‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 76 sur 329 · SAC DE CAPOUE PAR LES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

SAC DE CAPOUE PAR LES FRANÇAIS

maris et leurs pères, et occire leurs parents et amis, piller leurs biens et détruire leur cité; mais dirai que, avec la tuerie des hommes, furent maintes filles et femmes violées et forcées, ce qui est le comble du pis de tous les excès de la guerre. Les gens de pied de la bande du duc de Valentinois s'en acquittèrent tellement, que trente des plus belles de la ville emmenèrent à Rome prisonnières. Durant ce conflit, une dame de la ville, se voyant poursuivie et pressée desdits laquais, qui par force la voulaient prendre, s'enfuit dedans une haute chambre de sa maison, et là, du haut en bas, par une fenêtre, se jeta en la rue, mieux voulant mourre de telle mort, que de ses ennemis être ahontée. Je n'en dirai plus, sinon que les maisons furent brisées, portes rompues de toutes parts, et les trésors tous pris et abutinés, à qui en put avoir; si que plusieurs Français et Allemands, qui là étaient, en furent enrichis à jamais, car tant de biens y avait que chacun en put avoir bonne part; ce qui de là en avant les mit en appétit de combattre, et fil de guerroyer. La boucherie des morts fut là si sanglante, que de sept à huit mille assommés fut fait un nombre. Le rémanent des hommes et des femmes, et les gens d'Église s'enfuirent, les uns sur les voûtes des moûtiers, et par les clochers et tours des églises ; les autres se mussèrent dedans les caves, roches et citernes, et par les lieux où ils se pensaient mieux garantir, lesquels furent le lendemain cherchés et trouvés, et tous mis à rançon. Dedans ladite ville furent aussi trouvées dix -huit pièces de bonne artillerie que le roi Charles huitième avait laissées à Naples, comme j'ai dit ci-dessus.

Tout ce fait, comme ouï avez, chacun des Français prit logis pour se reposer, car temps en était. Les uns serrèrent leur butin, les autres composèrent

avec leurs prisonniers, les autres firent enterrer leurs amis, et les autres pansèrent leurs plaies; somme, il n'y eut nul qui n'eût l'œil à ses besognes, selon ce que mieux lui semblait.

Page 1