démérites.

Page 1