LE SIÈGE MIS DEVANT CAPOUE
en leur disant : « Seigneurs français, le dire est commun qu'à votre première pointe nulle puissance résiste. Montrez donc à cette première rencontre la vertu de vos cœurs et la force de vos bras, tant que la Jouable réputation de vos efforts donne à vous augmentation d'honneur, et à vos ennemis craintif ébahissement. » A chef de ces paroles, les Français se mêlèrent avec les Golonnois, lesquels vigoureusement se défendirent, et tant, que, pour attendre le choc, tinrent pied ferme, dont plusieurs allèrent par terre qui depuis sains ne se relevèrent. Après assez long combat, iceux Golonnois se doutèrent de recharge, et des gens de pied, par quoi reculèrent et se mirent à là fuite. Les Français leur donnèrent la chasse et les menèrent battant jusque dedans leurs barrières, où furent recueillis par iceux de la ville, qui là se trouvèrent en grand nombre. Après la retraite d'iceux Golonnois, le duc de Valentinois voulut sommer les capitaines et soldats de la ville de Capoue de la rendre, et icelle mettre en l'obéissance du roi; lesquels ne voulurent écouter ni ouïr sa semonce, mais l'outragèrent de paroles injurieuses et de langage haineux, en l'appelant fils de p... et marrane, en lui faisant de grosses menaces ; lequel de tout ce ne fit semblant. Mais, quand il vit que, pour l'heure, autre chose ne leur pouvait faire, il, et le seigneur d'Alègre, et aucuns bons canonniers et sages capitaines de guerre, se prirent à regarder la ville, et icelle tournoyer et environner, pour aviser les lieux propices pour asseoir le siège, faire les tranchées, atétrer l'artillerie, battre les murailles et donner l'assaut, si à tant venait; et tout ce mis en avis, le duc de Valentinois et le seigneur d'Alègre, avec leurs gens se retirèrent au camp ; et là rapportèrent tout ce qu'ils avaient pu voir, aviser et con-
naître devant la ville de Capoue, tant de la force d'icelle que de l'avantage du siège. Par quoi fut appointé que le lendemain bien matin, l'armée marcherait pour aller assiéger ladite ville de Capoue. La nuit tira outre, et le jour éclaircit, trompettes et tambours sonnèrent, artillerie et gens d'armes furent avoyés et mis à Terre ; et ainsi s'en va l'exercite de France droit à Capoue, pour y mettre le siège, celui jour dix-huitième de juillet. Ainsi que l'armée marchait pour approcher ladite ville, à un mille près d'icelle, furent aux champs quatre cents coureurs napolitains, lesquels étaient allés brûler tous les logis des environs, et jà avaient mis feu à une abbaye, et un ermitage assez près de la ville, avec toutes les loges et maisons, bois, pailles et retoubles de deux milles près; et ce avaient fait, afin que les Français ne trouvassent là logis à couvert, ni de quoi en savoir faire.
Après que les gens d'armes français furent acheminés, comme j'ai dit, le comte de Gayas, qui était chef de l'avant-garde, où étaient quatre cents hommes d'armes, à deux milles près de Capoue, rencontra les coureurs dont j'ai parlé ci-dessus ; et voyant iceux faire empêche sur le chemin, pour adresser à eux, sortit de la bataille avec trente hommes d'armes, qui de plusieurs compagnies étaient issus pour escarmoucher, et aussi avec douze hommes d'armes des siens, desquels étaient le seigneur de Grigny, son lieutenant; Pierre de la Rivière, dit Puyberland; Jean du Courret; CoHn de Bourdelaye; Philippe Pourreau; le Monteil; Raquebidal et cinq autres des siens, lesquels chargèrent sur lesdits coureurs napolitains, desquels la plupart étaient infanterie et commune de pays. Quoi que ce soit, tant rudement furent pourmenés, que plus de la
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moitié d'iceux furent jonchés sur les chemins morts et affolés. Ainsi commençait Mars le cruel à ouvrir sa sanglante boucherie. Quoi plus? Qui fut mort si fut mort, et qui put fuir, mit jambes à exploit droit, à Capoue. Mais par les Français furent suivis le glaive au dos jusque dedans les barrières de la ville, où furent recueillis des soldats napolitains, qui là étaient en armes à grande puissance. Les coureurs français étaient entrés dedans les barrières avec ceux auxquels ils donnaient la chasse, et jà avaient commencé bonne escarmouche avec les Napolitains, lesquels donnaient sur eux à tour de bras. Le comte de Gayas entr'autres se montra bien à cette affaire ; car à tous heurts se trouvait aux coups départir, et à tout besoin mettait droitement ses gens en besogne, et bien à point les ralliait. Durant ce bruit, grand'foule de Français survint au renfort du comte de Gayas et des siens, et besoin en était; car contre un Français étaient plusieurs Napolitains. Entre les boulevards de la ville et les barrières fut l'escarmouche dure et sanglante, et à la fois les Napolitains étaient chassés par les Français jusqu'encontre leurs boulevards, et puis les Français étaient reboutés à puissance de gens et coups d'artillerie jusqu'aux barrières. D'un et d'autre parti furent blessés et occis plusieurs, entr'autres un homme d'armes français de ceux du seigneur de Saint-Priest, lequel, à cette charge, fut tué d'un coup d'artillerie encontre les barrières. Grande fut la noise ; car de plus en plus fort se renforçait le bruit. Les Français de l'avantgarde à grosses bandes se mirent dedans les barrières, pour soutenir le faix des lassés. Les garnisons de la ville pareillement sortaient à la fde pour secourir leurs compagnons. Là vissiez ruer gens et chevaux par terre, éclater bourdons et lances, rebon-
dir épées et pertuisanes sur le harnois, peter artillerie de la ville, faire courses, charger et recharger; bref, à la rigueur exécuter la guerre. Que fut-ce? Ladite escarmouche dura bien trois heures, et cependant les gens d'armes français s'assemblèrent. Le camp se logeait et l'artillerie fut approchée ; et, à sa venue, pour départir les escarmoucheurs, quatre gros faucons furent mis en place et déchargés sur les Napolitains qui étaient entre les barrières et la ville, et si à droit donné dedans, que sur la place furent plusieurs étendus, et à grand'hàte les autres se retirèrent dedans la place. Du nombre de ceux qui là furent morts n'ai su autre chose, si ce n'est que d'un côté et d'autre y eut grand'perte de gens, et plusieurs bons chevaux furent tués et blessés. Après cette escarmouche et la retraite faite, les soldats du roi Frédéric ne sortirent plus pour ce jour, mais se tinrent tous cois dedans la ville, dont chacun des Français, ainsi qu'ordonné fut, prit son irtillerie et les gens de pied eurent lieux encontre des barrières, et tant près de la Lin archer eût pu tirer ime flèche de trousse dedans des murailles. Les hommes d'armes s furent logés près de l'artillerie et des plein jet d'arc ou environ. L'avant-garde d'un la ville, la bataille de l'autre, et l'arrièrel'autre , en manière comme pour vouloir 3r ladite ville. D'un côté et d'autre était , nommé la Vulturne, entre la ville et le r où se pouvaient retirer ceux de Gapoue, saillies et courses à la campagne, sans utefois faire ennui au siège des Français; té fut assiégé à temps, et d'heure, comme i-après. Le duc de Valentinois et le comte trouvèrent là près deux petites maisonnet-