PRISE D A VERSA
dont leur en mésavint; car, pour eux être rebellés, tous les soudards, dont y en avait deux cents, furent aux créneaux de la place, avec leurs capitaines, pendus, et n'en demeura de tous que le capitaine de ladite place, lequel avait là dedans sa femme, belle à merveille; et elle, voyant son mari près de l'attache, tout échevelée et pleine de larmes, se mit aux pieds du seigneur de Mauléon, qui lui semblait des plus apparents, et icelui requit tant doucement, et tant lui fît de son gré, que gracieux lui fut jusqu'à répiter de mort son mari, qui avait la hart au col, lequel se pouvait lors vanter de ce que plusieurs taisent. Là fut, entre les autres, un des soudards de la place mis au vent, lequel, en le jetant bas, appela doucement Notre-Dame, et de bon cœur à elle se voua; ce nonobstant, fut guindé; tellement qu'une grosse heure fut branlant à un créneau, comme s'il fût mort. Si avint que, par miracle, la corde dont il était attaché s'élargit au droit du nœud de la gorge, en sorte que la tête passa parmi, et chut à bas dedans les fossés, et la corde amont demeura attachée, lequel à la chute se froissa une cuisse et se prit à plaindre pour l'angoisse de son mal; tant, qu'un varlet, nommé Louis Froisseau, serviteur d'un gentilhomme de chez le roi, nommé Henri de Maunourry, en pansant ses chevaux près d'illec, ouït celui pauvre soudard-là plaindre et crier, dont s'en alla auxdits fossés et le trouva gisant à terre, tout afïolé ; lequel le leva à quelque peine et l'amena à son logis, où fut pansé et envoyé à sa maison sain et guéri. Sur ce, se peut dire que la corde soumit l'exécution de la rigueur de justice à Tobéissance de la pitié, mère de miséricorde, qui jamais, au besoin, n'oublie ceux qui dévotement la servent et justement la prient.
§ 40. — RENCONTRE DES FRANÇAIS ET DES COLONNOIS. LE SIÈGE MIS DEVANT CAPOUE.
En suivant ce propos, fut vrai que le dix-septième jour de juillet, sur l'aube du jour, délogèrent les Français de celui bois, où avait été leur camp, et tirèrent droit à Capoue tout le plein pas, et sans déroi, si que nul d'eux sortait de son ordre, mais allait chacun en marche bien arrangée, sans qu'un tout seul se mît à Técart, réservés les avant-coureurs et ceux qui étaient ordonnés pour découvrir le pays. Tant marchèrent les Français, que, sur le point de dix heures au matin, à quatre milles près de Capoue furent à la repue, et là fut avisé que le camp séjournerait pour ce jour audit lieu, et que ce pendant coureurs seraient envoyés devant Capoue, pour voir la manière et connaître la puissance des soldats qui dedans étaient, et aussi pour aviser les sûres entrées, et lieux plus avantageux et propices pour y mettre le siège; et, pour ce faire, furent ordonnés le duc de Valentinois, le seigneur d'Alègre, et quelques autres capitaines, bous canonniers, et vieux routiers de guerre, lesquels, avec quatre cents hommes d'armes et trois mille piétons, partirent du camp et devant Capoue adressèrent leur course. Tantôt qu'ils furent aux champs, et que deux milles de pays eurent marché, six cents Colonnois, qui ce jour en armes étaient saillis de Capoue, leur furent en barbe, tous en bon ordre, bien armés et montés à l'avantage, tenant assuré maintien et hardie contenance. Mais pour ce, ne demeura que les Français ne les approchassent de tant, que ce fut aux lances baisser, et à donner dedans. Le duc de Valentinois se trouva des premiers à la charge, qui moult enhardit ses gens,