‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 7 sur 329 · CAPTIVITÉ DU FRÈRE DE L0DI8 XII · texte numérisé non relu

CAPTIVITÉ DU FRÈRE DE L0DI8 XII

BRe qui fut mariée à monseigneur le duc d'Alençon. Et ainsi il fut pour la seconde fois remarié èi mademoiselle Marie, fille du duc de Clèves, et nièce du duc de Bourgogne, laquelle était pour lors l'une des plus belles dames que Ton eût su voir en nulle terre. Et furent les noces solennellement faites, et en grand triomphe, et y eut de grands- et hauts états. Puis après, ledit duc de Bourgogne mena ledit duc d'Or* léans et madame sa femme à Bruges, à Gand et en plusieurs de ses autres villes, là où ils furent recueillis à merveilleux honneur. Et après avoir fait de grandes chères auxquelles y eut plusieurs joutes et tournois, monseigneur d'Orléans s*en voulut venir en France, pour voir ses terres et seigueurerieg, et au départir le duc de Bourgogne lui fit de beaux et riches dons. Et par toutes les villes où mondit seigneur d'Orléans passait, il était recueilli en tel-bonneur qu'eût été le roi. Et le venaient voir gens de tous états en grande admiration, pour ce qu'il avait été vingt-cinq ans prisonnier en Angleterre, et que par son moyen tant de grandes choses étaient advenues. Ledit seigneur mit sus un ordre, ou livrée, qu'on appelait le Camail, où pendait un porc-épio, laquelle il bailla à plusieurs notables chevaliers, et gens de bien de ce royaume. Et entre autres, il fit cet honneur à mon père de la lui bailler, et le retint du nombre de ses serviteurs, en état de chambellan ordinaire. Ledit duc fît tant par ses journées qu'il vint à Blois. Et là et ailleurs, partout où il passa, le peuple en était aussi réjoui que si c'eût été un ange qui fût descendu du ciel. Assez tôt après, il alla devers le roi Charles Vni, de qui il était cousin germain, lequel le recueillit grandement. Et il y était tenu. Car le bon prince avait assez souffert de peine et ennui pour le bien du royaume. Il y avait aucuns envieux à la cour

qui mettaient le roi en soupçon, pour Talliance que monseigneur d'Orléans avait faite avec le duc de Bourgogne ; mais pour cela mondit seigneur ne laissa de partir du roi en sa bonne grâce, lequel lui fit de grands dons, et lui octroya une aide être levée pour subvenir à sa nécessité. Au partir de là, il alla en Angoulmois, où il reçut les fois et hommages des nobles du comté, et mit ordre en toutes choses, et bailla la plupart des places en garde et gouvernement à mon père.

Et peu de temps après, il traita avec les Anglais, de façon que monseigneur d'Angouléme le comte Jehan, son frère puiné, fut délivré de prison, et s'en vint en France, moyennant grande somme d'argent, qui pour ce en fut baillée. Ledit comte Jehan avait demeuré en la prison des Anglais l'espalbe de trentetrois, ans, et avait neuf ou dix ans, quand il y fut mené et par ainsi il y usa tout le temps de sa jeunesse. Et quand il fut par deçà, Monseigneur le duc d'Orléans lui bailla le comté d'Angouléme, et certaines autres terres et çeigneureries et fut marié à la fille de monseigneur de Rohan, fille d'une fille de Bretagne, duquel mariage saillit Charles, qui depuis fut comte d'Angouléme, avec lequel je fus nourris d'enfance, huit ans après que le roi Charles septième eut chassé les Anglais hors de Normandie et de Guyenne, et de tout le surplus de la France.

§ 3. -- LE DUC CHARLES d'ORLÉANS, PÈRE DE LOUIS XU.

Tout incontinent le trépas advenu du roi Charles, le roi Louis XI, son fils, lequel étant dauphin durant la vie de son père, s'était absenté du royaume, et avait demeuré tant en Dauphiné qu'en Bourgogne

LE DUC ClfARLES d'oRLÉANS, PÈRE DE LOUIS XII 85

environ dix ans, s'en vint grandement accompagné, et mêmement du duc Philippe de Bourgogne à Reims, pour se faire sacrer.

L'année d'après du couronnement du roi Louis, qui fut l'an mil quatre cent soixante et deux, madame d'Orléans accoucha à Blois d'un beau fils, que le roi tint sur les fonts et le nomma Louis comme lui. De la naissance de cet enfant fut grande joie démenée de son père et de sa bonne mère, et de tous Jes bons et loyaux serviteurs de leur hôtel^ et de la plupart du royaume de France. Et à bon droit se réjouissaient de voir né un héritier mâle à une si noble maison. Durant ces couches, se firent de grandes chères à merveille, qui seraient bien longues à mettre par écrit.

L'an ensuivant, le roi fît assembler à Tours les trois États, pour ce qu'il véait les seigneurs de son sang se mécontenter de lui, A ladite assemblée fut monseigneur le duc d'Orléans. Car tant qu'il vêquit depuis son retour d'Angleterre, il travailla toujours pour le bien de la paix et poiïr apaiser tous les différends qui survenaient. Et eût apaisé celui qui pour lors était, si le roi y eût voulu entendre et le croire, mais il ne le voulut. De quoi depuis il fut en grand danger que mal ne lui prît. Mondit seigneur d'Orléans prit congé du roi pour s'en venir à Blois, et en passant par Amboise une maladie lui prit, de laquelle peu de temps après il trépassa de ce monde, plein d'ans et de vertus. Il fut porté à Blois ensevelir en l'église de Saint-Sauveur, auquel lieu fut fait un très «rand et solennel service, ainsi que bien appartenait. Et ne pourrait-on croire ni penser le grand deuil (ju'en démena la bonne dame madame d'Orléans, son épouse, soi voyant veuve, et avait perdu un si très noble époux. Ce fut un très hardi et vaillant prince,

et de haute entreprise, et le montra en ses faits de jeunesse, et mémement à la bataille d'Azincourt, où, comme il est dit ci-dessus, il fut pris prisonnier et ne s'en voulut pas fuir, ainsi que firent beaucoup d'autres, en préférant l'honneur à toutes choses. Il fut merveilleusement beau, et de belle taille, libéral et honorable sur tous autres, et avait toujours à son hôtel des fils de princes et grands seigneurs, qui y étaient nourris, tant de ceux de Savoie, de Bourbon, de Dunois que d'autres. Et tellement que c'était le séjour d'honneur que sa maison. Et quand aucuns étrangers venaient en ce royaume, s'ils n'avaient été en la maison d'Orléans, ils disaient n'avoir rien vu. Il était sage et plein de lettres par sur tous ceux de son état. Il y parut bien au lit de justice que tint le roi Charles à Vendôme, pour le jugement de monseigneur d'Alençon, auquel lieu furent tous les grands princes et seigneurs de ce royaume, tous ceux de la cour de parlement de Paris, garnie de pairs, ceux du grand Conseil, et plusieurs autres gens sages en grand nombre; où la seule opinion de moudit seigneur d'Orléans fut tenue et arrêtée, et là se montra bien son sens. Dudit duc d'Orléans demeurèrent avec le fils, dont j'ai commencé à parler, deux filles, dont l'une fut mariée à monseigneur le comte de Poix, dont est sailli monseigneur de Foix, qui est à présent, et une fille, laquelle est mariée au roi d'Espagne et d'Aragon. L'autre fut religieuse et abbesse de Fontevraud. Et furent toutes deux très bonnes et honnêtes dames, et vécurent chacune en leur état très sagement, et vertueusement, et moururent assez jeunes.

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